mercredi 19 juillet 2017

Été meurtrier… pour les vieilles « icônes »

Le monument commémoratif de la rafle du Vél d'Hiv (photo © M. Mitchell),
l'hémicycle du Sénat (photo © 20 Minutes).

L’homme qui préside aux destinées de l’un des principaux pays d’Europe bouscule non seulement les caciques mais également les points de repères de beaucoup maintenant partis et syndicats sous des vents contraires. Nous l’avons dit et écrit, des symboles ne font pas une politique cohérente, ils n’en sont pas moins « utiles » et même nécessaires. Encore faut-il prendre la mesure, annonce après annonce, sous réserve qu’elles soient suivies d’effets, de leur portée réelle. Au-delà de la com’ plus ou moins banale, il en va de la « culture » d’une population à plus forte raison quand elle tient majoritairement son principal dirigeant en estime, ce qui est le cas actuellement. Cela ne saurait plaire à tout le monde bien sûr. On l’a vu avec les fortes paroles prononcées pour le 75e anniversaire de la Rafle du Vél d’Hiv par laquelle l’État français de Vichy fit arrêter par ses policiers parisiens 13 500 citoyens Français dont 4 000 enfants avant de les « parquer » dans des conditions inhumaines à Drancy et de les déporter en vue d’extermination vers le camp d’Auschwitz. Moins d’une centaine d’entre eux en revint. En leur rendant hommage, Macron a mis en cause la responsabilité de la France et de ses agents quand De Gaulle et Mitterrand les exonéraient, quand Chirac ne mettait en cause que le régime de Vichy. Macron accomplit ainsi l’acte final d’une pleine et entière reconnaissance de la responsabilité française dans la « solution finale ». C’est aussi indiscutable qu’honorable comme l’était l’évocation des « crimes contre l’humanité » de la colonisation. Macron explique que l’on ne construit rien de solide sur le sable du mensonge, serait-il d’État… Il a raison. La fable selon laquelle Vichy n’était que parenthèse dans l’histoire de ce pays et de la République fut dès le départ une simple « commodité » pour des considérations politiques sans rapport avec la vérité historique. Mélenchon, toujours fidèle à celui qui le fit
« prince socialiste », monte néanmoins au créneau avec des arguments d’autant plus détestables et déshonorants que le temps a fait son œuvre. Selon lui, Vichy n’était pas la République qui était à Londres. Demi-vérité, demi-mensonge car si Pétain a été investi par la Chambre qui avait été celle du Front populaire, Vichy s’inscrivait bien en rupture avec les idéaux républicains. Ce régime aussi infâme soit-il avait toute l’apparence de la légalité. La Résistance fut d’abord minoritaire, voire marginale, avant de s’imposer beaucoup plus tard avec l’appui des troupes alliées. Quelle conséquence cela a-t-il dans l’opinion ? Un discrédit renforcé pour les négationnistes et autres nostalgiques du « Maréchal » qui pullulent à l’extrême-droite jusque dans l’armée, l’Église romaine ou la police. Un peuple qui regarde en face les pages sombres de sa propre histoire sera toujours plus fort que celui qui fuit ses responsabilités. La pleine conscience sera toujours plus efficace pour éviter la répétition des fautes du passé que la demi-conscience et à plus forte raison la négation des faits. C’est à une sorte de retour aux faits et à leur signification profonde qu’invite Macron, contre Mélenchon et d’autres qui y verront une tentation de « repentance » qui ne l’honorerait guère. Comme si c’était la question. C’est le contraire qui est vrai et sur ce point nous sommes cent fois plus proches de Macron que de ses contempteurs de droite et de « gauche ».

Le Président après son week-end diplomatique chargé s’est par ailleurs confronté, comme il l’avait promis, aux collectivités lors d’une « conférence des territoires » appelée à se répéter au moins deux fois par an. Au menu, les relations souvent conflictuelles entre les différents rouages de la puissance publique et la répartition des coûts de l’effort de modernisation durant le quinquennat. L’annonce du montant des économies que devront réaliser les collectivités fait évidemment débat. 13 milliards sur les 60 envisagés, ce n’est pas « l’étranglement » mais ce n’est pas rien après les 10 milliards de dotation rabotés par Hollande. Il ne s’agit pas d’amputer le service rendu au public mais bien de « rentabiliser » le fonctionnement d’instances souvent pléthoriques dans un mille-feuille administratif jamais simplifié afin de le rendre plus lisible, plus efficace, moins dispendieux qu’il ne l’est – une dizaine de points de plus que la moyenne des pays de l’OCDE en ce qui concerne la dépense publique rapportée au Pib. Sur ce chapitre, Macron ouvre des pistes, y compris celle d’une refonte de la Métropole du Grand Paris, laissant ses interlocuteurs « libres » de choisir. Il indique que la taxe d’habitation – environ 10 milliards par an –, l’une des trois « vieilles » qui alimentent les caisses locales, en particulier celles des communes, sera supprimée et compensée par l’État parce qu’il s’agit d’un impôt « injuste » dont les bases datent de plusieurs décennies. Incontestablement. Il évoque encore la possible « recentralisation » de la gestion du RSA, l’épine dans le pied des conseils départementaux. Souhaitable sans doute… à la condition que l’on abolisse dans la foulée ces départements qui ne servent plus à grand-chose entre communes et régions. Sur les regroupements territoriaux, il se veut ouvert à « l’expérimentation » à l’initiative des acteurs locaux – fusion de communes ou de départements, intercommunalité, collectivité unique, absorption d’un département par une métropole. Pourquoi pas ? À la condition cependant que toujours la démocratie y trouve son compte. L’ordre du jour d’une « modernisation » plus que nécessaire serait cependant incomplet si le Sénat, prétendu « représentant » de ces collectivités, ne le devenait pas réellement au terme d’une réforme parlementaire et européenne radicale. Et sur ce dernier point, Macron ne dit rien en dehors du niveau des effectifs, ce qui est notoirement insuffisant. Mais là encore, bien que jouée sur le tapis de la négociation, la partie n’est pas gagnée en particulier parce que les bataillons d’élus, de droite avant tout mais aussi de gauche, n’entendent rien abandonner de leurs prérogatives, petites ou grandes. Éric Ciotti, bousculé comme ses pairs, dénonce ainsi « l’homme de la mondialisation et des métropoles » au nom de la ruralité. Ridicule au moment où de toutes les collectivités ce sont les métropoles qui doivent être privilégiées parce que la majorité des populations est appelée à y vivre, parce que c’est la bonne échelle de gouvernance pour redessiner des territoires vivables, parce que, si la ruralité peut être préservée ce ne sera qu’en l’inscrivant dans l’environnement métropolitain élargi. Sans assumer dans toutes ses conséquences ce choix, l’on ne saurait résoudre aucun des grands problèmes « sociaux », ni celui de la continuité éducative, ni celui de la santé publique, ni même celui de l’intégration civique de tous au nom de l’égalité. L’autre pôle de soutien en particulier au développement économique est celui des régions. Entre les deux, il y a surtout des nostalgies passéistes et la volonté de défendre les « prébendes » de ceux qui en vivent. Le « chamboulement » territorial nous rapprocherait enfin des normes européennes en la matière, plus démocratiques que celles de ce « Cher vieux pays » de « Monsieur le maire… ». 

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