mardi 6 juin 2017

Parti pris du 6 juin 2017

À Londres (photo © Reuters), à Doha (photo © Naseem Zeitoon), à Kaboul (photo © AFP), à Paris (photo © POOL/AFP).

Londres doit rester dans l’Union. La troisième attaque meurtrière en moins de trois mois. Un élan de solidarité nécessaire de la part des 27 autres États membres bien sûr, mais aussi un sentiment de malaise à deux jours d’élections générales où se joue l’avenir de la Grande-Bretagne dans l’UE. Les attaques répétées des « barbares » islamistes ne trouveront pas de solution dans le cadre strictement national d’antan. C’est vrai pour la Grande-Bretagne comme pour n’importe quel autre pays européen. Le moyen d’y faire face au-delà de la résilience des sociétés concernées réside en effet dans la coordination et l’intégration des services de renseignement et de lutte contre le terrorisme à l’échelle européenne. Ce qui est vrai sur le plan sécuritaire l’est tout autant sur le plan diplomatique et militaire. Les errements de Washington sous Trump, sur le climat comme sur d’autres dossiers, interpellent à chaque fois la responsabilité des Européens. Londres doit y tenir sa place, faute de quoi la diplomatie britannique serait vouée à l’impuissance et à la relégation. Sur le plan économique, la course en solitaire ne peut rivaliser avec celle où tout un équipage est à la manœuvre. Londres sous la menace du « Brexit » est passée en matière de croissance du premier rang au dernier en l’espace de deux trimestres – 0 ; 7 % au dernier trimestre 2016 et 0,2 % au premier trimestre 2017. Le gouvernement May, lui-même produit du vote de juin, doit faire face aux tensions « internes » avec l’Écosse, mais aussi avec l’Irlande du Nord et le Pays de Galles. Autant de raisons qui devraient conduire les Britanniques à se débarrasser de Theresa May. La victoire des Travaillistes et de Corbyn ne réglerait pas tout mais ouvrirait la possibilité de faire machine arrière sur la présence de Londres dans l’Union. Elle mettrait fin à la parenthèse aventureuse d’une sécession sans fondement.

Doha au ban du Proche-Orient. Coup de tonnerre diplomatique quand le petit Qatar – 250 000 ressortissants – et richissime Émirat gazier se trouve en butte à la colère de ses voisins, emmenés par Ryad avec le soutien de l’Égypte. En cause, sa politique trop « indépendante » aux yeux de ses partenaires du Conseil de coopération du Golfe. Cette fois l’intensité de la crise paraît sans commune mesure avec celle de 2014 qui avait pourtant duré huit mois. Le « simplisme » de Trump rompant avec la politique d’Obama de dialogue avec Téhéran n’y est pas étranger. Ryad compte sur le soutien de Trump dans ce qui apparaît d’abord comme une « croisade » des monarchies sunnites contre l’Iran chiite en voie de « démocratisation » après la réélection du réformateur Rohani. S’y ajoute l’accusation portée contre Doha de financer et d’abriter une partie des directions « terroristes », ce qui n’est guère contestable au moins pour ce qui concerne les Frères musulmans ou encore le Hamas, suscitant l’exaspération du Caire. Vieille tradition du double ou triple jeu à laquelle Doha comme Ryad sont parfaitement rompues. Dans l’immédiat, la fermeture des frontières terrestres et maritimes et l’arrêt des liaisons aériennes participent d’une escalade des « majoritaires » à l’égard de « minoritaires » qui invoquent leur bonne foi et leur disponibilité pour un « dialogue constructif ». Au-delà, ce sont des dizaines de milliards de dollars qui sont en jeu et dont pourraient pâtir les partenaires occidentaux de Doha, au premier rang desquels Paris. Le Qatar a beaucoup investi en France, « arrosant » complaisamment les politiques de tout bord et avec l’espoir d’importantes retombées de l’organisation de la coupe du monde de football acquise par les mêmes procédés. La vie des travailleurs immigrés au Qatar n’est pas différente de ce qu’elle est en Arabie saoudite. Il n’y a aucun camp « progressiste » dans cette querelle d’émirs… mais un risque supplémentaire de déstabilisation de la région.

