vendredi 2 juin 2017

COP 21 : Trump dehors !


 Trump (photo © Carlos Barria Reuters)
Une décision irresponsable prise par un Président américain aveuglé par un isolationnisme menaçant son pays comme la planète. En se retirant de l’accord de Paris sur le climat, Trump accélère probablement la procédure de destitution par laquelle les Etats-Unis se débarrasseront de lui. Le voilà au ban de l’humanité niant l’évidence d’un réchauffement tout à la fois imputable aux activités humaines et obérant les conditions de vie des générations futures, aujourd’hui, demain. L’engagement de 194 États onusiens à limiter à deux degrés en moyenne ce réchauffement demeure un objectif non négociable. La « folie » de Trump et de l’extrême-droite américaine n’y change rien même si elle complique les conditions de la négociation sur la trajectoire de cet accord car, tout l’indique, il va falloir faire mieux et plus vite que prévu. Tous les experts s’accordent sur ce point. Au risque de voir se produire une montée des eaux rendant « invivables » de nombreux territoires côtiers s’ajoute la déclinaison d’une moyenne qui s’annonce plus terrible encore pour les habitants des mégapoles qui verraient la température urbaine augmenter bien davantage avec des pointes jusqu’à 8 degrés. L’urgence climatique est un fait que ne saurait effacer une pauvre et laborieuse déclaration où reviennent comme un leitmotiv le « charbon » et les « emplois américains ». Quels que soient les termes de la condamnation, elle est fondée, unanime et prometteuse.

Ce Président élu à la faveur d’une campagne improbable de mensonges et de triche en tout genre avec le concours des « artistes » russes comme Poutine aime à voir ses services ne représente ni les principaux Etats américains, ni les grandes cités, ni leurs forces vives. Il n’est que le porte-parole « étriqué » des lobbies des énergies fossiles misant sur les parts de marché intérieur à très court terme, soutenus par des électeurs déclassés et avant tout ruraux qui en espèrent un emploi à leur mesure, la haine en bandoulière  pour tout ce qui ne leur ressemble pas aux Etats-Unis et ailleurs. Cette Amérique-là n’a aucun avenir. Elle accentue le « déclin » américain, serait-il toujours relatif. Elle fait surtout face à une coalition « éclairée » de ceux qui sont en phase avec le reste de la planète. C’est aux Etats-Unis qu’aboutira la procédure de destitution même s’il importe qu’elle soit soutenue par l’opinion démocratique partout ailleurs dans le monde. Cela ne se fera pas avec une « entrée en guerre » qui n’aurait aucun sens mais au contraire avec une combinaison intelligente de fermeté l’isolant envers Trump et de collaboration renforcée avec les forces de son opposition démocratique qu’elle soit portée par les gouverneurs, les maires, les entreprises, les syndicats ou encore les « people ». Ce qui n’exclut pas des temps forts comme une possible résolution au Conseil de sécurité à destination de l’Assemblée générale de l’Onu par exemple. Le compte à rebours est engagé.

L’Europe a une responsabilité particulière pour y contribuer parce qu’elle est en dépit de ses faiblesses la mieux placée pour prendre la direction de la coalition mondiale anti-Trump. La force de ses quelques 508 millions de ressortissants, la qualité de ses « élites » et les acquis de son histoire, y compris quand elle fut chaotique, en font l’interlocuteur principal de la coalition diplomatique avec Pékin  comme avec Moscou. Il importe d’y associer New-Dehli car si un risque « d’effet domino » existe c’est du côté du gouvernement de Narendra Modi appuyé par l’extrême-droite hindouiste qu’il faut le redouter. À ce stade et parce que les dirigeants européens ont correctement réagi à travers la déclaration commune de Macron, Merkel, Gentiloni ainsi que par la voix des institutions bruxelloises, l’heure est à la concertation pour renforcer le processus de Paris, le déclarer « irréversible » et par-dessus tout lui donner des objectifs chiffrés plus précis, zone par zone, secteur par secteur. L’adoption d’un nouveau paquet « climat » par l’Union qui en a les moyens serait le signe le plus clair de cet engagement. Il passe en particulier par une aide à la modernisation de ceux des anciens PECO - pays d’Europe centrale et orientale - qui sont le plus en retard en ce domaine. Le moyen de ne plus considérer l’UE comme un ensemble d’États membres mais comme un territoire fédéral unifié où la solidarité jouerait enfin pleinement envers tous.

