vendredi 14 avril 2017

Com’, com’, com’… d’indignité

Valls (photo © AFP), Mélenchon (photo © D. Lang), Hollande (photo © AFP)

La culture de la manipulation de l’opinion, celle des « faits alternatifs », comme l’on dit à Washington sous Trump, aura encore sévi tout au long de la campagne présidentielle française. Pas un jour, pas une heure où des « révélations » ne viennent jeter un doute sur l’exercice démocratique et la sincérité du vote. Dans ce fatras, il y a des éléments nécessaires d’information mais aussi des rumeurs, des « non-dits » suggestifs, des petites guerres de com’ qui rabaissent les débats au niveau du caniveau. Il serait dangereux d’en sourire avec un air fataliste comme s’il était impossible de s’en exonérer. C’est le contraire qui est vrai et cela fait partie d’une moralisation nécessaire de la vie politique. Ainsi en va-t-il des études d’image auxquelles a fait procéder Matignon au profit de Manuel Valls. Que d’aucuns croient à la vertu de ces enquêtes qui confortent ce que le client souhaite lire à son propos est une chose et cela les regarde. De même que des instituts réputés sérieux s’y adonnent est regrettable mais imparable parce que lucratif. Mais que des fonds publics soient utilisés à cette fin est absolument insupportable. Valls n’aura pas fait mieux que Sarkozy en la matière, les commandes de l’un et de l’autre ne seraient-elles pas comparables en volume. Il n’empêche, de simples extraits des quelque 110 pages pompeusement qualifiées « d’étude » sont de nature à provoquer un haut-le-coeur – « signification » de caractéristiques physiques, stéréotypes sur « l’hispanité » etc. De telles pratiques au sommet de l’État sont à proscrire sans qu’une loi soit nécessaire pour le faire. La simple conscience démocratique devrait y suffire.

L’argent public facilement détourné pousse en sens contraire et la France figure sur ce registre au nombre des exceptions en Europe. Après les multiples rebondissements des affaires Fillon, la demande par la justice de levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen, auprès du Parlement de Strasbourg, le confirme. Des millions auraient été détournés par un montage visant à faire payer aux contribuables européens le fonctionnement de la formation d’extrême-droite, en l’occurrence ses salariés, occupés à bien d’autres choses qu’aux travaux de ce « Parlement de l’exil » comme le désignent certains députés français. Il est inconcevable qu’un candidat à la présidence puisse faire comme si rien n’était en ne répondant pas aux convocations de la justice au prétexte qu’il est en campagne. Là encore, la part des choses est assez simple à faire entre ce qui relèverait d’une tentative d’intimidation de circonstance et des soupçons sérieux et concordants fondés sur des faits et chiffres déjà « jugés » par le Parlement lui-même exigeant des élus concernés le remboursement de sommes considérables. Dans ces conditions, l’enregistrement d’une candidature est discutable juridiquement et politiquement. S’il devait y avoir une modification de la législation, elle devrait porter sur le principe de « précaution » visant à ne pas autoriser à concourir à une campagne électorale quelqu’un aussi lourdement mis en cause. À ce titre, la porte-voix de l’extrême-droite aurait été disqualifiée. Sans compter les condamnations à des peines d’inéligibilité qui devront être aggravées pour les incriminations les plus graves de détournement de fonds publics.

S’y ajoutent au chapitre des faits et méfaits de la semaine, les interrogations faussement naïves à propos du niveau atteint par Mélenchon dans les sondages, quelles que soient ses qualités oratoires de débatteur. Les performances du candidat de la France insoumise constituent un bilan en creux du quinquennat de Hollande. C’est avant tout vrai au plan social. Les salles combles, les sondages flatteurs sont dans le prolongement des lois Macron et El Khomri imposées au forcing par 49.3 à une opinion qui, très majoritairement n’en voulait pas. Même Macron s’est démarqué du recul du niveau des salaires par l’abaissement du seuil de paiement des heures supplémentaires – 10 % au lieu de 25 % auparavant. Quelque 200 parlementaires socialistes avaient tenté en vain à l’époque d’empêcher ce mauvais coup. Dès lors, il est normal, explicable qu’une part significative de l’électorat se tourne vers Mélenchon d’autant qu’Hamon gît dans les profondeurs du classement, victime des « trahisons » des « siens ». Mais outre la vacuité du programme économique organisé autour d’une sortie de l’UE brandie comme un étendard, certains détails renseignent sur la pensée du personnage et sur son entourage. La référence à l’Alliance bolivarienne, nom donné au partenariat – services contre pétrole – entre Caracas et La Havane, sous l’œil intéressé de Moscou et de Téhéran en dit long sur le fonctionnement du Caudillo en proie à une sorte de monologue avec lui-même et la petite camarilla qui l’entoure impuissante à le ramener au réel. De manière générale, Mélenchon a beaucoup perdu de sa crédibilité en matière démocratique dans son mouvement – les formations dont le PCF et Ensemble qui le soutiennent n’ont pas voix au chapitre – comme sur son projet assez « vide » en ce qui concerne un autre monde possible à l’échelle planétaire.

Et puis comment ne pas relever ce rare moment de lucidité qui fait dire à François Hollande, intervenant tardif dans la campagne : « Il ne doit plus y avoir de primaires dans des partis de gouvernement. Sinon, il n'y aura bientôt plus de parti de gouvernement dans ce pays. Ils sont devenus fragiles et doivent retrouver une légitimité par eux-mêmes, pas en choisissant leur candidat à vau-l'eau, comme aurait dit le général de Gaulle ». La référence au fondateur de la Ve République antidémocratique souligne le chemin qui lui reste à parcourir, mais pour la mise en cause des primaires, il a raison. Non sur la pluralité de candidatures dans un même courant politique mais sur le recours à un panel plus large que celui des membres du parti concerné pour choisir leur représentant. Puissant gage donné au populisme. La discussion « interne », ses arbitrages collectifs, ses équilibres autour d’un programme et le choix d’une femme ou d’un homme pour le porter, seront toujours préférables.  En s'en dispensant ou en les contournant, on renforce de fait le mirage de la rencontre solitaire entre un homme ou une femme et un peuple, symbole de l’être exceptionnel qui appelle au soutien aveugle, loin, très loin d’une conception démocratique partagée à tous les niveaux entre un élu et ses mandants. Si au moins cette campagne de 2017 devait servir à abandonner ce chemin de traverse avant qu’il ne devienne une figure imposée du rafistolage des institutions de la Ve République. Dans tout cela, la com’ tient le rôle-titre. La démocratie politique a tout simplement d’autres exigences.




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