Kaboul martyrisée par l’EI-Daesh. Autre latitude où les prolongements de la guerre déclenchée par les Islamistes contre l’humanité provoquent des catastrophes humaines en chaîne, l’Asie du sud-ouest. Le dernier massacre en date, revendiqué par l’EI-Daesh, se « solde » par 150 morts et plusieurs centaines de blessés. Preuve s’il en était encore besoin que le régime corrompu installé à Kaboul ne contrôle pas la situation sur le plan sécuritaire ni dans les territoires où les Talibans se sont refaits, ni même dans la capitale où la succursale du califat de Raqqa semble s’être suffisamment implantée pour sévir à grande échelle. Triste bilan d’une intervention qui ne s’est jamais accompagnée d’un développement souhaitable, susceptible de gagner les populations locales à autre chose que les mythes religieux réactionnaires. La leçon vaut en Afghanistan comme demain sans doute au Moyen-Orient. La guerre contre la barbarie islamiste se gagnera sur tous les terrains à la fois ou s’éternisera dans une logique du « confinement » dont on mesure aujourd’hui à quel point ses résultats sont illusoires, toujours surestimés. Mais cela suppose une « gouvernance » mondiale crédible pour sortir de ces conflits qui ne sont pas « locaux ». Faute de moyens et de volonté politique, on se contente de parer au plus pressé et de retirer l’échelle quand on peut prétendre qu’un semblant de travaux de « consolidation » a été effectué. La lutte pour la démocratie contre la guerre, contre la corruption – ici le trafic de drogue, ailleurs l’accaparement privé des ressources… – intégrant une dimension idéologique contre les superstitions et croyances moyenâgeuses qui dominent les laissés-pour-compte permettant aux clans de « gouverner » et de s’enrichir n’est pas un « complément d’âme ». Elle est la condition du succès et de l’avènement d’un monde meilleur parce que plus progressiste.

Paris… de la marche triomphale. Les résultats du premier tour des circonscriptions de l’étranger le confirment, la vague « jaune » en faveur de Macron va déferler. Archaïsme des institutions antidémocratiques de la Ve République qui joue à fond en faveur du président élu au suffrage universel direct. Il n’y a là rien de nouveau ni de moderne. Au contraire, la confirmation d’une « facilité », serait-elle à un coup, de faire taire toute velléité d’opposition. Bayrou rêve déjà d’un référendum, même constat. Résultat du quinquennat calamiteux d’un François Hollande qui aura été, élection après élection, le « fossoyeur » de la gauche tous courants confondus. Pour autant, il n’est pas sûr que le triomphe sans combat des protégés du Président leur assure durablement des jours tranquilles. D’abord parce qu’il arrive que « son excellence » dérape lourdement comme il l’a fait à propos des Comores… Ensuite, parce que l’avant-projet de réforme par ordonnances du Code du travail laisse entrevoir une propension à tout céder au patronat et à ne lui résister jamais, même quand il s’agirait d’assurer un minimum de représentation des salariés dans les conseils d’administration. L’urgence de décisions sans retour d’un côté, la réflexion sans frais de l’autre. Si cela devait être officialisé, il faudrait y voir une incapacité à ne pas gouverner à droite. Enfin, il y a tous les problèmes pendants qui taraudent la société française et dont on peut penser qu’ils se cumuleront avec le bouclage du budget 2018 à la rentrée d’automne. Sans compter, les « surprises » du chef comme la tentative des amis d’Erdogan d’exister en France sur une base religieuse et communautaire par la prise de contrôle du Conseil français du culte musulman. Ils ne sont pas au bout des difficultés, les amis du Président Macron. La gauche éclatée, elle, n’a plus que ses yeux pour pleurer, un temps, avant de se reconstruire sur des bases unitaires.

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