mardi 11 juillet 2017

Parti pris du 11 juillet 2017

Le G20 réuni à Hambourg (photo © REUTERS), les troupes irakiennes dans Mossoul le 8 juillet,
veille de la libération de la ville (photo © AFP).

Un monde multipolaire affirmé. Du G20 de Hambourg aux cérémonies du 14 juillet à Paris, c’est un nouvel ordre mondial qui s’affirme, fut-ce dans la douleur. Celles d’une « multipolarité » où il n’y a plus de « Number one », ni de « First », de « superpuissance impériale » en situation d’imposer sa loi à tous les autres. La situation des États-Unis de Trump est paradoxale. Son isolement qu’il cultive, son rêve de revenir au passé d’une domination sans partage se fracasse sur la réalité d’une politique isolationniste assumée qui sanctionne un déclin accéléré plutôt qu’une renaissance improbable. Après l’accord de Paris dont il s’est retiré, le « libre-échange » dont il entend s’extraire, on pourrait assister à une guerre de l’acier contre la Chine aux conséquences plus lourdes encore pour l’ex-première puissance mondiale. Poutine ne peut prétendre tenir longtemps le rôle qu’il s’est assigné sans être ramené aux fondamentaux d’une économie en crise qui ne représente qu’un septième de la « puissance » américaine et ne peut jouer sur tous les fronts de l’Ukraine au Moyen-Orient sans prendre le risque d’un brusque effondrement d’autant que l’opposition se requinque dans la perspective d’une énième réélection plus difficile que les précédentes. Un constat qui vaut pour d’autres moins puissants sans doute mais qui rêvaient de jouer leur partition solitaire sans être dérangé. C’est particulièrement le cas d’Erdogan rattrapé par une formidable mobilisation de l’opposition démocratique qui a su en quelques semaines mobiliser des centaines de milliers de Turcs contre la dictature islamiste dans « une marche de la Justice » au nom des emprisonnés et des limogés qui brise net les rêves du dictateur, sans ouvrir encore la possibilité d’un rétablissement des normes démocratiques, mais en permettant que la peur change de camp. L’Europe des 28 apparaît dans ce cadre moins mal en point, parce que les institutions démocratiques y sont la norme en dépit des tentatives minoritaires des pouvoirs polonais et hongrois de s’en défaire. Elle fait face au « Brexit » avec une solidité certaine qui fragilise davantage le gouvernement May donnant du temps au temps pour inviter les Britanniques à rebrousser chemin pour rejoindre le cortège du progrès. Elle joue un rôle diplomatique moins chaotique que jadis, au-delà de la répartition des rôles que l’on observe dans le couple franco-allemand face à Trump. La convocation d’un sommet en décembre à Paris sur le climat et l’application du programme de la COP21 le prouve. Elle tient le choc face aux pressions internes contre les sanctions infligées à Poutine après son annexion de la Crimée et ses agressions répétées de l’Ukraine. Elle paraît surtout plus en phase que les autres ensembles territoriaux pour tirer son épingle du jeu d’une relance économique qui se confirme. Au point où les recettes escomptées de la relance autorisent comme en France une accélération des réformes entraînant le « recadrage » sévère du Premier ministre par le Président. La « révolution » de l’économie verte, resterait-elle capitaliste, ouvre à l’Europe les portes d’une belle prospérité à la condition qu’elle sache ou qu’elle soit contrainte d’en partager les fruits entre tous ses ressortissants et avec ceux qui sont en souffrance de développement à l’image des Africains. Les faux-semblants inspirés du passé ne sont plus à l’ordre du jour. Qu’il s’agisse des « théories » anxiogènes et peu étayées entendues aux Rencontres d’Aix-en-Provence qui voudraient qu’une nouvelle crise systémique soit « possiblement » à l’ordre du jour. Les disparités, les inégalités sont gigantesques et béantes oui, elles appellent des solutions mais ne conduisent pas « logiquement » au chaos. Qu’il s’agisse des manifestations d’opposition aux forums collaboratifs d’en haut où le présent est pauvrement décliné à la mesure d’un passé par ailleurs mal maîtrisé. Une orientation altermondialiste conséquente, efficace, se nourrissant de succès est souhaitable, possible, nécessaire, évidemment… mais il lui faut se libérer du « remake » des contre-sommets d’antan devenu répétitif, vide de sens et objet des « jeux » pervers de « casseurs » toujours prêts à en découdre sans le moindre apport à la transformation du monde. Hambourg marque sans doute et à ce titre la fin d’une époque.

Mossoul libérée, l’EI-Daesh battue. Hormis l’actuel pouvoir irakien, personne ne criera à la victoire finale contre la « bête » islamiste. La libération de Mossoul a en effet un goût de cendres. Un territoire en ruines, une population martyrisée qui a subi les pires exactions depuis les crimes nazis et dont nombre de survivants ont dû fuir la terreur quand ils le pouvaient. Tout est à reconstruire à commencer par des conditions de vie qui invitent à autre chose qu’à la barbarie dévorante. Cela passe par une aide massive et contrôlée pour ne pas engendrer d’autres drames. La communauté internationale et l’ONU ont malheureusement, on l’a dit maintes fois, au moins une « paix » de retard en ce domaine. Tout en travaillant avec lui bien sûr, il est impossible de compter sur le régime de Bagdad pour rétablir pleinement la paix et conforter la perspective d’une société « démocratique ». D’autant que si l’EI-Daesh essuie une très lourde défaite, elle n’est pas réduite au silence pour autant. Le « bruit », le sang et les larmes sont encore à sa portée, ici ou là, par la perpétration d’attentats « inhumains ». C’est le « vice » de cette libération acquise sur le terrain par des combattants volontaires, équipés et soutenus par la coalition internationale mais ne disposant pas d’un soutien massif dans les communautés musulmanes. Rien à voir avec l’accueil réservé aux GI libérateurs par les populations européennes. Combattants de l’extérieur dont l’action parachevait celle des libérateurs de l’intérieur, ils étaient porteurs de valeurs démocratiques. Au Moyen-Orient, rien de tel précisément parce que les Printemps arabes ont été partout muselés et écrasés par les Islamistes. Les Musulmans d’Europe ou d’Asie assistent à l’évènement dans une certaine indifférence qui résulte de l’absence de mobilisation de masse contre les barbares. Non que ceux-ci aient bénéficié, si ce n’est à la marge, d’une sympathie pour leurs crimes revendiqués au nom de la religion et d’un Califat de la revanche contre la modernité. Mais parce que les voix d’opposition à la régression moyenâgeuse ont été le plus souvent « bâillonnées » au nom de la tradition et de l’Islam. Les rares tentatives de dessiner un autre possible que celui de l’oppression traditionaliste ont été battues en brèche. Reste une situation contrastée où la guerre contre les « barbares » continue sur le terrain en Syrie et autour de Raqqa notamment et où la bataille idéologique, la vraie bataille de la libération, n’est pas encore engagée. Elle sera décisive sur le long terme dans toutes les sociétés où les Musulmans sont en voie d’intégration démocratique et à plus forte raison, celles, où ils sont majoritaires et où la démocratie la plus élémentaire n’a pas droit de cité. Le combat pour une laïcité ouverte et universaliste, garante du vivre ensemble et d’un futur démocratique libéré des traditions qui ne le sont pas, est partout à l’ordre du jour. Sans aucun doute face aux pressions toujours renouvelées des religieux de quelque obédience qu’ils soient mais avec une intensité plus grande de la part d’un Islam qui n’a pas ou peu appris de sa confrontation avec les sociétés laïques, un Islam où l’intégrisme est souvent virulent et peu respectueux des lois parce qu’il se réfère plus à une logique de cohabitation que d’intégration. C’est le cas en Allemagne ou en France. Les changements de direction au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) où les obligés d’Erdogan ont remplacé les Frères musulmans en témoignent. Des Frères musulmans dont la « porosité » idéologique avec les fous d’Allah et de Baghdadi réunis n’est guère contestable, ayant conduit à la proclamation du Califat barbare en juin 2014 avec le consentement de Morsi et de la Confrérie en Égypte. Le régime d’Erdogan a fini, lui, par combattre l’EI-Daesh, mais après un jeu trouble dont la dénonciation vaut à un député turc des dizaines d’années de prison et aux journaux d’opposition d’être interdits. Sans compter les manifestations quotidiennes d’une négation intolérable des droits des femmes et de ceux des enfants. C’est dire si la route est encore longue dans la perspective d’une vraie libération au-delà du soulagement après la défaite infligée à l’État islamique à Mossoul. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire