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| Hier soir sur les Champs-Élysées (photo © AFP). |
Eux, ces tueurs islamistes, inspirés par une idéologie aussi barbare que moyenâgeuse, qui ont encore frappé, hier soir sur les Champs-Élysées assassinant un policier et en blessant deux autres. Comme à chaque nouvelle attaque terroriste, les citoyens par-delà leurs préférences partisanes resteront solidaires et rassemblés aux côtés des familles des victimes qui s’ajoutent à toutes les autres meurtries d’un bout à l’autre de l’Europe et au-delà, en particulier au Moyen-orient, par cet État criminel – EI-Daesh – qui a aussitôt revendiqué son forfait. C’est l’urgence première. Les décisions de riposte du Conseil de défense réuni autour du Président de la République prendront le relais car le crime ne doit jamais rester impuni. En ces heures douloureuses, on regrettera seulement que François Hollande ait une fois encore fait référence à la seule Nation française dans sa déclaration de la nuit. C’est pourtant l’Europe comme à chaque fois qui était visée comme hier et avant-hier, à Paris déjà, à Bruxelles, à Berlin, à Londres et ailleurs. Les Barbares au travers de leur entreprise infâme prétendent l’abattre pour ce qu’elle est, terre de libertés et de progrès, terre de laïcité et de tolérance, terre d’accueil et d’intégration ouverte sur le monde en dépit des agissements minoritaires qui voudraient qu’elle aussi rompe avec le meilleur de ses traditions démocratiques. Il n’en sera rien bien sûr ni en France, ni même dans aucun des 27 autres États de l’Union. En France, pas plus tard que dimanche, les citoyens se mobiliseront en masse pour exercer leurs droits démocratiques en votant au premier tour de l’élection présidentielle. La barre symbolique des 80 % de participation sera peut-être même franchie comme le meilleur indice de l’état d’une opinion, debout, prête à faire face dans le calme et la plus grande détermination, se pressant dans quelque 65 000 bureaux de vote. Ils ne passeront pas, ni ici ni ailleurs !
Eux, les tenants de la haine qui voudraient avec Le Pen nous renvoyer aux heures sombres où ils tenaient le haut du pavé pour le malheur de l’humanité. Leur projet de repli derrière la ligne Maginot des frontières nationales n’est rien d’autre que la déclinaison de l’autarcie fasciste du siècle dernier. Un « projet » qui pour être improbable, n’en pollue pas moins les esprits avec la logorrhée du bunker qui l’accompagne. L’autre, celui qui ne leur ressemble pas en est toujours la première victime expiatoire. Une idéologie de la « transgression » de tout. De l’histoire on l’a vu avec le « négationnisme » affiché à propos de la rafle du Vel’ d’Hiv’ organisée par Vichy en juillet 1942. Transgression de la solidarité démocratique, quand ils prétendent « choisir » en fonction de critères « ethniques » ou « nationaux » ceux qui auraient des droits et ceux qui n’en auraient pas. Transgression des valeurs humaines, quand ils rêvent de rétablir la loi du talion et de la peine de mort dans une société qu’ils diviseraient et maltraiteraient à leur guise. Nous devons les contenir, les faire reculer, c’est vital. L’intérêt manifesté dans de nombreux pays pour cette échéance électorale en découle. Du « ne déconnez pas » d’un présentateur vedette de la TV américaine à la tonalité inquiète de la presse européenne, en passant par le coup de fil d’Obama à Macron, c’est de cela dont il s’agit. Les fascistes et autres populistes ont partout prospéré avec la crise de 2008-2009, au point de paraître être en mesure d’accéder au pouvoir, ici ou là. Ils ont commencé à reculer les derniers mois en Autriche, aux Pays-Bas, en Finlande où ils ont été défaits… avant de l’être en France comme en Allemagne. Signe annonciateur, inspirateur du « Brexit », l’UKIP de Farage a perdu son seul député aux Communes, Douglas Carswell, siégeant désormais en « indépendant ». En Allemagne, Frauke Petry, la porte-voix de l’Afd, renonce à « diriger » la bataille des élections législatives en septembre prochain. Si Le Pen n’est pas qualifiée pour le second tour, le même phénomène s’amorcera au Front national, la plus « solide » des formations du genre en Europe. Ils ne passeront pas, ni aujourd’hui ni demain !
Eux, cette droite de l’austérité et des affaires. Eux qui avec Fillon incarnent jusqu’à la caricature tout ce qu’il y a de plus détestable dans les arrière-boutiques d’une bourgeoisie affairiste qui ne recule devant rien pour satisfaire sa soif de profit. Eux, que l’on a vu professer que ce n’est pas aux journalistes, souvent malmenés par ailleurs dans leurs meetings, « de poser les questions ». Aveu d’un pouvoir régalien qui entend se soustraire autant qu’il le peut aux exigences de la démocratie. Eux dont le programme économique et social aboutirait à une nouvelle cure insupportable d’austérité de 100 milliards qui ruinerait toute perspective de reprise durable. Eux pour qui les inégalités sociales sont une valeur « naturelle » distinguant les privilégiés de tous les autres, devant l’emploi, devant la santé, devant l’éducation. C’est si vrai que Juppé effrayé par la dérive de Fillon lui apporte un soutien en forme de « baiser de la mort ». Sarkozy lui-même n’en est pas très loin à l’endroit de son ancien « collaborateur ». Fillon non plus ne doit pas être qualifié en dépit ou à cause du spectre large qui lui fait revendiquer une majorité où il intégrerait les tenants de la « manif pour tous », opposés à tout progrès démocratique au nom de leur idéologie catholique bien-pensante et réactionnaire. Fillon serait-il préférable à Le Pen parce que Les Républicains ne sont pas le FN, au moment du tour de qualification, celui du choix avant celui de l’élimination, il est souhaitable que lui non plus ne passe pas la barre. Ce serait un gage contre la misère et les affaires, une promesse que ce pays ne s’éloignera pas trop de ce qui prévaut ailleurs dans les autres pays de l’Union européenne avec la relance de la croissance, serait-elle toujours modérée. Sans compter que la défaite du candidat des droites sonnerait sans doute l’heure du crépuscule de la Ve République antidémocratique fondée par Charles de Gaulle.
Reste les autres, une majorité d’électeurs orphelins d’un vrai projet émancipateur social, démocratique portant un message de libération européenne et universelle, en un mot un vrai projet « socialiste ». Le dire, le reconnaître d’abord pour ensuite tenter de s’orienter et de choisir entre les candidats principaux à défaut de seulement témoigner avec Poutou ou Arthaud, ce qui manifeste une forme de renoncement face aux enjeux pratiques de l’heure. Hamon incarne le meilleur des choix « possibles » au vu de son programme comme de son parcours, mais il est à craindre qu’il soit éliminé par les manœuvres de Valls, Hollande et des ralliés à Macron. Le PS n’en sort pas grandi, promis dans tous les cas au choix existentiel de la refondation ou de la mort. Mélenchon et on ne peut que le regretter en raison de la dynamique autour de sa candidature n’incarne pas, n’incarne plus une gauche alternative et libératrice. Son nationalisme cocardier le souligne mais, plus encore en fin de campagne, sa prétention à s’engager dans le sillage de Mitterrand et De Gaulle. Où est la fraîcheur d’une prétendue « insoumission » traînant le boulet des bilans à juste titre contestés de ces deux Présidents de la Ve République. Conformisme d’un « dégagisme » qui affiche ses préférences que ce soit en Europe – Iglesias plutôt que Tsipras – ou en Amérique latine avec ses « amitiés » singulières dans la génération des épigones de Chavez et Castro. Quant à Macron, ferait-il figure de grand favori, son élection, si elle évitait le pire n’en ferait pas pour autant un Président « souhaitable ». Son projet et son programme ne promettent que de « moderniser » ce que fut la gestion de Hollande. L’attelage des soutiens du jeune homme providentiel n’est pas plus « désirable » au plan démocratique qu’au plan social. La gauche, la vraie gauche, devra dans ces conditions s'engager dans un travail de reconstruction unitaire au lendemain des échéances électorales. Sans renoncer à peser dans les enjeux du moment, elle doit en garder la perspective à l’esprit pour ne pas se laisser emporter par ceux-ci.

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