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La rue de Montorgueil, IIe arrondissement, Paris - © Jean-Christophe Benoist / Wikimedia Commons
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Dans le
domaine de l’emploi, y compris en France, les recrutements dans le secteur
privé ont enfin décollé avec une perspective de moyen terme, jusqu’en 2019, de
l’ordre de 300 000 postes par an - niveau comparable à celui du début des
années 2000. Une majorité de ceux-ci sont des CDI et quant aux CDD, ce sont
généralement des contrats de plus d’un mois. Mais alors, comment expliquer que
l’opinion reste « sceptique », voire convaincue aux deux-tiers que
seuls les plus favorisés profiteront de ce qu’elle perçoit au mieux comme une
« embellie »? Parce que la situation du plus grand nombre reste
marquée par les traits de la « paupérisation », fut-elle relative, du
chômage, de « l’austérité », de la « crise » qui n’en finit
pas. La photographie de la situation fiscale l’atteste au-delà des limites du
système. Un peu plus de 60 % des Français ne paient pas l’impôt sur le revenu
parce qu’ils perçoivent un salaire ou un revenu de remplacement complété par
les aides publiques insuffisant pour vivre « correctement » et s’acquitter
de celui-ci. Comment dans ces conditions retrouver la confiance ? De même, pour
ce qui concerne l’emploi pour ceux qui en sont privés, comment « y
croire » quand les niveaux de formation et de qualification ne le
permettent pas. Une enquête récente soulignait que plus d’un chômeur sur deux
n’avait pas le bac. C’est donc à ce double niveau de l’amélioration des revenus
et de la formation que les pouvoirs publics ont une obligation de résultats
pour ne pas laisser passer l’opportunité, changer la donne et soutenir
l’économie.
Avec ce
paysage plus net en toile de fond, les choix sont plus faciles à cerner. Est-il
concevable de ne pas « rentrer » enfin dans les clous en matière de
déficit public cette année ? L’héritage est lourd parce que Hollande et Valls
ont proclamé que « ça allait mieux » quand ce n’était pas le cas et
qu’ils ont multiplié avant de quitter la scène des dépenses non financées, le
plus souvent catégorielles, en dehors de toute logique d’ensemble cohérente. Un
passif qui pèse sur le second semestre 2017 et sur le débat budgétaire 2018.
L’annulation de crédits qui est demandée à la défense, de l’ordre de 850
millions, est à peine supérieure à la dépense engagée pour sauver le site
d’Alstom à Belfort - 700 millions - par exemple alors que la « santé »
du groupe ne le justifiait pas. Des économies de gestion sont nécessaires dans
les ministères comme dans les collectivités. Aux armées, il n’est ainsi pas
incongru de demander une politique « patrimoniale » plus adaptée ou
des « œuvres » moins dispendieuses, à faire pâlir d’envie les CE les
mieux lotis, d’autant qu’elles sont centrées sur les officiers. Dans le même
temps, des casernements sont quasiment insalubres. Le redéploiement est à
l’ordre du jour ainsi que le renversement des priorités entre investissement et
fonctionnement que l’on réduit trop souvent à la masse salariale pour justifier
l’immobilisme alors que c’est très loin d’être le cas. L’immobilier souvent mal
entretenu, le protocole, la com’, les prébendes de quelques-uns etc… peuvent
aisément être réduits.
Quant au
débat budgétaire, les termes en sont assez clairs. Non, il ne faut pas réduire
la voilure ni même privilégier un seul ministère, la défense, comme Macron dit
vouloir le faire. Il est légitime que les ministères de la santé et de l’éducation
par exemple voient eux-aussi leurs moyens d’intervention augmentés. Il est
légitime que les salaires des employés des trois fonctions publiques
progressent au niveau de l’acquis de croissance, voire soient
« indexés » à l’avenir sur celui-ci. Il est légitime de titulariser
les contractuels qui ne le sont pas au moins à mi-temps en abandonnant cette mesure trompeuse sur la qualité de
l’emploi qui veut que l’on compte en « équivalent temps plein » avant
tout dans les collectivités. Parallèlement, dès lors que l’État concède des
allégements de cotisations sociales ou de « charges » aux entreprises, à plus forte
raison s’ils devenaient pérennes, il est légitime qu’ils servent équitablement
à l’investissement comme à l’augmentation des rémunérations des salariés, pas à
celles des actionnaires. Les syndicats sont fondés à l’exiger au nom de
l’intérêt général. Il en va en effet de la lutte prioritaire pour réduire les
inégalités, indispensable pour donner toutes ses chances à une croissance plus
forte parce que plus juste et durable au service d’un développement dont les
fruits seraient mieux partagés.

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