mardi 25 avril 2017

Face à Le Pen, le bulletin Macron !

E. Macron (photo © Reuters).

Les résultats définitifs du premier tour sont clairs, l’extrême-droite – 21,3 % – a été battue, nettement battue mais elle réussit à se qualifier pour le second tour s’incrustant une nouvelle fois dans le paysage comme un élément permanent et hideux du décor. D’autant que la fracture territoriale s’aggrave encore, menaçante, dans des proportions inédites. Le Pen et les siens sont contenus dans les métropoles et la plupart des grandes villes à un étiage relativement bas souvent aux alentours de la barre des 10 %. Ils ne franchissent même pas celle des 5 % à Paris. Ils atteignent en revanche des niveaux élevés et sont souvent majoritaires dans les zones rurales et dans une moindre mesure dans certaines périphéries urbaines. À l’arrivée, cela contribue à la division du pays le plus fragmenté – certains diraient « mité » – de l’Union entre villes et campagnes. Et dans ce cas, la campagne n’est pas « belle », aux mains d’un courant de haine entretenue qui tire sa force non seulement d’un abandon, d’une relégation sociale, d’un désert médical, d’une absence de services publics de proximité auxquels il n’offre par ailleurs aucune solution, mais aussi et surtout de fantasmes.... Ceux des détestations et du repli contre « l’étranger », contre l’immigré, contre les présupposés « riches » urbains qui posséderaient tout. C’est la raison pour laquelle il est difficile d’en venir à bout avec les politiques publiques actuelles. La misère culturelle qui se transmet encore de génération en génération et qui n’exclut pas les habitats cossus, les congélateurs bondés et les comptes bancaires bien remplis ne fait pas bon ménage avec l’Europe et un monde ouvert, multiculturel et cosmopolite. D’où cette crispation identitaire passéiste, ce nationalisme exacerbé, ce désir maladif de l’entre-soi contre tous les autres. La transcription politique de cette « passion » fait de l’Union sa principale cible. C’est pour le moins oublier en quoi la politique agricole commune, le soutien à l’agriculture de montagne et l’orientation des fonds structurels ont transformé le paysage et la vie tout court dans ces zones où les habitants se disent, se croient abandonnés. Ils sont en réalité financés par tous à un niveau bien supérieur à ce qui est dévolu aux habitants des villes. L’extrême droite y surfe sur un mensonge grossier, un de plus. Mais cela ne nous en oblige pas moins à repenser l’aménagement du territoire et son organisation administrative pour rendre plus fluides les échanges entre villes et campagnes et fonder la citoyenneté européenne sur un sentiment d’appartenance partagé. Vaste mais incontournable programme si l’on veut faire, enfin, reculer les résurgences du fascisme issues de la crise dans plusieurs pays européens, du sud en particulier, au premier rang desquels la France. Pour cela aussi, la Ve République, exception à la peau dure, doit être remisée et dépassée dans l’avènement d’une VIe République plus démocratique se rapprochant des normes européennes afin d’assurer cohésion sociale, citoyenne et territoriale.

