mardi 25 juillet 2017
Au creux de l’été…
Une nouvelle confirmation que décidément « les choses vont mieux » au niveau mondial est apportée par le FMI. Celui-ci revoit à la hausse dans nombre de cas – Espagne (3,1 %), Italie (1,3 %), France (1,5 %), Allemagne (1,8 % ) – ses prévisions de croissance pour 2017 et 2018 n’effectuant le chemin inverse que pour la Grande-Bretagne du « Brexit » (tassement de 0,3 % dès cette année) et les États-Unis de Trump (2,1 % en 2017 et 2018 contre 2,3 et 2,5 précédemment) loin des 3 % promis. Des différences dont la signification politique n’échappera à personne. Les politiques du repli, de l’isolement, du contournement des solidarités avec tous les autres aboutissent à une impasse déclinée tant au plan économique qu’au plan politique. Plus globalement, le Fonds prévoit 0,3 % de croissance mondiale en plus pour 2017, 3,5 % cette année et 3,6 % l’an prochain avec un mieux pour la Chine – 6,7 % (+ 0,1) cette année et 6,8 (+ 0,2) en 2018 – et surtout pour l’Union européenne où « les résultats dépassent généralement les attentes ». De quoi redonner toute son importance aux choix politiques parce que l’éventail des « possibles » se déploie à nouveau comme avant la grande crise de 2008-2009 et suivantes.
On le perçoit outre-Atlantique où l’administration américaine s’enfonce chaque jour dans l’échec au regard de ses projets. La menace, serait-elle encore virtuelle, d’une destitution pour cause de collusion avec la Russie interférant dans le cours des dernières élections s’est rapprochée du premier cercle, celui du clan familial, l’enquête fédérale étant élargie au Président lui-même pour « entrave » à la Justice. Une première motion de destitution a été déposée par un élu démocrate comme le signe avant-coureur de ce qui pourrait suivre à plus grande échelle. Politiquement, la présidence annonce, patine, puis recule sur tous les dossiers qui lui tenaient à cœur de la construction du mur anti-immigration de la honte à la frontière avec le Mexique à l’abrogation pure et simple de l’Obamacare. Résultat, alors que l’opposition démocrate s’est « requinquée » et fait front en bloc, ce sont les liens du Président avec le parti Républicain qui se distendent. Au Congrès mais aussi dans le dispositif gouvernemental avec le départ du porte-parole de la Maison Blanche remplacé par un ancien de Goldman Sachs issu du « milieu » des Fonds spéculatifs et surnommé par ses pairs « le parasite »…
L’Union européenne connaît des fortunes diverses sur les questions soulevées. Elle s’impatiente non sans raison face à l’incapacité de Londres à aborder sur le fond le « Brexit » parce que le gouvernement May ne sait pas où il va. Les négociations n’avancent pas et la fermeté de Bruxelles semble payer sans susciter pour l’instant – c’est tout le problème – un mouvement en faveur du retour à la case départ, celle de la présence de plein droit au sein de l’UE. En Pologne, la conjonction entre l’opposition démocratique – plusieurs dizaines de milliers de manifestants le 23 juillet encore dans les rues de Varsovie – et Bruxelles pour combattre la réforme constitutionnelle du gouvernement a fait un « miracle ». Le Président, Andrzej Duda, dit désormais vouloir opposer son droit de véto à deux des trois lois adoptées par le Parlement qui abolissent la séparation des pouvoirs et menacent gravement les libertés publiques. À Berlin, si personne ne doute à ce jour de la réélection de Merkel, l’heure est à la mise à jour d’un « cartel » des constructeurs Porsche, BMW, Daimler (Mercedes), Audi et Volkswagen qui faisait la pluie et le beau temps dans l’ombre depuis plusieurs décennies. Bruxelles enquête mais après le scandale du diesel, il s’agit de la promesse d’une « secousse » majeure.
