vendredi 28 juillet 2017
STX, migrants, moralisation : les trois coups de Macron
Trois sujets controversés, trois initiatives présidentielles qui mettent « le feu à la plaine » en plein été dans un contexte porteur pour les « réformes » à la condition qu’elles soient bien ajustées. C’est beaucoup mais effectivement possible si l’on prend en compte les circonstances. L’Insee annonce un acquis de croissance de 1,4 % au 30 juin, l’hypothèse retenue par le gouvernement d’une croissance de 1,6 % cette année est quasiment assurée – 1,1 % en 2016. L’opinion accorde une confiance toujours majoritaire au Président, aurait-il perdu quelques « plumes » dans les polémiques autour du budget des armées et surtout dans la baisse en tout point contre-productive des APL. Mais il faut aussi compter avec d’autres moins quand par exemple les plus-values légales réalisées par la DRH de Danone devenue Ministre du travail la déconsidèrent pour le poste aux yeux de l’opinion. Il n’empêche, l’homme pressé ne craint pas d’enfiler les gants de boxe pour montrer qu’il peut taper fort, sous réserve que l’intendance suive ou mieux précède et cela n’est en rien acquis à ce jour, à cette heure.
La nationalisation « provisoire » de STX le souligne. Les carnets de commandes sont pleins. Le coût de l’opération pour les finances publiques – 80 millions sont évoqués – est assez dérisoire. Les chantiers navals de Saint-Nazaire et leurs conditions d’exploitation dont l’emploi seront préservés du contrôle d’un actionnaire majoritaire pas forcément fiable. D’où cette approbation en forme de traînée de poudre de la part de l’ensemble de l’échiquier politique. Mais Macron a pris le risque calculé d’ouvrir une crise politique avec Rome, le troisième pôle désormais du directoire européen, de fait si ce n’est de droit. Et surtout les perspectives de sortie du « provisoire » sont par trop floues pour être convaincantes. On prend le temps d’un nouveau « tour de table », affirme-t-on en chœur à l’Élysée, à Matignon et à Bercy. Soit, mais pour quoi faire ? Un champion tricolore consolidé sur ses arrières ou un Airbus des mers qui impliquerait puissances publiques – États – et investisseurs privés. La seconde option est « la » solution d’avenir avec la France et l’Italie aux commandes. Encore, faut-il l’assumer clairement et s’en donner les moyens.
Le drame des migrants-réfugiés – plus de cent mille ont traversé la Méditerranée depuis le début de l’année, plus de deux mille y ont perdu la vie – appelle des mesures aussi urgentes qu’ambitieuses « Plus personne dans les rues et les bois »… à la condition que des centres d’accueil à l’image de celui ouvert à Paris voient le jour sur tout le territoire, dans toutes les métropoles en priorité, quitte à appliquer des sanctions contre les collectivités récalcitrantes. Des procédures accélérées… bien évidemment, mais les moyens qui sont alloués à l’Ofpra à ce jour ne le permettent pas. Des « hot spots » en Libye, même après le « coup » diplomatique réussi cette semaine, sont improbables car les conditions sécuritaires et politiques ne sont pas réunies. Le transfert de migrants – « On ira les chercher » – et leur accueil dans de bonnes conditions… bien évidemment, mais là encore les mesures d’urgence et de premier secours doivent s’inscrire dans un partenariat pour le développement et la démocratie avec les pays sources à commencer par ceux d’Afrique concevable dans le seul cadre européen.
Quant à la « moralisation » de la vie publique, elle suit son petit bonhomme de chemin parlementaire, avec de bonnes surprises – généralement contre la volonté gouvernementale – et des renoncements. La décision d’interdire l’emploi parallèle des parlementaires par les lobbies est positive mais nécessitera une bataille de titans à Bruxelles où ceux-ci ont, de longue date, pignon sur rue pour imposer leurs intérêts privés en toute légalité. La suppression des emplois « familiaux » tant pour les parlementaires que pour les ministres s’impose mais comment supporter alors que le conjoint du monarque puisse disposer d’un statut reconnu et de moyens correspondants. Le remboursement sur note de frais fiscalisé et non plus au forfait des élus est indispensable pour limiter la corruption. L’examen du projet de loi continue mais chacun sent bien qu’au-delà du débat parlementaire, ce pays a besoin de bien davantage que d’un « lifting » de ses us et coutumes. Il est en attente d’une refondation de la loi commune pour rompre enfin avec toutes les dérives antidémocratiques de la Ve République et cela ne peut se faire que dans le cadre d’un processus constituant d’une tout autre ampleur.
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