mardi 23 mai 2017

Parti pris du 23 mai 2017

Nuit d'horreur à Manchester (photo © AP/SIPA), Schaüble et Macron, alors ministre de l'Économie (photo © AFP),
Mélenchon à Marseille (photo © Maxppp).

Manchester meurtrie par une attaque terroriste. Nuit de terreur en Grande-Bretagne parmi les victimes, leurs proches et la population tandis que la police fait état officiellement d’un bilan provisoire d’au moins 22 morts dont plusieurs enfants et d’une soixantaine de blessés. Cet attentat non revendiqué visait les abords immédiats d’une salle de concert, l’Arena de Manchester. Une grosse explosion s’est produite vers 22 h 30 avant que la sidération ne tombe sur la ville tandis que les services de secours s’affairaient autour des victimes. Comme à chaque fois, comme toujours, les témoignages de solidarité, de Londres à Paris notamment, se sont multipliés toute la nuit. Nous nous y associons pleinement en mesurant combien cette nouvelle attaque peut être lourde de conséquences au-delà du drame lui-même. Elle intervient à quelques jours des élections législatives du 8 juin par lesquelles le gouvernement May entend rendre le « Brexit » irréversible et se donner une majorité absolue pour mettre en œuvre la séparation historique d’avec l’Union. Déjà les effets néfastes de cet acte de sécession affectent lourdement l’économie britannique et font peser un halo d’incertitude sur la relance de l’économie mondiale où Londres devrait être pourtant en première ligne. L’opposition travailliste et sa direction Corbyn sont incapables de résister et d’offrir un front européen à l’aventureuse politique de Theresa May au niveau de l’ensemble du Royaume-Uni. Aucune autre force ne paraît en mesure de le faire efficacement si ce n’est les indépendantistes dans leur zone d’influence nationale respective, non sans risque pour la suite. Dans une logique aussi folle que dangereuse, le gouvernement May, s’est même opposé à l’exigence démocratique d’une représentation des opposants à la rupture, en particulier celle des Écossais, parmi les négociateurs britanniques. Bruxelles doit impérativement les y associer car il en va de la démocratie la plus élémentaire et de la poursuite, serait-ce dans des conditions difficiles, du dialogue pour éviter le pire, la fragmentation de l’une des principales zones économiques de l’Union. Personne n’aurait à y gagner quoi que ce soit en dehors de quelques avantages concurrentiels pour plusieurs capitales européennes, bien réels mais tellement secondaires au vu de l’enjeu principal.

Un G7 sous forte tension à Taormina. Parce que ce nouvel attentat rappelle que la lutte contre le terrorisme demeure une des priorités de la communauté internationale. Parce que celle-ci est indissociable de la recherche d’une solution aux conflits du Proche et Moyen-Orient. Parce que la relance de l’économie mondiale constitue une nécessité pour envisager un avenir de progrès sociaux et environnementaux et que sur ces deux fronts l’urgence n’est pas contestable. Trump, mis à mal à Washington où la procédure de destitution devient plus crédible, débarque en provocateur irresponsable sur tous ces terrains face aux Européens, au Canadien Trudeau et au Japonais Abe. Passant par Ryad, Israël et Bethléem, il a fait une impressionnante moisson de contrats civils et militaires – 380 milliards de dollars – auprès de l’un des régimes les plus dictatoriaux et réactionnaires de la planète, celui des Saoud. Il en a profité pour afficher un cours anti-iranien agressif au moment où Rohani était réélu dès le premier tour à Téhéran, illustrant des changements profonds dans la société iranienne au point de se refléter jusque dans les institutions de la République islamique. Sur la recherche d’une relance du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, il a fait du Trump envoyant des signaux contradictoires et confus même si la diplomatie américaine a réussi à éviter qu’il ne commette « l’irréparable » – il n’était pas accompagné de Netanyahu au Mur des lamentations en dépit des pressions israéliennes et il n’est pas revenu sur le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. Face à lui, les Européens – Merkel, Macron, Gentiloni – seraient en bien meilleure position s’ils ne devaient faire avec la participation forcément ambiguë de May. Ils peuvent en revanche compter sur Trudeau pour mener l’offensive, relayés par Lagarde et le FMI, en faveur des échanges mondiaux, seraient-ils mieux encadrés (dimension « inclusive » ou « partagée), et de la défense de la transition énergétique, décisive pour le climat et les conditions de vie de l’humanité. Il ne faut donc rien attendre de bien nouveau de ce round d’observation en présence de deux impétrants sur la scène diplomatique internationale, Trump et Macron.

L’UE en marche… à pas lents, trop lents. Pour les Européens, l’essentiel est ailleurs, dans leur capacité à aller au-delà des mots et jusqu’aux actes en matière de renforcement de la cohésion européenne tout à la fois sur le plan militaire et diplomatique – partage du fardeau de la lutte contre le terrorisme sur les théâtres extérieurs – et sur le plan politique – institutions de la zone euro. Des groupes de travail ont été mis en place ces tout derniers temps, entre Paris et Berlin notamment, mais les positions restent éloignées entre Macron, qui veut un ministre des finances de la zone tandis que les Allemands, Schaüble et son compère néerlandais Dijsselbloem en particulier, se contenteraient de l’existant et sans qu’aucun gouvernement à ce jour ne défende la mise en place d’un vrai Parlement sans lequel un gouvernement de la zone euro, serait-il avant tout économique, n’est guère envisageable. Il y a enfin la dette grecque sur laquelle Athènes, le FMI et tous les gens raisonnables attendent un geste fort après que les Grecs sont allés au bout du bout des concessions en matière budgétaire et sociale. La perspective en est ouverte comme le dit le commissaire Moscovici en termes d’allongement des maturités et de réduction des taux d’intérêt mais sans « hair cut », autrement dit sans coupe claire dans le montant astronomique de cette dette – 179 % du Pib – pour partie imputable aux instances européennes alors dominées par les tenants de l’austérité punitive. La résolution de cette question particulière d’un problème plus général concernant le niveau d’endettement des économies de la zone est décisive pour rétablir la confiance, rouvrir des perspectives plus soutenues d’investissement et créer les conditions d’une croissance plus durable parce que plus harmonieuse. À cette fin, il importe qu’aucun territoire ne soit exclu de la relance de l’activité, abonné sine die à la stagnation voire à la dépression. Or, même avec une gestion gouvernementale rigoureuse, une activité touristique bien orientée, des perspectives de relance prometteuses, la Grèce ne peut pas faire face à une dette « insoutenable ». Il faut désormais et de toute urgence trouver une solution durable dans le cadre d’une mutualisation partielle plus globale ou dans celui d’une réduction significative particulière. L’Union ne pourra pas s’en dispenser ou y perdra sa crédibilité.

La France à la croisée des chemins. Sitôt élu et son gouvernement désigné mais pas investi en attendant l’élection du nouveau Parlement, Macron prétend réformer à la hussarde, par ordonnances, le Code du travail. Il feint d’ignorer le précédent de la loi El Khomri qu’il avait initiée aux côtés de Valls et Hollande, avec un gigantesque fiasco social et démocratique à la clé. Le Maire pendant ce temps « colmate » les risques d’explosion chez GM&S par la commande imposée comme le firent ses prédécesseurs chez Alstom – quelle modernité ! Personne ne conteste les lourdeurs de la réglementation du travail mais qui ne sont pas pires que des pans entiers de la législation française. Ce serait plutôt la règle que l’exception. Le gouvernement Philippe est censé aller vite comme s’il s’agissait de la priorité économique de l’heure qui est bien plutôt la réorientation budgétaire. Il veut aller vers les entreprises dans un faux-semblant de décentralisation qui méconnaît tout à la fois la réalité disparate de celles-ci et le nécessaire respect de la hiérarchie des normes qui s’impose à l’État de droit, en matière sociale également. Les candidats du Président, sous le label de la République en marche, préfèrent mettre en exergue la moralisation de la vie publique. Cela se comprend mais gare au tour de passe-passe qui veut que l’on se fasse élire sur une chose pour en faire une autre beaucoup moins « porteuse ». Sans compter cette multiplication invraisemblable du nombre de candidatures traduisant l’émiettement de l’offre politique et la crise de la représentation démocratique. C’est manifeste à droite où l’on fait mine d’être rassemblé avant le grand éclatement. À gauche, chaque courant ou formation espère au moins éviter la catastrophe faute d’une traduction unitaire à laquelle partout Mélenchon et la France insoumise se sont opposés, y compris lorsque la possibilité en était ouverte localement. Le « Caudillo » a tranché parce que, rêve improbable, il aspire a tout détruire pour substituer sa PME à l’ensemble du tissu politique existant. Le « coup de balai » loin de l’hygiène dans ce cas est pure folie. La même erreur fatale que celle faite outre-Pyrénées par Iglesias et la majorité de Podemos. L’extrême-droite se débat dans les querelles intestines après avoir été défaite par l’Europe, la menace demeurant dans des circonscriptions où il faudra l’éliminer au second tour en votant pour son adversaire le mieux placé quel qu’il soit. Et puis, « coup de gueule » nécessaire contre les errements du paysage audiovisuel, les nouveaux dérapages des uns et les fake news assumées des autres, dans ce dernier cas sur fonds publics par le biais de la redevance. Le CSA a les moyens de les faire cesser, qu’il se prenne en conséquence au sérieux.    

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