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| Theresa May annonçant les élections anticipées le 18 avril dernier (photo © Reuters). |
On doit son invention aux Aborigènes avant que l’objet ne soit détourné de sa fonction par quelques apprentis sorciers en mal de sensations fortes, le retour dépendant de la précision et de la force du lancer. À cet exercice, Theresa May a montré d’incontestables dispositions. Moins d’un an après le vote funeste en faveur du « Brexit » qui devait entraîner le départ de Cameron et son arrivée au pouvoir, la voilà battue, presque humiliée dans un scrutin dont elle espérait les coudées franches et dont elle hérite d’entraves serrées. Avec 318 sièges, elle perd sa majorité absolue aux Communes et devra essayer de gouverner en comptant sur l’apport du Parti unioniste nord-irlandais qui est sur une autre ligne qu’elle en ce qui concerne l’Europe, l’Union douanière et le marché unique. Pire, elle pouvait espérer que les attentats islamistes de Manchester et de Londres serviraient son « leadership ». Il n’en a rien été. De nouvelles élections sont donc inscrites à l’horizon. En attendant, May tente l’aventure du gouvernement minoritaire. Sa survie dépendra de l’opposition travailliste - 261 sièges - et de la direction Corbyn qui empoche un gain de 30 sièges et s’estime « victorieuse » pour avoir mieux résisté que prévu. L’UKIP de Farage ne réussit pas à faire élire un seul député, réjouissant ! À gauche, le parti national écossais (SNP) essuie de lourdes pertes hypothéquant la perspective d’un nouveau référendum pour l’indépendance. Le signe que même présentée sous un emballage attractif la sécession ne fait plus vraiment recette. La forte participation, des jeunes en particulier, dans le sud, qui a bénéficié aux Travaillistes indique la même volonté de ne pas se laisser faire. Raison de plus pour espérer que les Instances de l’Union sauront profiter d’un rapport de forces amélioré dont témoigne le recul de la livre face à l’euro comme face au dollar pour ramener les Britanniques au bercail.
Trump, l’allié du « Brexit » devenu embarrassant même pour May n’est pas davantage à la fête. L’accumulation de rebuffades judiciaires où s’enlisent ses décrets comme les révélations de plus en plus embarrassantes sur les liens entre ses proches et les services de Poutine lui promettent une suite de mandat chaotique. Les déclarations devant la Commission du renseignement du Sénat de James Comey, ex-chef du FBI débarqué par Trump, créent un climat explosif dans l’opinion car le « mensonge » du Président est l’un des « crimes » les plus insupportables aux yeux des Américains. Sans compter les prolongements de la crise diplomatique dans le Golfe persique entre tenants des Saoud et le Qatar dont Trump porte une part indéniable de responsabilité. Sans compter sa réaction « indigne » et « stupide » aux attentats de l’EI-Daesh à Téhéran aussi ignobles que ceux de Londres, Paris… où, précisément, la tour Eiffel a porté le deuil, comme toujours. Trump est voué à une « destitution » nécessaire pour assainir l’atmosphère. L’Europe se trouve propulsée sur le devant de la scène pour remplacer le vieux comédien de série B défaillant. Elle y va comme toujours à reculons mais non sans atouts. Le sauvetage de Banco Popular, la sixième banque espagnole dédiée aux PME, l’illustre bien. Trump appelle à une dérégulation du secteur bancaire tandis que les Européens ont renforcé les dispositifs visant à prévenir les crises incontrôlables. Le sauvetage de la banque espagnole, percluse de créances toxiques, au profit de Santander qui l’a absorbée pour un euro et l’a « recapitalisée » à hauteur de huit milliards, n’a été possible que parce que la BCE et le Mécanisme de résolution unique (MRU) avaient la possibilité d’agir, vite et à peu de frais. Les fonds publics n’ont pas été sollicités, seuls les actionnaires ont été « lessivés ». Le signe d’une gouvernance raisonnable quand Trump rêve de la jungle. Le boomerang revient à l’envoyeur même si l’assainissement bancaire est loin d’être achevé en Europe, spécialement en Italie, voir en Allemagne.
En France où l’on préfère le Jeu de Paume au boomerang, le premier tour des élections législatives ne devrait pas créer de trop fortes sensations dimanche soir tant le coup paraît « imparable », du moins cette fois. Les sondages vont jusqu’à entrevoir une victoire écrasante des candidats du Président. C’est donc moins la physionomie d’une Chambre « jaune » canari – ce serait chic et tendance parait-il – que l’on scrutera que les mille et un signes annonciateurs d’avenir. Avec des effets boomerangs, il faut l’espérer, contre certains sortants, cumulards et premiers responsables de l’impasse à gauche. On pense spécialement à Valls ou El Khomeri parmi d’autres. Sur un autre registre, on pense à Mélenchon, plus arrogant que jamais au comble de la provocation pour la division face à Mennucci. On pense encore à Cambadélis qui ne pourra pas éviter cette fois le bilan d’une politique qu’il a relayée, mettant son parti à terre. Pour reconstruire sans regrets, il faudra détruire les anciennes idoles libérales et faire du neuf avec des militants et élus honnêtes et contrôlés, sachant ce qu’impliquent la justice sociale et la démocratie au service de l’intérêt général. Nécessaire surtout quand la droite implosera parce que l’accès aux prébendes la divise déjà et le fera davantage demain. Nécessaire quand le « nouveau » pouvoir prétendra agir à sa guise pour « relooker le modèle social » qu’il veut surtout « rentable » et qui deviendrait plus « injuste ». Nécessaire quand il proposera de « dissimuler » l’état d’urgence en lui octroyant un caractère de « normalité » qu’il n’aura jamais, versant ses dispositions dans la norme de l’État de droit. Nécessaire surtout pour que l’avenir ne s’écrive pas sans une gauche qui par-delà ses faiblesses innombrables et sa diversité a contribué à écrire les plus belles pages de l’histoire de l’humanité parfois à partir de ce pays. Les jeux de raquettes, les services gagnants et autres retours à la volée, sont en effet moins dangereux que le boomerang qui peut être mortel.
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