vendredi 7 avril 2017

Parti pris du 7 avril 2017

Trump, Assad, Poutine (photos © AFP). 

Le régime d’Assad enfin frappé par Washington. Le Boucher de Damas s’était habitué à l’impunité que lui valaient la protection de Poutine et la paralysie de la communauté internationale. La dernière attaque, le 4 avril, probablement au gaz sarin d’une petite localité tenue par ses opposants, Khan Cheikhoun, aurait provoqué la mort par asphyxie de quelque 90 personnes dont une trentaine d’enfants. Les images de leur agonie à même la rue avaient suscité la colère dans l’opinion. Ce nouveau « crime contre l’humanité » par gazage des populations, devait être « puni ». Il l’a été deux jours plus tard par les frappes américaines – 59 missiles Tomahawk – ciblant la base aérienne à l’origine des bombardements chimiques. Trump retourne ainsi sa veste, lui qui en 2013 avait exhorté Obama à ne pas intervenir après le précédent d’une attaque chimique autrement plus importante qui avait fait 1 400 victimes. Les conséquences politiques de l’engagement américain ne sont pas mineures. Il porte un coup d’arrêt aux tentatives de Damas de poursuivre la guerre qui a fait plus de 320 000 morts et des millions de déplacés réfugiés tout en prétendant jouer le jeu d’une solution négociée sous l’égide de Moscou. La mascarade prend fin et va provoquer la remise à l’ordre du jour du préalable du départ d’Assad pour toute solution politique et sans doute le retour de l’Onu dans le jeu. Poutine se retrouve dans un bras de fer auquel il ne s’attendait pas. Soit il continue à protéger son allié et il le paiera alors cher, n’ayant nullement les moyens d’assumer la confrontation avec Washington et la communauté internationale, soit il recule, perdant une partie du crédit d’acteur majeur de la scène diplomatique que lui valait son engagement politique et militaire aux côtés de Damas. À Washington, le revirement de Trump au lendemain de l’éviction de son « stratège en chef », Steve Bannon, du Conseil de sécurité nationale américain sous la pression de l’état-major et des agences de renseignement marque une reprise en main après les « foucades » d’un Président que l’on disait difficilement « contrôlable ». Ce tournant sur le théâtre des opérations moyen-oriental aura en outre des conséquences jusque dans la campagne électorale française, mettant en difficulté ceux qui s’étaient faits les chantres d’une complaisance coupable pour le protégé de Poutine, soit par « poutinophilie » assumée à la manière de Le Pen « déçue par Trump », soit par calcul « munichois », à la manière de Fillon et dans une moindre mesure de Mélenchon. Une intervention internationale sous mandat onusien demeure en effet nécessaire pour libérer les populations concernées et leur assurer une transition démocratique de long terme même s’il reste à en définir les contours précis.

Le Parlement européen (PE) mobilisé par le « Brexit ».
C’était nécessaire mais d’aucuns en doutaient. Le Parlement européen n’entend pas laisser la conduite des négociations avec Londres au Conseil et à la Commission. Il a adopté à une large majorité – 516 pour, 133 contre et 50 abstentions – une résolution qui le dote d’un droit de veto sur le résultat final des pourparlers, précisant un timing proche de celui de la Commission mais formulé plus fermement. L’on négociera d’abord sur la rupture et seulement dans un second temps sur un « après » incertain, à la condition que l’on soit arrivé à un résultat satisfaisant sur les conditions de la séparation. C’est un revers pour le gouvernement May et la réaffirmation d’un interdit pour ceux des 27 qui seraient tentés de « s’arranger » séparément dans le dos des instances communautaires. La transparence est exigée même si le mécanisme du contrôle par le Parlement du négociateur Barnier et de ses équipes reste flou. Tant qu’une sortie de l’Union ne sera pas actée, Londres devra assumer tous ses engagements dont une note de quelque 60 milliards sans pouvoir s’en exonérer au nom d’un futur partenariat. Les droits des Européens, qu’ils soient britanniques installés dans l’un des 27 autres États membres ou ressortissants de l’un de ceux-ci vivant en Grande-Bretagne, deviennent une priorité absolue alors que le gouvernement May voulait avoir les mains libres pour restreindre les droits des seconds et satisfaire ainsi les fantasmes anti-immigration de son électorat. Il n’en va pas différemment sur la question des frontières où le PE adopte une position ferme sur Gibraltar comme sur la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, infligeant une nouvelle déconvenue aux tenants du « Brexit ». L’heure est à la clarté en tout point sous l’œil des Européens rassemblés pour l’occasion. La résolution a été proposée et votée par les conservateurs, les libéraux, les socialistes, les Verts et la gauche radicale. L’unité communautaire contre les séparatismes au grand dam des populistes et autres fascistes. L’UKIP et son président Farage ont manifesté leur rancœur impuissante accusant tous les autres d’être « des mafieux et des gangsters ». De bons augures qui demandent à être confirmés dans les deux ans. Parallèlement, Draghi et la BCE ont décidé d’un rythme raisonnable de retour à la normale en matière de politique monétaire se distinguant de l’orientation de la Réserve fédérale américaine pour tenir compte des conjonctures différentes sur les deux rives de l’Atlantique. La BCE n’augmentera pas ses taux directeurs à courts termes et maintiendra sa politique accommodante dans la perspective d’une sortie douce des actions non conventionnelles. Elle le justifie par le niveau de l’inflation – 1,3 % – encore éloigné de l’objectif des 2 % et sans risque de surchauffe. Cela signifie que le soutien à l’économie réelle et à la croissance sera maintenu le temps qu’il faudra. Plutôt une bonne nouvelle.

Fessenheim joue la montre, Macron la « marche tranquille ».
C’est un scandale de plus de ce secteur si particulier que constitue le nucléaire. Une entreprise dominante, EDF, mal gérée, surendettée – plus de 40 milliards –, détenue à 80 % par la puissance publique se permet de « finasser » pour gagner du temps sur la fermeture de la plus ancienne des centrales, celle de Fessenheim. La question est devenue une pomme de discorde avec les autres régions limitrophes de l’Alsace, les « risques » augmentant avec le maintien en activité d’une très vieille dame. Seulement, elle rapporte toujours et les administrateurs « indépendants », tous tenants du compagnonnage avec le lobby nucléaire, ont reporté de plus d’un an par une argutie – l’entrée en activité de l’EPR de Flamanville prévue fin 2018 – la fermeture de ladite centrale. Cela repousse d’autant le casse-tête de son démantèlement. La CGT s’est fourvoyée à cette occasion en saluant une « victoire » alors qu’il s’agit d’un recul sur le plan environnemental comme sur celui de la démocratie et du contrôle public. Ségolène Royal peut se féliciter de la « fermeture actée », l’engagement d’en finir au moins sur le papier avant la fin du quinquennat n’a pas été respecté. Fin de partie dans la confusion pour Hollande dont l’héritier putatif a pris soin de se démarquer autant qu’il le pouvait lors de son passage sur France 2. Lui, c’est lui, et moi je ne lui ressemble pas, a dit Macron en substance. À voir… Avec ce délicat envoi par lequel il affirme que s’il était « l’ami de la finance, il ne l’aurait pas quittée ». Présidentiel en diable, comme jadis celui qui l’a fait conseiller puis ministre, il s’est attaché à la définition d’une marche tranquille vers le pouvoir. Jamais en réelle difficulté, toujours prompt à souligner la complexité des choix, avec la clarté du « modernisateur » sur la Syrie, Fessenheim, l’Europe, la fonction présidentielle, voire sur le coût de sa première année d’exercice éventuel. Reste qu’à la fin, sondage instantané à la clé, s’il réalise le meilleur score en matière de « présidentialité » – seul à obtenir plus de 50 % à la question de savoir s’il ferait un bon président –, il convainc plus et majoritairement à gauche qu’à droite, ce qui peut lui faciliter la qualification sans lui assurer la victoire dans un fauteuil, aucun autre candidat ne ferait-il mieux face à Le Pen. De quoi reléguer Hamon dans les profondeurs du classement d’autant que Mélenchon le dépouille de son côté effectuant une poussée spectaculaire. L’effet « social » illustré également par Poutou lors du débat à onze est bien là, mais au second plan. Fillon l’affairiste ne sait plus où donner de la tête, après les mises en cause outrancières de Hollande, de son « cabinet noir » et de Poutou qui lui a fait perdre son self-control. Quant à la porte-voix de l’extrême-droite, elle paraît éteinte parce que « touchée » dans les débats sans avoir été « coulée ». Pour n’importe quel autre candidat, cela aurait des conséquences en matière de potentiel électoral, avec elle rien n’est moins sûr. À J-16, les écarts se resserrent sans doute, mais l’issue paraît pourtant moins incertaine. 

LIRE ÉGALEMENT
Syrie : arrêtons le bras des assassins chimistes !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire