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| Emmanuel Macron entouré de supporters le 18 octobre 2016 à Montpellier (photo © AFP). |
L’économie n’est certes pas tout mais elle conditionne beaucoup. La politique - pas l’administration étatique - peut en changer le cours, moderniser un appareil productif perclus de maux anciens - taille des entreprises, gouvernance autoritaire et passéiste, gamme de production souvent et en moyenne médiocre, aversion du risque à l’exportation et appétence pour l’assistanat entrepreneurial. Mais si le but est louable, encore faut-il que les « conditions générales de la production » le permettent. Nous ne sommes plus dans les années soixante à l’heure du « Meccano industriel » cher aux gaullistes d’alors. La démocratie intervient, non comme un luxe, mais comme l’élément clé avec l’amélioration du quotidien social d’une profonde réorientation de la société. Sur ce plan, Macron n’offre guère de garantie. Sa propension à endosser les habits vieillots du monarque républicain le confirme. L’homme aurait un faible, nous dit-on, pour Bonaparte et pour Napoléon III, guère rassurant pour les tenants d’une République enfin démocratique contre « les coups d’État permanents ». La Ve ne le fut jamais parce que précisément ses normes constitutionnelles où la verticalité s’impose en toute chose. organise un pouvoir où l’essentiel procède des prérogatives d’un seul, le Président. Une majorité - 52 % - des Français, comme le révélait une étude du cevipof il y a quelques mois, aspirerait d’ailleurs à un pouvoir fort, voire autoritaire autour d’un chef. Très peu « européen » tout cela tant la norme en la matière est au parlementarisme au niveau des États nationaux comme à celui des régions. La VIe République est un horizon « indépassable » pour les partisans d’un vrai changement.
En contrepoint, il y a cette envie de participer, de se prendre en main, d’une jeunesse dans l’emploi, y occupant souvent des postes de qualité, instruite et cultivée, renouant avec les humanités européennes, celle qui était symboliquement rassemblée sur l’esplanade du Louvre le 7 mai. Elle rêve d’autre chose plus en phase avec l’évolution qu’elle souhaite pour la planète. Que l’on imagine le malentendu, le « gap » même ! 19 000 candidatures à la candidature aux législatives d’un côté et de l’autre un « comité Théodule », expression transparente de la volonté du chef, qui n’en prend en considération en les contactant que moins de 10 % et en retiendra 428 pour l’heure et un peu plus demain. Le « speed dating » a fonctionné. La « malédiction » pour Bayrou qui a même tenu l’échelle… et un recyclage inespéré pour quelques dizaines d’ex. socialistes et apparentés en mal de « protection ». Drôle de « modernité » chez ces gens-là. Valls, encore Premier ministre puissant hier, est rabaissé aux mœurs des courtisans. Il s’est exécuté avant de remercier pour l’octroi d’un traitement de faveur. Voilà qui augure mal, très mal d’un futur immédiat désirable. Certes, le plus probable, est encore que Macron décroche malgré tout la majorité à l’Assemblée – quand la vraie « majorité présidentielle » aura dissipé le mirage de celle du second tour – avec un cours antidémocratique qui suscitera tôt ou tard la révolte. C’est ce qu’il faut souhaiter à un pays meurtri, divisé qui a entrevu une possibilité de se sauver de ses vieux démons en battant l’extrême-droite et en votant Macron mais qui encaisse une première rebuffade qui en annonce en vérité quelques autres.
Il en va ainsi de la réforme du droit du Travail. Macron veut agir par ordonnances, loi d’habilitation et de ratification à la clé. Une faute lourde d’abord parce qu’elle accrédite l’idée que les quelques acquis sociaux d’antan qui demeurent empêcheraient la machine économique de tourner à plein régime. Fadaise destinée à un parterre de petits patrons attardés. Ensuite, parce qu’en règle générale et à plus forte raison sur un sujet aussi sensible, on ne produira jamais la même qualité par ce procédé de facilité qu’à l’issue d’un large débat public qui passe par celui du Parlement. « Habiliter » le gouvernement sans disposer de ses projets, puis « ratifier » ses décisions a posteriori n’est pas légiférer et ne le sera jamais. Ceux qui ont abusé de la procédure du 49.3 plus antidémocratique encore sont hélas mal placés pour contrer la volonté du Président et de la Chambre « godillot » dont il rêve. Quant aux sujets évoqués, l’extension du champ des négociations d’entreprise décentralisées ne poserait pas de problème à la double condition que la « hiérarchie des normes » qui empêche la régression sociale soit respectée et qu’une saine « subsidiarité démocratique » soit instaurée à l’heure des comités de groupe européens. On en est loin. Le rapprochement des instances représentatives du personnel n’aurait de sens que si la gouvernance était reconsidérée pour donner un droit de contrôle, voire de veto, des salariés et de leurs représentants sur les actes principaux de la gestion économique en particulier les modifications affectant la production, les investissements et les périmètres de propriété. Enfin, concernant la « justice » prud’homale dont la séparation d’avec la justice pénale est par principe discutable, la fixation d’un prix prévisible – un plafond – pour la délinquance des « licenciements sans cause réelle », serait-elle combinée avec la fixation d’un dédommagement plancher, relève tout simplement d’un privilège contraire à l’intérêt général.
Que faire ? Se battre mais pas n’importe comment et en ordre dispersé. La reprise de la pétition contre la loi El Khomry n’est pas la solution et à plus forte raison le « front social » du ninilisme quand la Cfdt n’exclut plus ses responsables coupables d’avoir appelé à voter Le Pen. Le repli sur leur identité en forme de sauvetage des socialistes, procédure d’exclusion à la clé contre les ralliés à Macron, risque, si la cuvée 2017 est limitée et elle le sera de les isoler. La position du PCF le marginalise aussi après l’humiliation de Mélenchon et de sa France insoumise et pourtant tellement « conventionnelle ». Eux mêmes engagés dans un faux-semblant de destruction préalable à toute reconstruction sur fond de complaisance pour le ninilisme irresponsable paieront le prix des désillusions. Le débarquement du Caudillo à Marseille restera une « tache », une de plus. Et tous les autres à gauche à l’avenant. Résultat et c’est bien ce qui compte au final, la gauche, tous courants confondus, peut se trouver exsangue et largement hors jeu le mois prochain quand la droite traditionnelle, bousculée mais rassemblée, aura trouvé les moyens de consolider ses positions faute d’avoir conquis une majorité. Après l’épisode Fillon, elle s’en contenterait sans doute. Le FN est en proie à une crise dévastatrice parce qu’il a perdu, parce que l’Europe l’a « dynamité » ce qui est réjouissant et a révélé ses supercheries avant que la justice elle-même ne passe. Il faudra s’assurer cependant de l’éliminer au second tour là où il serait encore présent. Voilà le paysage dont Macron se prévaudrait, sourire et bonnes paroles aux lèvres, pour « réformer » le pays à la va-vite et à la démesure de ses ambitions si nous le laissions faire. L’on discuterait alors « reconstruction », « refondation », « réinvention » à gauche en cliques, en mouvements, en groupuscules, dans la culture de l’impuissance partagée. Ce serait folie. La carte de l’unité est le seul atout maître dans notre jeu, une unité sans rien taire des différences, celle des coalitions qui prévaut partout en Europe – au Portugal, la majorité au Parlement d’Antonio Costa est par exemple le fait d’une coalition… de trois coalitions.
Nous avons encore le choix mais plus pour très longtemps. Jouons l’unité sans hésiter !

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