mardi 9 mai 2017

Demain, ni hier, ni avant-hier…

 
E. Macron au Louvre dimanche soir, traversant la cour de l'ancien palais royal (photo © AFP).


Un vent nouveau souffle sur l’Europe avec l’élection du nouveau président français. Émmanuel Macron est un Européen convaincu et c’est bien à ce titre que son élection contre l’extrême-droite a été saluée d’un bout à l’autre de l’Union avec souvent des accents enthousiastes. Une bonne nouvelle en effet au regard de la poussée constante depuis plusieurs années des courants remettant en cause la construction européenne pour lui préférer des aventures séparatistes dont la plus aboutie n’est autre que le « Brexit » engagé par le gouvernement May. La victoire, serait-elle celle d’un « centriste », contre le populisme d’extrême-droite et les résurgences du fascisme incarnées par le FN est cette fois sans appel. C’est la quatrième défaite de ce type de courants en quelques mois après l’Autriche, les Pays-Bas, la Finlande et maintenant la France. L’Allemagne devrait suivre en septembre lors des élections générales après l’échec de l’AfD – Alternative für Deutschland – aux élections régionales dans la Sarre, puis le Schleswig-Holstein ce week-end, en attendant la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et ses 18 millions d’habitants le 14 mai. Ils sont battus par une large majorité de citoyens prêts à faire front par-delà leurs préférences partisanes, preuve de maturité démocratique. Ils sont souvent « écrasés » dans les métropoles et autres villes importantes. Le fameux plafond de verre comme en France fait que même là où ils détenaient la municipalité, ils font moins que redouté, comme si la greffe n’avait pas pris. Mais ils enregistrent aussi un soutien – 10,5 millions de voix ! –, une adhésion, dans les couches les moins intégrées à la société, les plus vulnérables aux mutations accélérées, parmi ceux qui ont le sentiment d’être abandonnés sur le bord du chemin. Ils réalisent ainsi des scores proprement ahurissants dans les zones rurales plus ou moins reculées. Ils sont mêmes majoritaires ou tout près de l’être dans une poignée de villes en perdition dont Calais et Lens et plusieurs villes moyennes du sud, poches témoins de la misère et du ressentiment contre tout. Partant, le nouveau gouvernement devra s’atteler à résorber ces fractures autant territoriales que sociales et culturelles. Et il faudra parallèlement s’attaquer aux agissements qui menacent toute vie démocratique sur internet. La « neutralité du net » en dépend et exige la combinaison d’une claire prise de position des instances internationales et une lutte sans merci contre ceux qui s’en affranchissent, des services russes à Philippot et autres cadres du FN. Des poursuites sont indispensables. Des services européens vraiment intégrés doivent pouvoir se montrer plus « efficaces » qu’ils ne le sont pour protéger la société de ces intrusions malveillantes d’où qu’elles viennent. La défense de la paix et de la démocratie en Europe et dans le monde contre ces « guerres » sales de l’ombre l’exige. L’opinion n’y est certes pas préparée parce que c’est « nouveau » en tout cas à cette échelle, parce que la tentation de taire ses faiblesses est une constante partagée par la plupart des gouvernements, parce que les moyens de contrôle démocratique de la riposte restent à définir et à mettre en œuvre.

Les prochaines étapes du « renouveau », à supposer qu’il se traduise réellement en actes, passe par la formation du gouvernement et par les élections législatives des 11 et 18 juin. Sur le premier, les guichets affichent complets avec ces revenants désireux de faire oublier leurs bilans d’hier ou d’avant-hier. Il n’y a pas en effet que des « perdreaux de l’année » dans la course chez les « Marcheurs », et à plus forte raison au Modem de Bayrou, sans compter les amis de Juppé et ceux de Valls. Il n’en va pas différemment de ces jeunes loups aux dents longues qui n’ont pas eu le temps d’user leurs costumes sur les bancs des cabinets ministériels ou des conseils d’administration. Nous verrons bien dès la semaine prochaine. En ce qui concerne les élections législatives, les choses sont claires et, pour ceux qui en doutaient encore, la gauche n’a pas le choix. Elle doit se rassembler le plus largement possible pour avoir demain voix au chapitre, sinon elle sera, tous courants confondus, purement et simplement éliminée. Une plateforme commune s’impose, non un long programme détaillé, mais quelques principes simples et partagés qui fonderont sa disponibilité à appuyer tout ce qui irait dans le bon sens et son opposition par la proposition d’alternatives à tout ce qui irait en sens inverse. En matière de « démocratisation » et de « moralisation » de la vie publique sans renoncer à en changer les fondements constitutionnels face à un Président déjà installé dans les pas de ses prédécesseurs de la Ve République antidémocratique. Faute de pouvoir engager un processus constituant pour une VIe République, il faut au moins limiter les tentations de « pouvoir personnel » et de passages en force. Les « ordonnances » le font craindre. En matière de justice sociale, d’autant que le passé, les lois Macron et El Khomry notamment, ne plaident pas en faveur du nouveau pouvoir. Le progrès social l’exige qu’il s’agisse des revenus du salariat, du temps de travail ou des conditions de travail sans compter la lutte contre le chômage et la défense de la protection sociale. Banco pour la décentralisation « la plus audacieuse » à la condition que la hiérarchie des normes – constitutive de l’État de droit – qui garantit que l’on ne puisse pas déroger par le bas à la législation soit respectée en tout temps en tout lieu. De la même manière dans l’Union, l’élection de Macron devrait affaiblir l’hégémonie conservatrice des Schaüble et autres Djisselbloem dans l’Eurogroupe. Encore faudra-t-il le vérifier par des actes forts. Qu’il s’agisse des attentes d’Athènes en ce qui concerne l’allégement de la dette grecque. Qu’il s’agisse du « Brexit » et des conditions susceptibles de convaincre les Britanniques de revenir sur un choix mortifère. Qu’il s’agisse du maintien des sanctions à l’encontre de Poutine en raison de ses agissements en Ukraine, au Proche-Orient et de ses mœurs de voyou sur la toile. Qu’il s’agisse de la fermeté face à un Trump dans le déni et la provocation notamment en matière de transition énergétique et de protection du climat – trajectoire pratique de l’accord de Paris en particulier. Et puis, pour que la gauche ne se déconsidère pas durablement par un « ni-ni » qui la « tuerait », il doit être clair que nous appellerons à voter partout au second tour contre l’extrême-droite quand les candidats unitaires de gauche ne seront pas en mesure de l’emporter. À ces conditions, en refusant un « ailleurs » sans autre perspective qu’une survie à la marge, nous préparerons la reconstruction d’une gauche unitaire candidate à la transformation sociale et démocratique de nos sociétés.



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