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| À Paris pendant la manifestation du 1er mai 2017 (photo © AFP). |
Nous l’avons dit, écrit, répété, les électeurs de gauche devront utiliser un bulletin Macron le 7 mai. Pas dans un geste d’adhésion – lui-même n’est pas dupe –, mais dans un vote de conviction au moment où de toutes parts se lève la volonté de « faire barrage à l’extrême-droite ». Il y a en effet une situation d’extrême urgence démocratique quand les sondages annoncent la possibilité de voir Le Pen se hisser à quelque 40 % des suffrages, soit près du double de son score du premier tour, soit entre 13 et 15 millions de voix. La droite est en effet exsangue pour s’être choisie un programme de casse sociale et de régression démocratique généralisées, porté par un candidat « corrompu » aux yeux de tous. Le Pen reprend de larges pans du pamphlet et n’a rien à envier à Fillon en matière de « corruption ». Elle y ajoute la frénésie violente du fascisme quand ses soutiens scandent longuement à pleins poumons comme à Nice « Macron, on t’encule », quand Collard éructe que « les ouvriers ne sont pas des putes comme les banquiers ». Elle ment sans vergogne, raconte n’importe quoi d’un jour sur l’autre, sur la sortie de l’euro et bien davantage. Mais elle a quand même réussi à enrôler un petit « collaborateur » issu de la droite qu’elle promeut aussitôt à Matignon si elle devait l’emporter. La droite, à l’exception de voix fortes mais minoritaires comme Juppé ou Raffarin ne sait plus sur quel pied danser. Avec Sarkozy, elle s’est délestée dans l’urgence d’un « ni, ni » infamant, non sans mal et non sans y avoir laissé quelques plumes. Ce courant jadis structurant du champ politique se meurt. L’OPA de Le Pen sur son électorat fonctionne en bas à plein régime dans les zones rurales en particulier. Le ralliement d’un « second couteau » en appelle sans doute d’autres, publics ou non, dans la perspective des arrangements de la honte lors des élections législatives. Non moins inquiétant est le rôle de l’Église catholique romaine qui adopte majoritairement une attitude de « compromission » par le biais de la Conférence des évêques de France ne prenant pas position contre l’extrême-droite – à la différence de 2002 – et se réfugiant derrière un rappel hypocrite sans frais de quelques « exigences morales » pour faire bonne mesure. Le Pape, chef de ladite confrérie, dit lui ne pas « comprendre » ce qui se passe en France pour se dérober. La question du mariage pour tous est dans tous les esprits dans les paroisses. L’institution religieuse a tiré quelques bénéfices de son activisme extrémiste, repeuplant ses cadres et se dotant d’une force « jeune » plus active. Le quadrillage de « Sens commun » en témoigne. Les évêques ne veulent pas risquer de les perdre en prenant leurs responsabilités comme les autres cultes. D’autant que la plus jeune des héritiers Le Pen leur garantit une zone d’influence appréciable. La droite et l’Église dans l’ambiguïté de la tourmente, comme souvent dans l’histoire de ce pays et de quelques autres, voilà ce qui hypothèque d’abord l’unité d’un front dit « Républicain » sous la direction des droites.
La gauche a elle aussi quelques raisons de faire un bilan critique à la veille du second tour. Le PS, hier encore force dominante, a perdu de sa superbe en dépit ou en raison de la campagne honorable de Benoît Hamon. Trop « plombé » par le bilan du quinquennat et les manœuvres déloyales en tous genres, à commencer par celle du Premier ministre sortant, le score du premier tour l’atteste. C’était prévisible comme nous l’avions dit en établissant un parallèle entre la situation du PS et celle du Parti travailliste néerlandais, passé, quelques semaines plus tôt, de plus de 24 % à quatre fois moins lors des élections législatives. Mêmes causes réelles, mêmes effets. Et au lieu d’en tirer quelques leçons, que voit-on ? L’état-major socialiste convoque sans y croire un « meeting national » à Dijon dans une salle modeste et modulable. Casting en revanche « princier » comme le disent amers les militants socialistes ulcérés, avec le Premier ministre, accompagné d’une bonne dizaine de ministres – avant tout hollandais – et de quelques dizaines de « grands élus » (députés et sénateurs). Sans compter un Premier secrétaire promis à un prompt débarquement et qui s’accroche. De dimension unitaire, point ! Même les Verts ont décliné l’invitation. De dimension européenne, point ! Toujours la même rengaine « nationale ». De quoi sans doute renforcer sur le papier les positions en interne à l’avant-veille du « grand nettoyage de printemps », mais sûrement pas les signes d’une prise de conscience et à plus forte raison d’un début de volonté de changer pour recomposer et reconstruire. C’est « navrant » pour eux et surtout pour tous les autres car ce courant à la différence de ce que raconte Mélenchon – qui en vient – a toute sa place dans la recomposition future de la gauche, n’en serait-il plus le « pivot », la force hégémonique. Le PCF, lui, sait courir le risque de perdre la quasi-totalité de ses élus si tel est le bon vouloir de celui qui lui doit beaucoup et qui l’en menace en toute occasion. Les Verts ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, se débattant aussi dans les filets de leur puissant allié qui a décidé de les envoyer en terre de mission aux législatives en face des candidats d’En marche ! les plus en vue – ils sont parfois issus du PS – pour mieux s’en débarrasser sans trop gêner le vainqueur. Et puis, il y a Mélenchon, « Caudillo » parce que c’est son modèle de fonctionnement, qui cultive l’ambiguïté non bien sûr sur le fait que lui-même et les siens se rallieraient au fascisme, mais sur le fait de voter ou de ne pas voter, sur le fait de voter blanc ou de voter Macron. Un poison mortel en vérité parce qu’il nourrit une nouvelle transgression de Le Pen appelant à « faire barrage contre Macron ». De misérables petits calculs électoralistes en vue des élections législatives au risque de démobiliser ses soutiens et son propre camp. Mélenchon, après tant d’autres embardées, dérape encore, mais cette fois de manière dramatique, et il y a à parier qu’il le paiera cher dans un avenir prévisible.
Et pourtant, malgré tout, nous devons faire face. Nous devons battre le plus nettement possible le parti de la haine, celui des résurgences fascistes. Nous le devons et nous le pouvons car dimanche soir, selon les pourcentages qu’afficheront les écrans de télévision, la situation sera plus ou moins « défavorable » ou à l’inverse « favorable ». Macron a réuni sur son programme moins d’un électeur sur quatre. Il ne dispose pas d’une force organisée susceptible d’assurer l’intendance. Plus son score sera élevé, plus il devra composer avec une gauche, tous courants confondus, qui aura assuré sa victoire. Il est en revanche absurde de prétendre négocier comme l’a fait l’ex candidat de la France insoumise, encore lui, une consigne de vote contre un retrait préalable de sa future loi Travail. La gauche, celle qui devra se recomposer dans une dynamique unitaire, doit s’inscrire dans une opposition résolue à une politique injuste et inefficace. Que l’on nous promet « moderne » et « européenne », mais qui s’accommoderait du fonctionnement des institutions antidémocratiques de la Ve République, des ordonnances à un gouvernement à la main et une chambre de godillots. Que l’on nous dit « sociale » et « protectrice » mais qui contournerait la « hiérarchie des normes » et se détournerait d’une plus grande justice sociale dans l’entreprise – loi Travail précisément – et dans la cité – « ripolinage » fiscal. C’est avec un programme d’urgence de quelques mesures fortes que la gauche doit construire des candidatures aux législatives les plus unitaires possible dans chaque département, sans en exclure aucun courant a priori. Macron, si nous le voulons collectivement et sans hésitation, aura été tout à la fois l’instrument d’une claire défaite des fascistes et un Président obligé de tenir compte, une fois n’est pas coutume, de ceux qui l’auront élu. Il dit s’y engager mais… C’est à la mesure de cette perspective réaliste, serait-elle difficile à décliner partout, que la gauche peut se reconstruire sérieusement quitte, si les conditions en étaient réunies, à envisager demain un grand parti où tous pourraient s’organiser et s’exprimer librement au travers de procédures réellement partagées et démocratiques. Une sorte de parti des Justes et des Égaux aux antipodes des errements actuels, de ceux qui ont intérêt à faire mine de vouloir tout changer pour ne rien changer, ni pour les élections législatives, ni après si la manœuvre réussit. C’est simple comme un coup de fil pour convaincre de voter autour de soi, de voter pour Macron dimanche et mieux « respirer » dans les jours d'après, ici comme partout ailleurs en Europe. Un gage de pouvoir mieux exprimer notre solidarité avec nos amis turcs ou russes en butte à la répression des dictatures par exemple, avec la certitude que ce n’aura pas été en vain que nous aurons su faire le bon choix, le seul possible, un vote massif pour Macron.

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