vendredi 21 juillet 2017

Ça irait mieux... Oui, mais...

La rue de Montorgueil, IIe arrondissement, Paris - © Jean-Christophe Benoist / Wikimedia Commons
La situation objective de la zone euro s’est améliorée laissant la crise derrière elle. Les trimestres se suivent désormais à un rythme de croisière de l’ordre de 0,6 % en moyenne d’acquis de croissance. L’économie française suit plus qu’elle ne précède mais au moins elle semble sortie du « décrochage ». L’indice du coût comparé d’un « big Mac », discutable par principe mais prisé malgré tout des investisseurs, la place au premier rang en terme d’attractivité… Même sur le front des dettes publiques, l’on enregistre un mieux, le ratio par rapport au Pib étant passé dans la zone à la fin du premier trimestre 2017 à 89,5 % contre 91,2 % un an plus tôt. Facteur de consolidation, Draghi et le Conseil des gouverneurs de la BCE n’ont pas infléchi à ce jour leur politique « accommodante » ni en ce qui concerne les taux qui restent au plancher, ni même en ce qui concerne le rachat de dettes publiques à raison de 60 milliards par mois. Une visibilité assurée au moins jusqu’à la fin de l’année tandis que l’inflation se situe à 1,3 % en glissement annuel. Le contexte est porteur pour des réformes qui viseraient à assurer une plus grande justice sociale car le legs de la crise et l’explosion des inégalités qu’elle a engendrée doivent absolument être corrigés sous peine de contrarier la tendance. Cela passe bien sûr par la correction des déséquilibres régionaux pour mieux assurer les solidarités entre tous en particulier entre l’Allemagne et ses partenaires et voisins.

Dans le domaine de l’emploi, y compris en France, les recrutements dans le secteur privé ont enfin décollé avec une perspective de moyen terme, jusqu’en 2019, de l’ordre de 300 000 postes par an - niveau comparable à celui du début des années 2000. Une majorité de ceux-ci sont des CDI et quant aux CDD, ce sont généralement des contrats de plus d’un mois. Mais alors, comment expliquer que l’opinion reste « sceptique », voire convaincue aux deux-tiers que seuls les plus favorisés profiteront de ce qu’elle perçoit au mieux comme une « embellie »? Parce que la situation du plus grand nombre reste marquée par les traits de la « paupérisation », fut-elle relative, du chômage, de « l’austérité », de la « crise » qui n’en finit pas. La photographie de la situation fiscale l’atteste au-delà des limites du système. Un peu plus de 60 % des Français ne paient pas l’impôt sur le revenu parce qu’ils perçoivent un salaire ou un revenu de remplacement complété par les aides publiques insuffisant pour vivre « correctement » et s’acquitter de celui-ci. Comment dans ces conditions retrouver la confiance ? De même, pour ce qui concerne l’emploi pour ceux qui en sont privés, comment « y croire » quand les niveaux de formation et de qualification ne le permettent pas. Une enquête récente soulignait que plus d’un chômeur sur deux n’avait pas le bac. C’est donc à ce double niveau de l’amélioration des revenus et de la formation que les pouvoirs publics ont une obligation de résultats pour ne pas laisser passer l’opportunité, changer la donne et soutenir l’économie.

Avec ce paysage plus net en toile de fond, les choix sont plus faciles à cerner. Est-il concevable de ne pas « rentrer » enfin dans les clous en matière de déficit public cette année ? L’héritage est lourd parce que Hollande et Valls ont proclamé que « ça allait mieux » quand ce n’était pas le cas et qu’ils ont multiplié avant de quitter la scène des dépenses non financées, le plus souvent catégorielles, en dehors de toute logique d’ensemble cohérente. Un passif qui pèse sur le second semestre 2017 et sur le débat budgétaire 2018. L’annulation de crédits qui est demandée à la défense, de l’ordre de 850 millions, est à peine supérieure à la dépense engagée pour sauver le site d’Alstom à Belfort - 700 millions - par exemple alors que la « santé » du groupe ne le justifiait pas. Des économies de gestion sont nécessaires dans les ministères comme dans les collectivités. Aux armées, il n’est ainsi pas incongru de demander une politique « patrimoniale » plus adaptée ou des « œuvres » moins dispendieuses, à faire pâlir d’envie les CE les mieux lotis, d’autant qu’elles sont centrées sur les officiers. Dans le même temps, des casernements sont quasiment insalubres. Le redéploiement est à l’ordre du jour ainsi que le renversement des priorités entre investissement et fonctionnement que l’on réduit trop souvent à la masse salariale pour justifier l’immobilisme alors que c’est très loin d’être le cas. L’immobilier souvent mal entretenu, le protocole, la com’, les prébendes de quelques-uns etc… peuvent aisément être réduits.

Quant au débat budgétaire, les termes en sont assez clairs. Non, il ne faut pas réduire la voilure ni même privilégier un seul ministère, la défense, comme Macron dit vouloir le faire. Il est légitime que les ministères de la santé et de l’éducation par exemple voient eux-aussi leurs moyens d’intervention augmentés. Il est légitime que les salaires des employés des trois fonctions publiques progressent au niveau de l’acquis de croissance, voire soient « indexés » à l’avenir sur celui-ci. Il est légitime de titulariser les contractuels qui ne le sont pas au moins à mi-temps en abandonnant  cette mesure trompeuse sur la qualité de l’emploi qui veut que l’on compte en « équivalent temps plein » avant tout dans les collectivités. Parallèlement, dès lors que l’État concède des allégements de cotisations sociales ou de « charges » aux entreprises, à plus forte raison s’ils devenaient pérennes, il est légitime qu’ils servent équitablement à l’investissement comme à l’augmentation des rémunérations des salariés, pas à celles des actionnaires. Les syndicats sont fondés à l’exiger au nom de l’intérêt général. Il en va en effet de la lutte prioritaire pour réduire les inégalités, indispensable pour donner toutes ses chances à une croissance plus forte parce que plus juste et durable au service d’un développement dont les fruits seraient mieux partagés.

Au plan fiscal, le nettoyage des écuries dAugias des « niches » en tout genre est plus indispensable que jamais, en matière de R&D notamment pour y substituer un système plus efficient et moins opaque. Il en va de même des dizaines de milliards consacrés en principe à la formation professionnelle sur lesquelles l’État doit reprendre la main au nom d’un contrôle public transparent contre la mainmise d’organisations professionnelles qui ne sont nullement « légitimes » pour agir au nom de tous et qui en ont abusé à des fins sans rapport avec l’objectif assigné. Au-delà, les grands projets identifiés tels la dématérialisation de tous les organismes publics, les transports au sein des métropoles et avec l’Europe, la rénovation énergétique des logements… pour n’en citer que quelques-uns doivent bénéficier d’une nette priorité par rapport au saupoudrage habituel, coûteux et le plus souvent sans effets mesurables. L’équation grands équilibres, progrès social, équipements structurants et de proximité n’est pas de celles que l’on résout facilement à plus forte raison sur une législature mais ne pas tenter de le faire serait une faute lourde dans un contexte porteur pour s’y essayer. Or, c’est au départ qu’il faut donner l’impulsion décisive. Il en va de la responsabilité du gouvernement mais aussi de tous les acteurs de la vie publique. Le budget, c’est à la rentrée, autrement dit maintenant qu’il faut en débattre et fixer les priorités.

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