Le Proche-Orient menaçait de s’embraser après les affrontements sanglants entre Palestiniens et Israéliens provoqués par la volonté de Tel-Aviv d’installer des portiques de sécurité pour l’accès à l’esplanade des Mosquées et une fusillade dans l’enceinte de l’Ambassade israélienne à Amman. Une accalmie semble pourtant se dessiner au lendemain de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’Onu et après la décision de Netanyahu de démanteler les signes par trop ostentatoires du contrôle des lieux saints tandis que le personnel de l’Ambassade israélienne en Jordanie a été rapatrié. « Donnant donnant » susceptible d’apaiser la rue palestinienne excédée par la multiplication des provocations tandis que la colonisation poursuit son œuvre mortifère à l’abri du mur de séparation et hypothèque la relance indispensable du processus de paix. Le récent voyage à Paris du Premier ministre israélien et plus encore la liaison vitale avec Abdallah – la Jordanie et l’Égypte sont les seuls pays arabes à entretenir des relations presque « normales » avec Israël – n’y sont pas étrangers. Reste à faire progresser dans le cadre onusien l’exigence d’un contrôle international des lieux saints pour en assurer un libre accès partagé.
À Paris enfin, « ça commence à coincer », comme l’on dit familièrement, la geste présidentielle donnant les premiers signes d’un moindre attrait dans la population – moins dix points d’opinions favorables à 54 % de satisfaits tout de même. La polémique sur l’exécution budgétaire dans les Armées a fait naître des craintes d’un retour à l’austérité, serait-il fantasmé, le gouvernement débloquant parallèlement 1,2 milliard de crédits gelés pour la défense – contre une économie de 850 millions. Les comptes sont donc faciles à faire mais la com’ a eu des ratés et l’opposition de droite à l’image du Figaro en a profité pour sonner la charge avec le consentement d’une partie de la grande muette. Celle précisément qui avait acquis la certitude de son « intouchable indépendance » autour de Le Drian, son directeur de cabinet quasiment élevé au rang de Vice-ministre, le Chef d’état-major et le délégué général de l’Armement. Une fine équipe prestement relevée de ses fonctions pour l’exemple. Une présidence « jupitérienne » ne saurait tolérer les velléités d’autonomie trop marquées, fermant le ban sur la parole présidentielle autorisée. Reste que cela laissera probablement des traces car il s’agit de l’un des rares secteurs où les tenants du quinquennat précédent peuvent se revendiquer d’un bilan « honorable ». Rien n’est jamais acquis.
Et puis, il y a cette mesure de baisse autoritaire des aides au logement de 5,8 millions de ménages que rien, absolument rien, ne justifie. Ni l’aspect comptable car ce sera au mieux 150 millions qui seront économisés pour un lourd coût politique. Ni l’aspect social car si cinq euros par mois, ce n’est pas « la mer à boire » pour beaucoup, c’est considérable pour les plus démunis, jeunes et moins jeunes. Ni enfin sur le fond car si une réforme de l’aide au logement – 18 milliards l’an pour un résultat médiocre – s’impose pour éradiquer le mal-logement, l’aborder par ce petit bout de la lorgnette porte tout simplement la marque de l’impréparation, de l’incompétence et d’une forme d’arrogance de classe quand on prétend réformer dans la même séquence l’impôt sur la fortune. Ceux qui à « gauche » avec Eckert et Cosse ont cru pouvoir s’exonérer de toute responsabilité en sont pour leur frais. Le gouvernement Valls avait bien envisagé ce coup de rabot aussi aveugle qu’idiot. Non, l’évolution des loyers doit être plus strictement encadrée et les aides mieux ciblées tandis que la production de logements sociaux différenciés – y compris pour les plus fragiles – doit être priorisée. L’allocation des aides devrait en découler et non l’inverse. Première bévue d’un gouvernement « léger », singulièrement à Bercy, qui atteste d’un équilibre instable des pouvoirs entre l’Élysée, Matignon et Bercy. La correction s’impose de toute urgence avant une vraie remise à plat.
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