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| Le G7 réuni à Taormine (photo © POOL/AFP), le Conseil des ministres autour du président Macron (photo © POOL/AFP). |
Une nouvelle donne diplomatique planétaire. En moins de deux semaines, la scène mondiale a changé. Le sommet de l’OTAN à Bruxelles et celui du G7 à Taormine ont mis en évidence l’isolement de Trump, la volonté européenne de « se prendre en main », selon la formule de Merkel à Munich, et un éclairage nouveau des problèmes épineux auxquels est confrontée la communauté internationale. Le Président français accompagne autant qu’il suscite cette évolution rapide. Sa rencontre à Versailles avec Poutine l’a confirmé parce que Macron a parlé clairement et publiquement devant son hôte des « questions qui fâchent », du Proche-Orient à l’Ukraine, des atteintes aux droits de l’homme en Tchétchénie aux manipulations d’Internet par ses services. Bien sûr, ce changement du « climat » coopératif n’est qu’amorcé et ne se concrétisera qu’avec le temps… encore faut-il en prendre la mesure. L’isolement de Trump est la résultante d’une orientation mal assurée, confuse et soumise à des changements aussi brusques qu’imprévisibles. Ainsi, sur les questions de sécurité, Washington semble vouloir relancer la course aux armements et en faire assumer le coût à des alliés qui redeviendraient ses obligés comme jadis. Moins que le financement direct de l’OTAN – un quart est assumé par les Américains – c’est le coût indirect, celui des opérations courantes des différentes armées, que Trump prétend partager davantage – les forces US sont dominantes sur ce plan avec des charges liées aux conditions de leur engagement de l’ordre de 70 % de l’ensemble. Berlin à l’inverse est peu présent pour des raisons historiques sur les terrains d’intervention. Paris assume une double casquette de pilier de l’OTAN et de second intervenant occidental dans les conflits qui en fait l’interface entre Europe et Amérique sur le plan sécuritaire. Londres n’est plus que l’ombre d’elle-même, les « promesses » du « Brexit » l’ayant déjà reléguée au second plan. Au-delà de ces conflits d’intérêts bien compris, la déclaration du G7 a le mérite – c’est une première – de sommer les géants de la toile de prendre enfin leurs responsabilités dans la lutte contre la propagande islamiste. La problématique antiterroriste s’élargit ainsi par-delà sa dimension strictement militaire au moment où les bases territoriales du Djihad sont réduites par la force mais où les attaques terroristes en Europe comme en Asie sont toujours aussi meurtrières. En ce qui concerne la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique, Trump est plus isolé encore, pris en tenaille entre ses partenaires au plan international et son opposition interne dont les États américains les plus puissants. La mise en cause de sa « légitimité » s’en trouverait considérablement renforcée s’il devait décider de « sortir » de l’accord de Paris au moment où les enquêtes sur les relations de ses équipes et de ses proches avec Poutine crédibilisent la perspective d’une destitution qui arrangerait beaucoup de monde aux États-Unis. Poutine doit faire avec cela, alors qu’il sera lui-même confronté à une échéance électorale l’an prochain – avril 2018 – et que son économie continue de s’affaiblir sous le poids des sanctions. De quoi le contraindre à « subir » la loi de Macron et de Merkel qui se sentent pousser des ailes dans la voie de la construction européenne et de son affirmation sur l’arène planétaire, celles-ci seraient-elles toujours affectées d’un manque criant de démocratie – absence d’un projet de mise en place d’un vrai Parlement de la zone euro en particulier. Ni les Chinois, ni les Indiens occupés à construire leur marché intérieur et désireux d’éviter les secousses de la situation internationale au plan économique, ni même, pour d’autres raisons, les Japonais ne sont en mesure de venir troubler ce ménage à trois, Europe, Amérique, Russie qui occupe désormais l’avant-scène du monde multipolaire d’aujourd’hui. Reste à garder un œil sur le petit timonier de Pyongyang susceptible d’ouvrir un nouveau front chaud entre les deux Corées, le Japon et la Chine s’il n’est pas d’une manière ou d’une autre mis au pas. Une telle configuration est en outre éminemment défavorable aux courants populistes et néofascistes portés par les coordonnées de la situation précédente – crise économique, crise d’identité et de projet.
