![]() |
| Poutine à Saint-Pétersbourg (photo © Reuters). |
À défaut d’être « nouveau », le monde se révèle plus incertain que jamais. Plus dangereux aussi comme l’illustrent les attentats du métro de Saint-Pétersbourg après tous ceux qui ont visé les capitales européennes ces dernières années. Impossible pour l’instant d’y déceler une signature. Prolongement du conflit syrien, rebondissement des guerres jamais totalement éteintes du Caucase, la « cause » de ce nouveau drame reste incertaine. Ses effets en Russie n’en sont pas moins prévisibles au moment où montait à nouveau la contestation du régime dans l’opinion russe. Poutine y trouvera à coup sûr l’occasion d’un nouveau tour de vis contre l’opposition démocratique accusée de détourner l’attention de ce qui compte, assuré qu’il est sur ce registre d’un succès probable dans une partie au moins de la population.
Un régime russe qui, en dépit de ses faiblesses économiques, s’est démultiplié sur les scènes extérieures et pas seulement en Ukraine et Moyen Orient. Son implication dans la campagne électorale américaine fait l’objet d’une enquête à rebondissements aux États-Unis où l’on découvre qu’il organisait non seulement des « contacts informels » mais aussi des réunions plus substantielles tenues secrètes avec l’entourage de Trump avant que celui-ci n’entre en fonction. Une diplomatie de « club » opaque où tous les coups sont permis sans avoir à rendre des comptes dans la transparence. Cette dimension, non pas nouvelle mais significativement renforcée des échanges diplomatiques, sape un peu plus la crédibilité d’un semblant de gouvernance responsable et équitable dans les instances coopératives comme l’Onu. Elle est particulièrement dangereuse parce que non maîtrisable.
Au moment précisément où le monde connaît les développements spectaculaires de l’éclatement des cadres anciens. Le gouvernement israélien peut ainsi s’aventurer dans l’implantation d’une nouvelle colonie en Cisjordanie – la première depuis 1991 – au mépris renouvelé du droit international. Le régime vénézuélien de Nicolas Maduro peut tenter de se maintenir par tous les moyens, organisant la captation « légale » des pouvoirs du Parlement par la Cour suprême, aurait-il dû reculer devant la levée de boucliers de l’Organisation des États américains (OEA) dénonçant « un coup d’État », alors que la situation est devenue totalement incontrôlable avec une inflation folle – 1660 % en 2017. En Équateur, en revanche c’est la continuité « progressiste » qui prévaut avec l’élection démocratique de Lenin Moreno, le vice-président sortant, à la succession de Rafael Correa.
On votait aussi en Serbie et en Arménie, la première étant candidate à l’adhésion à l’UE, la seconde adhérant au Partenariat oriental. En Serbie, c’est le Premier ministre sortant, Aleksandar Vucic qui est élu dès le premier tour à la Présidence. Ancien nationaliste, se disant aujourd’hui « pro-européen » et disposant d’un soutien important dans l’opinion, il pourrait engager une réforme constitutionnelle visant à « présidentialiser » le régime parlementaire. La campagne électorale a été marquée par les coups de com’ et autres coups tordus contre les opposants. En Arménie, c’est le parti du Président Serge Sarkissian qui emporte confortablement les élections législatives avec près de 50 % des suffrages. Mais la campagne a été marquée « par des achats de votes, des votes multiples et l’intimidation des électeurs » selon les observateurs européens. Des « hommes forts » et « un rêve d’Europe »… pour la « transition démocratique ».
Une Europe, pôle de stabilité relative, qui voit ressurgir ses vieux démons avec l’enquête déclenchée par Eurojust, l’organisme de coopération judiciaire communautaire, contre le Crédit Suisse et ses clients, champions de l’évasion fiscale. Quatre pays, les Pays-Bas, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont aux premières loges par les contingents de fraudeurs. L’Europe qui attend le résultat de l’élection présidentielle française même si Macron est donné favori par la presse et commence à susciter l’intérêt comme « continuateur » probable de Hollande en plus « moderne ». Le Pen inquiète à mesure que sa victoire est perçue comme possible, à défaut d’être probable dans un des grands pays de l’Union. L’Europe qui avec le « Brexit » redécouvre des questions territoriales que l’on croyait « résolues » comme celle du « Rocher » Gibraltar étant l’objet de convoitises croisées entre Londres et Madrid.
Un monde qui se transforme dans les soubresauts sans qu’apparaissent les lignes de force d’une réorganisation économique et sociale enviable parce que garante des droits et progrès humains. Entre « déjà plus » et « pas encore », ce sont confusion et régressions qui dominent souvent. Pour autant, les contradictions sont à l’œuvre avec l’émergence d’aspirations démocratiques qui peinent à se concrétiser faute d’un projet d’émancipation collectif. Alors, en attendant qu’elles prennent forme, l’on en reste à l’à-peu-près intermédiaire et au recul des acquis anciens jusque dans un mouvement syndical où les tenants de la « collaboration de classe » transgressive s’imposent comme en France où la CFDT – 26,37 % – devient le premier syndicat du privé y détrônant la CGT – 24,85 %. Une « victoire », serait-elle à la Pyrrhus, de Hollande, El Khomry et Macron.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire