mardi 1 août 2017

Parti pris du 1er août 2017

Une agence pour l'emploi en Allemagne (photo © DPA), Maduro sous le portrait de Chavez (photo DR), Natacha Bouchard, maire de Calais avec Gérard Collomb le 27 juin dernier (photo © AFP).

Le chômage recule mais insuffisamment ! Pas en France où il stagnait encore en juin à 9,6 %, mais dans l’Union et la zone euro. ll s’établit ainsi à 7,7 % de la population active dans l’Union européenne et à 9,1 % au sein de la zone euro. Près de 18 millions d’Européens – 17,8 millions exactement – sont toujours privés du droit à l’emploi. C’est cependant le plus faible niveau atteint depuis décembre 2008 avant que la crise ne produise ses effets dévastateurs. La décrue du chômage est confirmée, incontestable et devrait se poursuivre dans les prochains mois et dans les deux prochaines années au moins. Pour autant, les disparités constatées entre régions, entre un État et ses voisins, soulignent l’écart entre un objectif de plein-emploi accompagné d’un chômage de frottement de moins de 5 % et la réalité vécue par les populations. Ce sont d’abord les jeunes qui en font les frais avec des différences qui mettent en cause les politiques à courte vue, un système de formation souvent défaillant, une précarité toujours défavorable à l’emploi et des exonérations de charges hasardeuses qui confortent les entreprises dans un moins-disant social qui les handicape finalement sur le front de la compétitivité. La Grèce, avec l’excuse de l’austérité qui lui fut imposée et avec 45,5 % de chômage chez les jeunes, l’Espagne – 39,2 % – et l’Italie – 35,4 % – sont loin, trop loin de la moyenne européenne. À l’autre bout du panel, l’Allemagne compte en proportion davantage de chômeurs chez les jeunes – 6,7 % – que dans les autres catégories d’âge – 3,9 % globalement. Il s’agit donc d’une priorité européenne qui doit être inscrite à l’agenda de Bruxelles ne serait-ce que parce que certains États ont absolument besoin d’une aide en matière d’éducation et de formation pour leur permettre de recoller au peloton et parce que la résolution des problèmes dépend en grande partie du cadre communautaire et non de politiques nationales incapables de s’articuler correctement, en le contrôlant, au marché. Le débat sur la circulaire concernant les travailleurs détachés l’indique suffisamment. D’autant que les perspectives économiques de long terme, seraient-elles par définition imprécises, laissent entrevoir les « possibles » à la condition que l’on saisisse en temps et en heure les possibilités objectives au lieu de subir « la dictature » invisible du marché, arc-bouté à des réalités d’un autre temps. Le cabinet Oxford Écomics évalue par exemple à quelque 94 000 milliards de dollars d’ici 2040 les « besoins » planétaires en matière d’infrastructures… pour une population de 9,5 milliards d’habitants à la même date. L’Europe, pour elle-même comme pour tous les autres, n’a pas le droit de ne pas être au rendez-vous dès aujourd’hui et pour demain.

Maduro « confisque » la démocratie.
Une Assemblée constituante élue avec à peine plus de 40 % des électeurs, selon les chiffres du pouvoir, après que le sang a coulé le jour même de son élection – au moins 10 morts – n’est pas, ne peut pas être un gage de « démocratie ». Elle en est le contre-exemple et pour cause. Nicolas Maduro n’y a eu recours qu’acculé pour avoir perdu la majorité lors des dernières élections législatives, l’opposition refusant de se laisser voler sa victoire par cette « manœuvre grossière ». Depuis, il s’accroche pour essayer en vain de regagner le terrain perdu et de se maintenir coûte que coûte au pouvoir. Peu importe la lettre de la dite Constituante dont les travaux sont curieusement conclus et dans le moindre détail avant même qu’elle ait commencé à travailler. Comme un parfum de la Constitution « parfaite » de 1936 en URSS, enviable sur le papier mais pure construction mensongère de Staline, au moment où les purges battaient des records, le goulag gagnait toute la société et où le socialisme porté par Octobre était définitivement trahi et rabaissé au rang d’une dictature sanglante. L’épigone Maduro n’est pas Staline et les circonstances ont changé de tout en tout, mais la gauche, toute la gauche a un devoir de vérité pour ne pas hypothéquer son avenir dans la défense de ce régime condamné par l’histoire autant que par la révolte des Vénézuéliens. Ceux qui s’y risqueraient s’y déconsidéreraient. Certes, on dira que l’opposition en sa majorité n’est pas « progressiste » et c’est vrai. On dira que ses projets impliquent la disparition d’acquis réels pour un secteur privilégié du salariat, celui des entreprises d’État en général et du pétrole en particulier, c’est encore vrai. Mais le pays ne peut pas, ne doit pas marcher à sa perte sous la direction brutale de Maduro et de ses corps de répression. La Procureure générale issue du « chavisme » le dit à juste titre. Les résultats économiques le confirment, l’administration bureaucratique de l’économie produit une involution inquiétante. L’inflation incontrôlable, la montée de la pauvreté et les difficultés en matière d’alimentation le prouvent. L’obstination de Maduro, en rupture de fait avec l’épopée de Chavez, quelles que furent ses propres « limites », est une authentique catastrophe. L’Organisation des Etats américains (OEA) comme la Communauté d’États latino-américains et caribéens (CELAC) doivent œuvrer, avec l’aide de l’ONU si nécessaire, à une désescalade urgente et à une solution démocratique qui implique pour un temps la participation des deux camps au pouvoir parce que le gouvernement Maduro n’est pas totalement « isolé » dans la population. Difficile à mettre en œuvre sans doute mais sans alternative praticable si l’on veut conjurer la perspective d’une guerre civile.

L’immigration au diapason de la démocratie. Macron, comme Merkel, sait en quoi l’accueil d’immigrés et leur intégration sont décisifs pour le développement des économies européennes en général, allemande ou française en particulier. Sur ce point, la rupture avec la passivité et l’impuissance du gouvernement Valls inspirées par la crainte des pressions du FN dans l’opinion, n’est guère contestable. Tant mieux. L’évacuation de l’infâme jungle de Calais était, hier, nécessaire et fut exécutée dans d’assez bonnes conditions. Sauf que depuis, l’afflux de nouveaux migrants-réfugiés, souvent très jeunes, ne s’est pas démenti. La réaction des pouvoirs publics ne fut pas à la hauteur comme le confirme le Conseil d’État après le Tribunal de Lille. Les conditions réservées à cette population démunie sont absolument « indignes » – refus d’accès aux équipements sanitaires et à l’aide alimentaire, voire « chasse à l’homme » policière. Elles sont tout aussi condamnables sur le plan de la recherche de solutions adaptées. La Maire (LR) de Calais en refusant ce qu’elle nomme « les injonctions » du Conseil d’État se place dans l’illégalité, perdant de ce fait toute légitimité. Le ministre de l’intérieur Collomb qui l’avait accompagnée dans un appel douteux après le premier jugement doit se faire une raison et annonce l’ouverture de deux centres d’accueil de jeunes migrants sur place. Si le retour au droit démocratique le plus élémentaire est en soi une bonne chose, on ne saurait en rester là. D’autres centres pour accueillir dans des conditions « optimum » ceux qui en ont besoin parce que c’est la condition de leur intégration future à la société, au bénéfice de tous, doivent ouvrir dans toutes les métropoles urbaines. C’est là en effet que vit la grande majorité de la population, que sont concentrées les perspectives de développement de l’emploi et les ressources mobilisables. Dans un premier temps, il s’agit de remplir enfin l’équivalent du quota dévolu à la France dans le cadre du plan européen de relocalisation. Au-delà, il faut préparer l’ouverture d’un flux d’immigration continu et contrôlé en s’assurant des bonnes conditions de sa mise en œuvre à tous les niveaux, des pays sources à une pleine intégration sociale et civique. Cela suppose d’appliquer avec fermeté la loi dite de « moralisation » de la vie publique qui prévoit des peines d’inéligibilité pour les élus qui tiendraient des propos discriminatoires au nom de leurs préjugés. C’est de cette manière et en traitant avec les moyens correspondants le problème de la poche « raciste » du Nord-Pas-de-Calais qui a envoyé cinq députés du FN à l’Assemblée que l’on réglera la question de l’immigration, loin des envolées démagogiques et des prétendues solutions « simplistes » des anti-immigration.
 

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