Une situation française ambivalente. Dans la dernière ligne droite de cette longue séance électorale, les jeux sont annoncés comme « faits » par les sondages qui prédisent une large majorité absolue au Président élu. Sauf que les succès diplomatiques apparents ne sauraient cacher les erreurs de casting avec des individus propulsés candidats sans autre forme de procès par la mouvance En Marche et dont on découvre qu’ils posent problème, comme cette candidate improbable en Seine-Saint-Denis accusée par Mediapart de pratiques de marchand de sommeil. Sans compter l’affaire Ferrand qui perdure contre l’évidence et où s’entremêlent soif de gains privés et « faiblesse » des contrôles internes des mutuelles et des secteurs de l’économie dite sociale et solidaire. En attendant l’affaire Marielle de Sarnez, peut-être ou sans doute… De quoi semer un sérieux trouble dans l’opinion. Et puis, sur le fond cette fois, une majorité absolue pour quoi faire ? Rafistoler les institutions antidémocratiques d’une Ve République dont tout indique qu’elle est peu compatible avec la construction européenne et les normes parlementaires qui se sont imposées partout ailleurs… Édicter une loi de moralisation de la vie publique dont on commence à s’exonérer… Renouer les fils d’un dialogue social pour satisfaire quelques-uns et ne rien changer dans le tissu économique au profit de l’intérêt général, celui du plus grand nombre… Chacun sent bien la distance qu’il y a de la coupe aux lèvres entre les promesses du jour d’avant et les petits arrangements de celui d’après. Dans ce contexte, on relèvera un point positif avec la prise de position de Baroin en faveur d’un désistement démocratique face au risque de l’élection d’un FN au second tour. Effet du climat politique général sur le leader d’une droite traditionnelle devenue minoritaire sur son programme de casse sociale avec un candidat soupçonné de corruption de la part d’un homme qui s’était déclaré favorable à la « préférence locale ». Raison de plus pour la gauche, serait-elle « fragmentée » comme jamais, pour ne pas rompre avec ses meilleures traditions en la matière qui font passer l’impératif de la lutte antifasciste avant tous les autres quand il le faut. Un impératif avec lequel Mélenchon a rompu lors du second tour de l’élection présidentielle même s’il proclamait en effet « pas une voix pour le FN ». Le « Caudillo » de la France insoumise n’a plus en tête que la division qu’il entretient à grand renfort d’exclusion du cadre de la gauche qu’il réduit comme peau de chagrin à sa seule formation priée par ailleurs de s’aligner en toute chose sur la parole du chef. La polémique contre Cazeneuve, quel que soit ce qui peut lui être reproché au titre du bilan du quinquennat précédent, l’accusant de fait d’être le commanditaire d’un meurtre ne vise à rien d’autre qu’à empêcher les formations de gauche de faire un bout de chemin ensemble quand c’est possible et nécessaire. Face au FN, ça l’est toujours. Quant au PS, jusqu’alors la principale formation de gauche, il n’a su trouver ni les mots ni les actes préfigurant une recomposition unitaire qu’il continue à profiler autour de lui. C’est improbable. Pour faire du neuf à gauche et nous y avons tous intérêt, il faut rassembler autour des valeurs d’une gauche entendant le rester, ceux et celles qui sont prêts à tenter le coup par-delà ce qui les différencie pour ne pas s’abandonner au rouleau compresseur de ceux qui ne savent pas, ne savent plus distinguer la gauche et la droite, l’intérêt général et les positions catégorielles. Il s’agit de dépasser les enjeux du passé au profit de ceux de demain dans un grand parti de la gauche de transformation sociale au-delà des seuls enjeux démocratiques. Un parti de gauche, ouvert et démocratique que ne sera jamais ni la mouvance En marche d’accompagnement de Macron, ni le parti de type stalinien des années cinquante de Mélenchon, ni même le PS héritier de Hollande. Une définition en négatif certes qui n’en ouvre pas moins une perspective de reconstruction à gauche à ceux qui ne se satisferont pas de l’à-peu-près en toute chose aujourd’hui, demain et après-demain. Pas de doute, nous serons alors majoritaires.
