samedi 15 juillet 2017

Des images, des mots, des symboles… mais pour quelle politique ?

 
Macron avec Merkel (photo © AFP), avec les Trump (photo © AP), avec Estrosi à Nice (photo © AFP).
Le portrait de Liu Xiaobo projeté à Oslo en 2010 (photo © REUTERS).

Séquence d’omniprésence d’un Président sur tous les fronts autour de ce 14 juillet 2017 qui enchaîne avec gourmandise à l’intention de ses concitoyens les images bien léchées, les mots judicieusement choisis, les symboles d’une « grandeur » retrouvée… bien joué, peut-être même trop. Macron, animal politique autant que fin communiquant, fait le job avec adresse et empathie, non sans une certaine jubilation narcissique parfois. Seulement voilà, si cette manière de « diriger » est appréciée en tout cas aujourd’hui dans l’opinion – elle rompt avec les « pesanteurs » hollandaises –, elle ne dit que peu de choses de la politique qui sera finalement mise en œuvre. Non que rien ne soit engagé, ce serait plutôt le contraire entre Code du travail, fiscalité, pré-débat budgétaire, orientation européenne et politique étrangère mais avec cette « légèreté » indéfinissable qui fait que le gouvernement semble « flotter » dans le cadre qu’il ne paraît pas maîtriser navigant à la « godille » en supposant que le Président sait, lui, où il va. En bons soldats, comme il les aime, les ministres se contredisent si nécessaire pour coller à l’oracle présidentiel. Il n’y a rien de « moderne », ni d’efficace dans cette gouvernance peu collégiale et assez peu démocratique aux forts relents de « pouvoir personnel ». Jupiter la joue solitaire, forcément et il prend de ce fait de gros risques.

Ainsi en va-t-il de l’Europe à l’issue d’un Conseil des ministres franco-allemand à l’Élysée ou rien d’essentiel n’a été décidé y compris en tenant compte de la proximité des élections allemandes en septembre. Les « mots » adressés par le Président à la presse allemande étaient formellement corrects. Oui, Berlin profite bien d’une situation asymétrique affichant des excédents qui se nourrissent des déficits de ses partenaires. Oui, Merkel et le gouvernement de grande coalition n’ont guère réinvesti comme ils auraient dû le faire ces colossales recettes – 250 milliards l’an passé – dans « des mécanismes de solidarité plus puissants pour l’avenir » de l’Union. Et après ? Même demi-mesure en ce qui concerne le débat institutionnel. Oui, il faut « un budget » de la zone euro, « un gouvernement qui décide de l’allocation de ce budget et un contrôle démocratique qui n’existe pas aujourd’hui ». C’est mieux de le reconnaître que de n’en rien dire comme jusqu’à présent mais c’est insuffisant parce que ce n’est pas un « cap » clair. Pour y parvenir, il faut en effet fixer l’objectif d’une « mutualisation » au moins partielle des dettes souveraines, d’un investissement massif pour l’homogénéisation des standards de vie et de développement entre les régions d’Europe, les États membres, et couronner cette politique par l’élection d’un Parlement de la zone euro. Une obligation de résultat qui s’impose aux Européens de conviction.

Ainsi en va-t-il d’une politique fiscale mal assurée parce qu’incertaine et non expliquée. L’incident avec le Chef d’état-major des armées l’illustre jusqu’à la caricature. Macron a eu raison de le recadrer sèchement mais sans résoudre la question pour autant. Oui, l’héritage de Hollande est difficile à assumer cette année quand on prétend rentrer dans les clous européens d’un déficit public n’excédant pas 3 % du Pib même avec des recettes fiscales augmentées en raison du retour de la croissance. Tous les ministères peuvent faire des « économies de gestion » par la chasse au gaspillage toujours coûteux bien au-delà des parcs automobiles. Cela ne relève pas d’une austérité structurelle qui n’est pas à l’ordre du jour. En ce qui concerne les armées qui doivent trouver environ un milliard, cela ne concerne en rien le financement des opérations extérieures ni même l’augmentation du budget de la défense en 2018, n’en déplaise à la haute hiérarchie militaire. Suggestions, que l’on mette cette multitude de généraux du cadre de réserve à la retraite selon la loi commune et que l’on ne leur verse plus un plein salaire d’activité à vie qu’ils seraient bien en peine de justifier. Que l’on supprime enfin ces passe-droits dont celui de ce général quatre étoiles se servant d’un avion privatisé pour rejoindre sa résidence secondaire. Au-delà, c’est la loi de finances 2018 qui éclairera des choix budgétaires… aujourd’hui inconnus.

Ainsi en va-t-il d’un projet social plus flou encore. L’on va donc « réformer » le Code du travail l’espace d’un été par ordonnances. Ni le débat démocratique indispensable, ni la justice sociale qui l’est tout autant n’en sortiront grandis. L’Assemblée « renouvelée » en a largement voté le principe en adoptant par 270 voix contre 50 la loi d’habilitation. Mauvais, très mauvais départ, même s’il était inscrit dans les circonstances et les rapports de force. La gauche, toute la gauche, a voté contre à juste titre. Mais là encore, c’est à un député du parti du Président que l’on doit d’avoir soulevé le scandale des indemnités légales de licenciement plus basses que la moyenne européenne. À qui la faute ? Si ce n’est à cette gauche « déconsidérée » pour ne pas avoir assumé la question sociale face aux entreprises ou du moins ce qu’elle entendait par là majoritairement, une couche de dirigeants âpres au gain et hostiles par principe au progrès social. Les grandes envolées, les mots ronflants d’autant plus « dérisoires » qu’ils sont prononcés devant peu de monde, ne changeront rien à l’enjeu. Celui d’une réforme nécessaire que le monde du travail aurait tout intérêt à aborder de manière offensive pour conquérir de nouveaux droits plutôt qu’en prétendant rejouer une bataille perdue face à Hollande, Valls et El Khomry, en partie inspirés par l’actuel Président de la République.

Ainsi en va-t-il, en marge de la commémoration de l’attentat de Nice, d’une sécurité publique tiraillée entre objectifs opérationnels contre le terrorisme islamiste et attachement indéfectible aux libertés publiques qui sont encore le meilleur antidote à la barbarie. La gauche a largement failli en prolongeant « indéfiniment » un état d’urgence auquel l’Allemagne n’a jamais recouru en dépit des attaques dont elle a été victime comme d’autres pays en Europe et dans le monde. On risque fort de payer le prix d’une sorte d’accoutumance légalisée à une limitation des droits et des libertés, non bien sûr pour le plus grand nombre, mais pour quelques-uns et cela suffit à rendre ces dispositions, sous réserve d’inventaire, inacceptables. On ne construit pas une police respectueuse des droits de l’homme de la sorte. Et puis, au moment où Macron « apprivoisait » en le régalant un Trump aux anges d’être loin des Américains qui le contestent au nom des droits humains, l’on aurait aimé entendre de la part du Président des propos aussi fermes que ceux adressés à Poutine à Versailles. La diplomatie européenne y aurait gagné en force de conviction. Constat parallèle en forme de regret, le décès de Liu Xiaobo, écrivain et professeur de littérature « nobélisé », mort d’un cancer après huit années de détention arbitraire par les autorités chinoises, a soulevé une grande émotion dans le monde… pas en France ou du moins dans une moindre mesure. Les contours d’une « diplomatie » à courte vue prendraient-ils déjà le pas sur la culture « progressiste » revendiquée ? À clarifier comme tout le reste de manière urgente.

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