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| Erdogan à Ankara (photo © AFP), jeune Palestinien devant une fresque représentant Marwan Barghouti (photo © AP/SIPA), Hollande à Craonne (photo © Reuters). |
Le lourd échec du dictateur islamiste à Ankara. Ce référendum, Erdogan le voulait avec un résultat net et sans bavure. Toutes les « précautions » avaient été prises pour que l’issue en soit sans appel. Les dirigeants de l’opposition démocratique, ceux du HDP – Parti des peuples de Turquie – croupissent en prison depuis 7 mois. Non seulement les deux coprésidents du parti mais aussi quelque 2 500 de ses militants et cadres. S’il a formellement gagné, Erdogan l’a fait après avoir bâillonné toute opposition à la dictature. Les imams et les mosquées ont été mobilisés pour défendre « le choix de Dieu » contre celui du péché. Et malgré la répression, les intimidations violentes dans chaque quartier, dans chaque rue, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il n’obtient même pas la majorité à Ankara ou Istanbul. Un score plus qu’étriqué qui équivaut à une défaite quand bien même le dictateur islamiste s’en réclamera-t-il pour renforcer son emprise sur la société. Les observateurs européens ont immédiatement été priés de « rester à leur place », autrement dit de taire les innombrables « irrégularités » qu’ils avaient constatées dont la validation d’environ 500 000 bulletins non tamponnés et donc susceptibles d’être totalement frauduleux. Voilà, ce que soutient Trump qui a aussitôt félicité chaleureusement son homologue turc pour son « succès ». Les Européens ont pris leur distance avec la dictature mais pas avec la force nécessaire parce qu’Ankara sous-traite le contrôle des flux migratoires en provenance du Moyen-Orient sur le pourtour du bassin oriental de la Méditerranée. Ce 17 avril restera comme un jour sombre pour la démocratie et les libertés en Turquie, le jour où le pouvoir islamique d’Ankara aux portes de l’Europe a voulu donner un semblant de légitimité à une dictature sans fard. La société turque, sa jeunesse en particulier, n’est pas pour autant anéantie. Les chiffres du non dans ce contexte difficile le prouvent soulignant une nouvelle fois en quoi la Turquie a vocation à devenir européenne après s’être débarrassée de la dictature. Il importe donc que la porte reste ouverte comme une invitation à la démocratie et aux libertés sans la moindre faiblesse pour le régime dont le référendum doit être considéré comme nul. D’autres initiatives du même genre tentent le dictateur, soucieux de « faire valider » ses pires projets sur l’Europe dont il voudrait refermer la porte à double tour ou encore sur la peine de mort dont sa base réclame le rétablissement. De lourdes sanctions économiques sont souhaitables, nécessaires et urgentes d’autant que dans ce cas elles peuvent être efficaces. Il faut en complément que la solidarité avec l’opposition démocratique trouve à s’exprimer dans l’opinion et que l’exigence d’un élargissement des prisonniers politiques soit massivement portée d’un bout à l’autre de l’Union.
La relance démocratique de la cause palestinienne. C’est une grève de la faim collective des prisonniers politiques palestiniens qui en donne le signal à l’appel du plus connu et respecté d’entre eux, Marwan Barghouti, souvent comparé dans un tout autre contexte à Mandela. Il a invité ses compagnons de misère à se joindre à lui au travers d’une tribune dans le New York Times. Sur quelque 6 500 prisonniers politiques que comptent actuellement les prisons israéliennes, de 1300 à 1500 d’entre eux ont décidé de le rejoindre. Près d’un million de Palestiniens au total ont eu à subir depuis 1948 les rigueurs d’une justice d’exception au service de la domination d’un peuple par un autre peuple au mépris du droit et des décisions de la communauté internationale. Le droit inaliénable à l’existence et à la sécurité de l’État d’Israël n’y a rien gagné durablement. Et c’est à ce titre que l’initiative de Barghouti est juste parce qu’elle s’inscrit dans une autre logique que celle de l’affrontement armé sans fin et à plus forte raison de l’infâme « guerre des couteaux » du Hamas. Une grève de la faim qui constitue « le plus pacifique des moyens de résistance à notre disposition », écrit-il, lui, condamné à cinq reprises à la détention à perpétuité pour avoir été l’un des dirigeants principaux du Fatah lors de la seconde Intifada. Le Hamas a d’ailleurs tenté de « saboter » cette action avant de s’y joindre contraint. La rue palestinienne à Gaza comme à Ramallah n’aurait pas admis une défection. Les revendications sont de celles qui ne sont guère discutables, contre la torture et les mauvais traitements en tout genre. Un appel à la reconnaissance de la dignité humaine que le gouvernement de droite et d’extrême-droite israélien aura bien du mal à ignorer s’il rencontre et c’est nécessaire un large soutien international. Pour l’heure, Tel-Aviv s’est contenté de « déplacer » Barghouti vers une prison de la côte pour tenter de l’isoler. Un hôpital militaire pour traiter – les alimenter de force – les prisonniers les plus affaiblis a été ouvert afin qu’ils ne soient pas envoyés dans les hôpitaux civils car Netanyahu craint non sans raison un réveil de l’opinion israélienne qui n’adhère pas à la logique de la haine et du mur de la honte. Cette composante de la société israélienne a toujours existé même si elle fut souvent minoritaire, voire ultra-minoritaire, même si certains ont baissé les bras à la longue par découragement. C’est sur cette combinaison solidaire qu’il faut miser de part et d’autre si l’on veut vraiment tourner la page. Les conditions sont réunies pour le faire même si le chemin pour rouvrir un processus de paix est encore lointain et parsemé d’obstacles. Sans garantie de succès évidemment mais sans qu’aucune autre voie ne soit opposable au désespoir et aux drames humains de l’un des plus longs conflits territoriaux qu’ait eu à subir l’humanité.