Une situation française ambivalente. Dans la dernière ligne droite de cette longue séance électorale, les jeux sont annoncés comme « faits » par les sondages qui prédisent une large majorité absolue au Président élu. Sauf que les succès diplomatiques apparents ne sauraient cacher les erreurs de casting avec des individus propulsés candidats sans autre forme de procès par la mouvance En Marche et dont on découvre qu’ils posent problème, comme cette candidate improbable en Seine-Saint-Denis accusée par Mediapart de pratiques de marchand de sommeil. Sans compter l’affaire Ferrand qui perdure contre l’évidence et où s’entremêlent soif de gains privés et « faiblesse » des contrôles internes des mutuelles et des secteurs de l’économie dite sociale et solidaire. En attendant l’affaire Marielle de Sarnez, peut-être ou sans doute… De quoi semer un sérieux trouble dans l’opinion. Et puis, sur le fond cette fois, une majorité absolue pour quoi faire ? Rafistoler les institutions antidémocratiques d’une Ve République dont tout indique qu’elle est peu compatible avec la construction européenne et les normes parlementaires qui se sont imposées partout ailleurs… Édicter une loi de moralisation de la vie publique dont on commence à s’exonérer… Renouer les fils d’un dialogue social pour satisfaire quelques-uns et ne rien changer dans le tissu économique au profit de l’intérêt général, celui du plus grand nombre… Chacun sent bien la distance qu’il y a de la coupe aux lèvres entre les promesses du jour d’avant et les petits arrangements de celui d’après. Dans ce contexte, on relèvera un point positif avec la prise de position de Baroin en faveur d’un désistement démocratique face au risque de l’élection d’un FN au second tour. Effet du climat politique général sur le leader d’une droite traditionnelle devenue minoritaire sur son programme de casse sociale avec un candidat soupçonné de corruption de la part d’un homme qui s’était déclaré favorable à la « préférence locale ». Raison de plus pour la gauche, serait-elle « fragmentée » comme jamais, pour ne pas rompre avec ses meilleures traditions en la matière qui font passer l’impératif de la lutte antifasciste avant tous les autres quand il le faut. Un impératif avec lequel Mélenchon a rompu lors du second tour de l’élection présidentielle même s’il proclamait en effet « pas une voix pour le FN ». Le « Caudillo » de la France insoumise n’a plus en tête que la division qu’il entretient à grand renfort d’exclusion du cadre de la gauche qu’il réduit comme peau de chagrin à sa seule formation priée par ailleurs de s’aligner en toute chose sur la parole du chef. La polémique contre Cazeneuve, quel que soit ce qui peut lui être reproché au titre du bilan du quinquennat précédent, l’accusant de fait d’être le commanditaire d’un meurtre ne vise à rien d’autre qu’à empêcher les formations de gauche de faire un bout de chemin ensemble quand c’est possible et nécessaire. Face au FN, ça l’est toujours. Quant au PS, jusqu’alors la principale formation de gauche, il n’a su trouver ni les mots ni les actes préfigurant une recomposition unitaire qu’il continue à profiler autour de lui. C’est improbable. Pour faire du neuf à gauche et nous y avons tous intérêt, il faut rassembler autour des valeurs d’une gauche entendant le rester, ceux et celles qui sont prêts à tenter le coup par-delà ce qui les différencie pour ne pas s’abandonner au rouleau compresseur de ceux qui ne savent pas, ne savent plus distinguer la gauche et la droite, l’intérêt général et les positions catégorielles. Il s’agit de dépasser les enjeux du passé au profit de ceux de demain dans un grand parti de la gauche de transformation sociale au-delà des seuls enjeux démocratiques. Un parti de gauche, ouvert et démocratique que ne sera jamais ni la mouvance En marche d’accompagnement de Macron, ni le parti de type stalinien des années cinquante de Mélenchon, ni même le PS héritier de Hollande. Une définition en négatif certes qui n’en ouvre pas moins une perspective de reconstruction à gauche à ceux qui ne se satisferont pas de l’à-peu-près en toute chose aujourd’hui, demain et après-demain. Pas de doute, nous serons alors majoritaires.

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