Avant, il faudra passer le second tour de cette élection présidentielle puisqu’elle existe encore et les deux tours des élections législatives. Le 7 mai, Le Pen doit être sèchement battue avec le score le plus élevé possible pour l’autre candidat, serait-il ce « jeune homme pressé », héritier de fait du quinquennat de Hollande, n’offrant pas la moindre garantie en matière de progrès social. Macron a réalisé un score de 24,01 % ce qui est surprenant pour l’homme que l’on dit venu de nulle part, pur produit du système de la méritocratie républicaine et de la banque réunis. Il a bénéficié d’un vote par défaut par rapport à un candidat caricatural de la droite et du centre, empêtré dans les affaires et l’austérité, mais également par rapport à une gauche divisée, frappée du sceau du populisme pour le plus populaire, du moins à cette occasion, de ses concurrents. « Macron, un symptôme », avions-nous dit quand celui-ci s’est lancé. À la fois vrai et un peu court désormais. Il incarne en dépit de ses codes vieillots – l’affichage de sa compagne, sa soumission à une com’ surfaite, ses accents grandiloquents et faussement déférents – un désir, un besoin de renouvellement du « milieu ». Qu’importe ! Nous voterons pour lui sans la moindre hésitation pour que Le Pen n’engrange au mieux qu’un tiers des suffrages exprimés. Un objectif qui doit devenir celui de toute la gauche et au-delà de tous les partisans des libertés publiques et démocratiques. C’est encore le meilleur moyen de préparer les législatives et l’avenir. Face aux fascistes, la désertion n’est jamais « honorable » quand il s’agit non pas d’un individu perdu mais d’un courant politique. Il faut voter et appeler à voter massivement contre l’extrême-droite, autrement dit pour Macron. Hamon l’a fait aussitôt avec responsabilité et dignité. Comment des formations comme Lutte ouvrière ou le NPA pourraient-elles oublier d’où elles viennent malgré tout, serait-ce il y a bien longtemps ? Le vote blanc des premiers, l’absence de consigne de vote des seconds les déconsidèrent car s’il faut, toujours, dans ce genre de situations, « être prêt à faire alliance avec le diable et même sa grand-mère », comment pourraient-ils avoir peur de voter pour un « diablotin » ? Mélenchon – 19,58 % – et sa camarilla sont confrontés à la même responsabilité, plus lourde encore au vu du résultat du premier tour. Pierre Laurent pour le PC et Clémentine Autain pour Ensemble ont pris position. À quoi rime cette consultation et cette excuse de pure circonstance selon laquelle le « caudillo » n’aurait pas reçu mandat de ceux qui l’ont soutenu. Indéniable mauvaise foi qui gâche la portée de son score et renvoie à ce que nous disions au début de cette campagne si différente de celle de 2012, sur le caractère inadmissible de son positionnement populiste « ni droite, ni gauche » – lui aussi ! –, sur son « patriotisme » cocardier, sur ses envolées antieuropéennes combien déplacées et dangereuses. À moins que tout cela ne soit le fruit d’une certaine « porosité », heureusement minoritaire, entre « son » électorat et celui de l’extrême-droite. Revenons donc tous et ensemble à gauche aux fondamentaux qui avaient prévalu en 2002 contre le père et qui doivent aujourd’hui s’imposer comme un impératif politique et moral contre la fille. Aucune « direction » politique à gauche ne saurait s’en exonérer sans se perdre.

Pour autant et même si elle consent à prendre ses responsabilités contre Le Pen, la gauche tous courants confondus n’en sera pas quitte avec les échéances, celle des élections législatives d’abord. La multiplication des candidatures serait un poison mortel en particulier si elle s’accompagnait de l’absence de toute référence minimale commune à l’avènement d’une sixième République démocratique – Macron n’y souscrit pas. À la transition écologique pour préserver des conditions de vie acceptables aux générations futures. À une moralisation effective dans les faits et pas seulement dans les mots de la vie publique – pas plus d’un mandat à la fois, pas plus de deux mandats d’affilée, pas plus de 15 années cumulées d’exercice de mandats publics avec une rémunération n’excédant jamais plus de deux fois le salaire moyen. À un encadrement des salaires entre minima et maxima sur les lieux de travail avec une imposition fiscale à la base réellement progressive et redistributive, prenant en compte les inégalités de patrimoine. À un nécessaire examen des lois passées en force à coups de 49.3 comme les lois Macron et El Khomry du précédent quinquennat. À un engagement solidaire européen contre le « Brexit », le populisme et les résurgences du fascisme. De quoi, faute d’obtenir une candidature unique dans chacune des 577 circonscriptions, assurer un désistement qui fasse sens au second tour pour celui ou celle qui sera arrivé en tête à l’issue du premier tour. C’est à la fois peu et en même temps beaucoup parce qu’il s’agit à cette étape de pré-reconstruction d’une gauche unitaire, forte et cohérente, à vocation majoritaire, de repartir sur des bases solides. Et puis Macron élu ne saurait être libre de nous imposer une politique que nous n’aurions pas choisie. Plus le vote en sa faveur sera massif moins celui-ci ne l’autorisera à se départir des conditions exceptionnelles qui l’ont permis. Non un vote d’adhésion à son projet, à son programme, à sa personne, mais un vote contre l’extrême-droite, porteur d’exigences de progrès sociaux et démocratiques. À l’inverse, un score serré de second tour qui le verrait ne battre la « bête » qu’aux points serait lourd de danger. En particulier l’idée pernicieuse que rien ne serait en définitive joué et que tout serait ouvert dans un avenir prévisible, la rupture avec l’Europe comme la prolongation permanente de l’état d’urgence, le saccage social comme la restriction des libertés publiques. C’est bien évidemment ce que suggérera la porte-voix de l’extrême-droite au soir de sa défaite pour mieux signifier que si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain… Jamais ! Car il en va de nos vies et de celles de nos proches voisins et un peu aussi de celles de tous les autres résidents de la planète. Le 7 mai, par-delà nos différences à gauche, assurons la victoire sur les populistes et autres fascistes pour nous libérer du joug de leurs menaces multiformes en votant pour Emmanuel Macron.



  

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