vendredi 31 mars 2017

Pour la démocratie, pour la gauche

Poutine (photo © Shutterstock), Trump (photo © dpa/ABACA), May (photo © NewStatesman),
Valls (photo  F. Stucin/Libération).

L’une et l’autre ont partie liée par l’histoire comme par l’actualité. L’une et l’autre sont menacées par une situation qui peut conduire l’humanité au bord du gouffre. L’une et l’autre sont à la merci de la survenue d’un « accident » majeur. C’est vrai du contexte international, de la scène européenne comme de la réalité française. Trump comme Poutine multiplient les gestes croisés, prêts à tout pour asseoir une co-domination de la planète au mépris des acquis de la sphère diplomatique et d’un monde multipolaire. La nouvelle administration américaine déclare ainsi que le départ d’Assad n’est plus sa priorité dans la résolution du conflit syrien. Elle y ajoute pour faire bonne mesure qu’elle attend de pied ferme l’hôte chinois la semaine prochaine sur le dossier des déficits commerciaux entre les deux États. Et comme si cela ne suffisait pas, elle s’apprête à « détricoter » les acquis de la communauté internationale en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Poutine n’est pas en reste et s’attaque lui aussi à l’accord de Paris. Jamais depuis des décennies, l’humanité n’a eu à faire face à un pareil défi de la part de plusieurs acteurs majeurs agissant ensemble pour la menacer. La résilience manifestée par la société américaine et l’opinion mondiale ont eu raison des premières provocations de Trump sur l’immigration ou l’Obamacare mais rien ne dit qu’il en sera toujours ainsi. La ronde folle des provocateurs irresponsables s’est formée. Il convient de lui résister sans faiblir en faisant valoir les droits à un autre monde possible.

L’Europe aborde cette phase de tous les dangers dans une position ambivalente. Forte de sa culture démocratique partagée par 28 territoires nationaux par-delà les aléas d’une construction fédérale incertaine, elle fait face à un « Brexit » aux lourdes conséquences s’il devait aboutir au terme des négociations à une rupture effective entre le Royaume-Uni et l’Union. Le gouvernement May n’a pas la main à cette heure et c’est ainsi qu’il faut lire l’affirmation selon laquelle il rompt avec l’Union sans abandonner l’Europe. Il n’est pas question qu’il laisse une « ardoise » de dizaines de milliards sans s’en acquitter avant un éventuel départ. Il n’est pas question qu’il puisse discriminer les quelque trois millions d’Européens non britanniques qui vivent chez eux en Grande-Bretagne. Il n’est pas question qu’il puisse agir à sa guise par rapport aux Écossais et aux Irlandais qui entendent rester dans l’Union quitte à se séparer d’un Royaume devenu moribond parce que divisé et isolationniste. L’argument de la sécurité collective en matière de défense et de lutte contre le terrorisme que brandit Theresa May est de ceux auxquels il est possible de résister pour peu que la responsabilité prévale en ce qui concerne l’industrie militaire et que l’intégration des politiques publiques de sécurité se renforce sur le continent. Sur tous ces dossiers, beaucoup dépendra de l’attitude de Berlin vouée à assumer un leadership conjoint avec Paris pour l’Europe plus contraignant évidemment que par le passé.

Reste que les deux principales capitales de l’Union sont soumises à leur propre calendrier électoral. Celui qui affecte l’Hexagone est porteur des plus grandes incertitudes. En premier lieu avec une crise sociale guyanaise où se côtoient le pire et possiblement le meilleur. Qui ne comprend que sont absolument incompatibles la transparence des négociations qui implique qu’elles soient au moins ouvertes à la presse d’un côté et le maintien de l’autre d’une milice privée, cagoulée et en uniforme, assurant le service d’ordre musclé des manifestations ? L’abandon de ce territoire à sa triste condition, serait-il resté sous perfusion financière de survie, accable les gouvernements français successifs et ceux du dernier quinquennat en particulier. Il faut donc « payer » mais pas seulement payer en considérant que l’État de droit ne serait pas la priorité de l’heure. On parle de 4 milliards sur dix ans, ce qui est considérable pour 250 000 habitants, mais peut tout aussi bien se révéler une « aumône » pour le maintien d’une situation de corruption endémique qui s’aggravant couperait davantage la Guyane de son environnement régional. Un territoire qui a tous les moyens pour réussir, pour sortir du sous-développement, produire, accueillir, exporter à la condition que l’on ne se contente pas comme toujours d’un « ripolinage » de circonstance des apparences. L’égalité par le développement est la plus juste cause des outre-mer français, des territoires ultramarins de l’Union.

C’est le moment choisi par Valls, ancien chef du gouvernement, pour afficher sa différence au risque de précipiter la perte du PS et de la vieille maison, la social-démocratie. En votant pour Macron dès le premier tour, il signifie que perdant de la primaire sur son orientation sociale-libérale, il rompt les amarres avec la gauche. Sans doute et sans surprise. Ne l’avait-il pas fait de manière parfaitement explicite, comme Hollande, au moment de l’adoption au forcing à coups de 49.3 à répétition des lois Macron et El Khomri. Valls est simplement lui-même, politicien retors, ambitieux, comme d’autres figures européennes issues de la gauche ayant trahi les leurs à la manière de Tony Blair ou de Gerhard Schröder. Pour autant, la question qu’il soulève quant au danger qui menace la démocratie et les libertés publiques avec Le Pen est dans toutes les têtes. Le vote Macron au premier tour chez les électeurs de gauche est probablement sous-évalué parce qu’un peu  « honteux ». À qui la faute si ce n’est à une gauche qui assume crânement la division en sachant qu’elle y laissera « sa chemise » et léguera un champ de ruines au pays. Mélenchon et Hamon et leurs soutiens respectifs ont l’impérieuse nécessité de se rassembler d’ici au 23 avril même si c’est pour peser ensuite sur Macron au second tour s’il devait arriver en tête et que Le Pen elle-même soit qualifiée.

Cela suppose la conclusion d’un Pacte unitaire et démocratique contre l’héritière du fascisme « à la sauce » d’aujourd’hui. La gauche doit le porter mais il doit être ouvert à tous les tenants des libertés publiques sans autre préalable dont bien sûr Macron, Bayrou et d’autres au centre et à droite. Quoiqu’il arrive, contre elle et le FN, l’alliance de tous, y compris comme l’on disait au siècle dernier « avec le diable et sa grand-mère », s’impose. Et dans ce cadre, ceux qui seraient tentés par bêtise de s’abstenir se feraient les complices d’un crime. Voilà, quel doit être le premier point à l’ordre du jour d’une rencontre de toutes les forces de gauche. C’est simple et indispensable. Se choisir un candidat unique pour la gauche est plus compliqué. Cela passe à ce stade par l’engagement réciproque à une répartition paritaire des candidatures pour les élections législatives, 50 % des soutiens de Mélenchon, 50 % des soutiens de Hamon. Quant au candidat à la présidentielle, par-delà les sondages, ce ne peut pas être celui qui se proclame « patriote » et antieuropéen parce que « nationaliste » de fait et qui se dit prêt à négocier, y compris sur les frontières avec Poutine. Celui-ci ne pourrait pas rassembler la gauche sur son nom. Mais en revanche, le retrait de Mélenchon ne se fera pas sans un engagement réel du PS et de ses alliés à ne pas concourir dans cinquante pour cent des circonscriptions législatives. C’est la voie de la raison. Les circonstances bien davantage que les bons sentiments l’exigent dans des délais contraints, ceux de la dernière chance de ne pas faire une « énorme connerie ». 



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