Du plateau de Craonne… à ceux des télévisions. Et si Hollande avait été inspiré cette fois, la dernière, en donnant un retentissement particulier à la commémoration de la « boucherie » centenaire du Chemin des Dames qui fut la conséquence du déferlement de la haine nationaliste et impérialiste dressant les peuples les uns contre les autres au nom du veau d’or des parts de marché au cours de la phase de mondialisation marchande du début du XXe siècle. Le chœur de l’armée française entonnant la chanson de Craonne, monument de la tradition antimilitariste, témoignage d’une indicible souffrance d’une jeunesse promise à la mort plutôt qu’à la vie, au désespoir plutôt qu’à l’espoir, par des « ganaches étoilées » et irresponsables. Ils étaient fils d’Europe par-delà leur nationalité. La gauche d’alors, parce qu’elle s’était majoritairement perdue à Berlin comme à Paris, n’avait pas su les défendre efficacement contre le militarisme et la guerre, qu’ils aient subi dans le silence contraint ou qu’ils se soient révoltés, qu’ils aient été condamnés à mort pour l’exemple – 554 mutins « officiels » du côté français – dont plusieurs dizaines de fusillés ou qu’ils soient rentrés, « gazés » ou « estropiés » à vie. Le Pen surtout et Fillon dans une moindre mesure, surfant sur les haines nationalistes, sont les héritiers de ce système dans sa version la plus cruelle. Ils sont en ligne avec le passé national, militariste et colonial, catholique et bien-pensant. Leur élimination dès le premier tour de l’élection présidentielle et à défaut lors du second tour serait un gage de progrès et d’espoir. Ensuite, tout devient plus compliqué parce que la gauche est profondément divisée avec une campagne pour l’essentiel honorable au plan social de la part de Mélenchon mais dérapante sur le plan démocratique et antieuropéen, les tentatives de corrections de trajectoire en toute fin de campagne n’effaçant pas les dérapages à répétition. Hamon a fait plus sobrement le job d’une gauche à la fois en perdition et à la recherche d’une identité renouvelée sur le plan social, démocratique et européen mais sans convaincre, du moins suffisamment, parce que le bilan de Hollande l’accablait malgré lui, parce que beaucoup de « socialistes » ont préféré voler au secours de la victoire annoncée de Macron, inspirateur et coresponsable du bilan du quinquennat. Poutou voire Arthaud expriment aussi à leur manière ce besoin d’une gauche qui saurait tirer le bilan du passé pour construire un avenir désirable. Alors, à défaut de courir ensemble – pas encore ! –, « votez camarades » pour les gauches selon votre conviction, mais avec en tête l’absolu besoin d’unité qui devra toutes les réunir dans les urnes le 7 mai et le 18 juin contre la droite et l’extrême-droite, serait-ce en faveur de « centristes » éphémères – ils finissent toujours par basculer, à droite le plus souvent, à gauche plus rarement. La reconstruction d’une nouvelle gauche unifiée par-delà ses différences est à l’ordre du jour et ceci explique cela. C’est vrai en France comme cela l’est ailleurs et singulièrement en Grande-Bretagne où Teresa May tente le tout pour le tout avec la convocation d’élections générales anticipées le 8 juin où les Européens doivent la battre en annulant le pari « insensé » du Brexit.
La relance démocratique de la cause palestinienne. C’est une grève de la faim collective des prisonniers politiques palestiniens qui en donne le signal à l’appel du plus connu et respecté d’entre eux, Marwan Barghouti, souvent comparé dans un tout autre contexte à Mandela. Il a invité ses compagnons de misère à se joindre à lui au travers d’une tribune dans le New York Times. Sur quelque 6 500 prisonniers politiques que comptent actuellement les prisons israéliennes, de 1300 à 1500 d’entre eux ont décidé de le rejoindre. Près d’un million de Palestiniens au total ont eu à subir depuis 1948 les rigueurs d’une justice d’exception au service de la domination d’un peuple par un autre peuple au mépris du droit et des décisions de la communauté internationale. Le droit inaliénable à l’existence et à la sécurité de l’État d’Israël n’y a rien gagné durablement. Et c’est à ce titre que l’initiative de Barghouti est juste parce qu’elle s’inscrit dans une autre logique que celle de l’affrontement armé sans fin et à plus forte raison de l’infâme « guerre des couteaux » du Hamas. Une grève de la faim qui constitue « le plus pacifique des moyens de résistance à notre disposition », écrit-il, lui, condamné à cinq reprises à la détention à perpétuité pour avoir été l’un des dirigeants principaux du Fatah lors de la seconde Intifada. Le Hamas a d’ailleurs tenté de « saboter » cette action avant de s’y joindre contraint. La rue palestinienne à Gaza comme à Ramallah n’aurait pas admis une défection. Les revendications sont de celles qui ne sont guère discutables, contre la torture et les mauvais traitements en tout genre. Un appel à la reconnaissance de la dignité humaine que le gouvernement de droite et d’extrême-droite israélien aura bien du mal à ignorer s’il rencontre et c’est nécessaire un large soutien international. Pour l’heure, Tel-Aviv s’est contenté de « déplacer » Barghouti vers une prison de la côte pour tenter de l’isoler. Un hôpital militaire pour traiter – les alimenter de force – les prisonniers les plus affaiblis a été ouvert afin qu’ils ne soient pas envoyés dans les hôpitaux civils car Netanyahu craint non sans raison un réveil de l’opinion israélienne qui n’adhère pas à la logique de la haine et du mur de la honte. Cette composante de la société israélienne a toujours existé même si elle fut souvent minoritaire, voire ultra-minoritaire, même si certains ont baissé les bras à la longue par découragement. C’est sur cette combinaison solidaire qu’il faut miser de part et d’autre si l’on veut vraiment tourner la page. Les conditions sont réunies pour le faire même si le chemin pour rouvrir un processus de paix est encore lointain et parsemé d’obstacles. Sans garantie de succès évidemment mais sans qu’aucune autre voie ne soit opposable au désespoir et aux drames humains de l’un des plus longs conflits territoriaux qu’ait eu à subir l’humanité.
Du plateau de Craonne… à ceux des télévisions. Et si Hollande avait été inspiré cette fois, la dernière, en donnant un retentissement particulier à la commémoration de la « boucherie » centenaire du Chemin des Dames qui fut la conséquence du déferlement de la haine nationaliste et impérialiste dressant les peuples les uns contre les autres au nom du veau d’or des parts de marché au cours de la phase de mondialisation marchande du début du XXe siècle. Le chœur de l’armée française entonnant la chanson de Craonne, monument de la tradition antimilitariste, témoignage d’une indicible souffrance d’une jeunesse promise à la mort plutôt qu’à la vie, au désespoir plutôt qu’à l’espoir, par des « ganaches étoilées » et irresponsables. Ils étaient fils d’Europe par-delà leur nationalité. La gauche d’alors, parce qu’elle s’était majoritairement perdue à Berlin comme à Paris, n’avait pas su les défendre efficacement contre le militarisme et la guerre, qu’ils aient subi dans le silence contraint ou qu’ils se soient révoltés, qu’ils aient été condamnés à mort pour l’exemple – 554 mutins « officiels » du côté français – dont plusieurs dizaines de fusillés ou qu’ils soient rentrés, « gazés » ou « estropiés » à vie. Le Pen surtout et Fillon dans une moindre mesure, surfant sur les haines nationalistes, sont les héritiers de ce système dans sa version la plus cruelle. Ils sont en ligne avec le passé national, militariste et colonial, catholique et bien-pensant. Leur élimination dès le premier tour de l’élection présidentielle et à défaut lors du second tour serait un gage de progrès et d’espoir. Ensuite, tout devient plus compliqué parce que la gauche est profondément divisée avec une campagne pour l’essentiel honorable au plan social de la part de Mélenchon mais dérapante sur le plan démocratique et antieuropéen, les tentatives de corrections de trajectoire en toute fin de campagne n’effaçant pas les dérapages à répétition. Hamon a fait plus sobrement le job d’une gauche à la fois en perdition et à la recherche d’une identité renouvelée sur le plan social, démocratique et européen mais sans convaincre, du moins suffisamment, parce que le bilan de Hollande l’accablait malgré lui, parce que beaucoup de « socialistes » ont préféré voler au secours de la victoire annoncée de Macron, inspirateur et coresponsable du bilan du quinquennat. Poutou voire Arthaud expriment aussi à leur manière ce besoin d’une gauche qui saurait tirer le bilan du passé pour construire un avenir désirable. Alors, à défaut de courir ensemble – pas encore ! –, « votez camarades » pour les gauches selon votre conviction, mais avec en tête l’absolu besoin d’unité qui devra toutes les réunir dans les urnes le 7 mai et le 18 juin contre la droite et l’extrême-droite, serait-ce en faveur de « centristes » éphémères – ils finissent toujours par basculer, à droite le plus souvent, à gauche plus rarement. La reconstruction d’une nouvelle gauche unifiée par-delà ses différences est à l’ordre du jour et ceci explique cela. C’est vrai en France comme cela l’est ailleurs et singulièrement en Grande-Bretagne où Teresa May tente le tout pour le tout avec la convocation d’élections générales anticipées le 8 juin où les Européens doivent la battre en annulant le pari « insensé » du Brexit.
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