Une Europe qui cherche à dépasser plusieurs crises latentes. À Londres où le gouvernement de Teresa May apparaît en difficulté en vue des élections du 8 juin comme l’indiquent les sondages. Les Libéraux-démocrates et le Parti travailliste semblent en passe d’empêcher l’élargissement, voire même le renouvellement de la majorité absolue des Tories aux Communes. C’est bien la question européenne qui explique cette bonne « surprise » dans la mesure où May au terme d’une campagne effacée envisage un « Brexit » hard avec rupture sans accord et où Corbyn, requinqué, prône un maintien dans le marché unique et l’union douanière comme objectif de la négociation. Le tout sur fond de coupes claires dans les dépenses sociales du prochain budget conservateur et de l’invocation d’une société « plus juste » chez les Travaillistes. Le contre-effet Trump devrait également  jouer dans les urnes, le gouvernement May se trouvant en porte-à-faux sur tous les dossiers lourds du moment, avec un partenaire américain moins fiable que jamais. Reste à confirmer le 8 juin et en cas de victoire, inespérée il y a peu, à redessiner les contours d’un programme social et démocratique daté et non revisité alors que l’économie donne de sérieux signes de faiblesse - 0,2 % de croissance au premier trimestre et recul marqué de 1,6 point des exportations en dépit de la dévaluation de plus de 15 % de la livre face à l’euro et au dollar.

À Rome, une autre « surprise » est intervenue avec la conclusion d’un accord à trois sur la réforme institutionnelle à base de proportionnelle à l’allemande - intégrale avec un seuil d’accès à 5 % pour le Parlement, voire pour le Sénat - qui ouvre la voie à des élections générales anticipées à l’automne, la date du 24 septembre étant avancée par les Démocrates « comme en Allemagne ». Personne n’est dupe des raisons d’un tel revirement quelques mois après la défaite sur le sujet par référendum de Matteo Renzi. Redevenu le « patron » du PD, celui-ci a cédé sur la proportionnelle jouant une partie plus « démocratique » que « sociale » sachant qu’il devra faire face à une situation économique dégradée - 1% de croissance escompté cette année, avec une dette à 132 % du Pib et un déficit public à 2,3 %. De son côté la droite, très affaiblie - moins de 15 % des intentions de vote - et toujours avec Berlusconi comme « leader », peut espérer « se refaire » dans une éventuelle coalition avec le PD et se libérer de l’emprise des fascistes de la Ligue du Nord. Les populistes du Mouvement Cinq étoiles, sauraient dans ce cadre faire fructifier leurs intérêts dans une opposition confortable à défaut de pouvoir l’emporter. Ainsi va la vie politique à l’italienne. Mais cela n’en constitue pas moins une solution à des décennies de crise institutionnelle incompatible avec le rôle du pays dans le directoire européen aux côtés de Berlin et Paris.

Paris où Macron bénéficie d’un « état de grâce » inattendu à l’avant-veille des législatives sur la base d’une entrée en matière réussie sur le plan diplomatique comme sur le plan économique avec le déplacement à Saint-Nazaire chez STX en attendant le plat de résistance du budget. Majorité absolue en perspective en dépit du lourd « boulet » que constitue le ministre Ferrand, homme clé d’En Marche, empêtré dans les révélations sur ses addictions aux conflits d’intérêts. La justice consent désormais à enquêter, de manière « préliminaire » il est vrai. Mais c’est surtout la réforme de « moralisation » de la vie publique qui occupe les esprits. Une vraie torpille contre la Ve République affairiste et corrompue dès les origines. La suppression de la Cour de Justice de la République - on garde en mémoire la condamnation sans peine de Christine Lagarde - , l’abolition de la réserve parlementaire - incitation au clientélisme -, la fiscalisation de tous les revenus des parlementaires, la limitation des mandats dans le temps, l’impossibilité de les cumuler etc. étaient devenues « obligatoires » au point qu’on se demande encore pourquoi Hollande et Valls n’y ont pas eu recours. Rattrapage donc mais la vigilance s’impose à plus d’un titre, d’abord sur les délais d’application - pas à la fin du quinquennat -, ensuite sur le fait que les institutions de la Ve demeurent toujours aussi antidémocratiques, de l’omnipotence présidentielle à la non représentation proportionnelle et en passant par le mille-feuille administratif. 

Alors, Londres, Rome, Paris… en attendant Berlin, l’Europe se fait plus présente et en capacité, unie, de contrer « l’apprenti sorcier » de Washington. Tant mieux ! Veillons-y au nom de la justice, des libertés et de l’avenir de l’humanité.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire