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| Sur le plateau de TF1 lundi 20 mars, cinq des candidats à la présidentielle : Fillon, Macron, Mélenchon, Le Pen, Hamon (photo © Reuters). |
Certains en attendaient une modification du paysage et il n’en fut rien bien sûr. Le débat politique organisé sur TF1, avec cinq des onze candidats – déni démocratique – à l’élection présidentielle, n’aura pas bouleversé la donne. La vie continue. Mais avant d’y revenir, on observera que celui-ci intervenait après un week-end chargé en initiatives militantes. Avec la manifestation d’abord du 18 mars de la France insoumise censée célébrer, comme en 2012, l’anniversaire de la Commune de Paris, noyée dans le sang par la réaction versaillaise. Participation à la hauteur des ambitions même si comme toujours dans ce pays l’on gonfle les chiffres bien inutilement. La marée de drapeaux tricolores, voulue par Mélenchon et ses soutiens, avait quelque chose de « dérangeant » car la situation aurait-elle changé depuis, c’est un peu comme si l’on avait enterré une nouvelle fois les morts de la semaine sanglante sous les oriflammes de leurs bourreaux. Leur drapeau était rouge, celui des Versaillais tricolore. Dans un éclair de lucidité, Mélenchon fit quand même chanter l’internationale après la Marseillaise. Les signes d’un « recentrage » non pas forcément sur le contenu des propositions, mais sur le non-dit explicitement et souvent signifiant qui n’est pas, qui n’est plus celui de 2012. À rapprocher de cette formule de conclusion du débat, travaillée à cette fin, où il prétendra « rendre la France aux Français ».
Hamon et le PS ont, de leur côté, réussi un Zénith le lendemain. Ils étaient tous là ou presque les hiérarques socialistes qui n’ont cessé de mettre des bâtons dans les roues du candidat que leur avait imposé la primaire. Sauf Valls qui publiait le même jour une tribune contre le programme de ce candidat qu’il ne parraine pas. Hamon eut raison dans ce contexte de le « tacler » sans en rajouter. D’autant que la base socialiste rassemblée s’était exprimée clairement en sifflant majoritairement le premier secrétaire et à travers lui la direction d’un parti qui ne sut jamais durant les cinq dernières années se démarquer des errements du quinquennat. Ultime pied de nez, il faut que le ministre de l’Intérieur que se sont choisi Hollande et Cazeneuve soit rattrapé par les affaires. Un de plus. On ne nomme pas un simple « serre-file » du groupe à l’Assemblée à un tel poste, même pour quelques mois, sans une inconscience coupable. L’on découvre qu’il faisait travailler des enfants, les siens, comme collaborateurs parlementaires. « Job d’été », ose-t-il encore pour une défense impossible… La porte sans détour s’impose ! Hamon n’en est pas comptable, mais il sera forcément éclaboussé par les dernières avanies hollandaises… au moment où disparaît un homme de gauche, en la personne d’Henri Emmanuelli.
Et puis, quitte à se référer à d’autres priorités que celles des grands médias, il y a le climat de plus en plus inquiétant. Non pas même le climat politique dans ce pays, mais le climat tout court à l’échelle planétaire qui donne des signes de plus en plus sinistres de dérèglement. Ainsi, l’Onu confirme que 2016 fut bien l’année la plus chaude de l’histoire humaine, battant le triste record de 2015, avec une accélération de la dégradation qui ne peut laisser indifférents que les climatosceptiques irresponsables. Les phénomènes extrêmes sont à l’ordre du jour, aujourd’hui, demain, immédiatement, pas dans un futur lointain, avec les conséquences humaines dramatiques qu’ils emportent et un coût économique que l’on peine à imaginer tant il risque d’être effarant. Il n’y a que les « fous » à l’image de Trump pour ne pas s’en soucier au nom des fumantes évaluations « alternatives » qu’ils s’inventent. Lors du débat, Le Pen en a donné une autre illustration avec son argumentation « débile » sur le diesel et les autres questions écologiques qu’elle nie soulignant son profil de candidate décidément à part, sur les questions démocratiques, on le savait, mais aussi sur tous les autres enjeux humains.
Alors, ils ont débattu, sérieusement, longuement, sans se départir d’une certaine tenue dans les échanges. À ce titre, l’exercice en sa dimension démocratique est réussi et a tenu mobilisés quelque dix millions de personnes en dépit de l’heure tardive. On regrettera cependant plusieurs anicroches en partie imputables aux deux juges arbitraux, plus secrétaires de séance que journalistes. La « relance » leur était semble-t-il interdite par convention. Des affaires, il ne fut donc que très peu question, comme si la discussion programme contre programme pouvait s’exonérer des mœurs de ceux qui ont été désignés pour les porter. Une « anomalie » favorable à Fillon et à Le Pen. Le premier a simplement envisagé de désigner, s’il était élu, une commission à la manière de Clemenceau qui en connaissait la fonction funèbre. La seconde a avoué « bien aimer » les institutions antidémocratiques de la Ve République, sans doute dans la version des origines algéroises. Mélenchon comme Hamon ont plaidé avec fougue pour la VIe République avec le recours à une constituante, alors que Macron est resté sur la réserve avec quelques mesures bien senties mais sans projet d’envergure sur le sujet. Il y a pourtant urgence, y compris pour mettre à l’ordre du jour un changement de cours économique et social.
Au chapitre des promesses sociales, aucun des membres du « club des cinq » n’a été dans la retenue, tous affichant à partir de propositions différentes, chiffrées de manière plus ou moins approximative, une amélioration de la condition matérielle du citoyen français. C’est vrai que cette séquence avait quelque chose d’assez enfantin. Ils promettaient, on avait du mal à les croire sur parole. Seul moment criant de vérité quand Macron eut l’aplomb de répondre à Mélenchon qu’avec lui, les heures supplémentaires dès la 36e seraient payées au moins 25 % supplémentaires et non pas à 10 % comme le prévoit la loi travail de El Khomri. Pareillement sur la référence légale aux 35 heures que Fillon veut supprimer et Macron conserver avec la gauche tout en les contournant par des accords d’entreprise majoritaires. Mélenchon lui expliqua qu’en bas le rapport des forces était souvent défavorable aux salariés et le mit quelque peu en difficulté. Dommage qu’Hamon ne soit pas venu en renfort et surtout qu’aucun ne se soit référé à une « hiérarchie des normes » qui est constitutive comme d’autres principes de gouvernance de l’État de droit. Pendant ce temps, Le Pen se livrait à son exercice préféré de grossière démagogie réservée à une base qui n’attend rien d’autre.
Quand il fut question d’immigration, de tranquillité ou de sécurité publique, Le Pen afficha aussi sa singularité, son penchant pour les solutions aussi « simplistes » que brutales, se démarquant de tous les autres parce que venue d’une « fachosphère » qui ment comme elle respire. Elle n’a donc probablement convaincu personne en dehors des siens avec ses harangues de haine à peine contenues sur le plateau. Ses contradicteurs, non sans raison, ont essayé de s’adresser aux électeurs de la démagogue. Macron l’a mouchée efficacement sur les divisions de la société qu’elle entretient. Ce positionnement des uns et de l’autre peut avoir eu quelques résultats positifs, on verra. Mais s’il doit y avoir un grand regret, c’est l’absence ou presque de l’Europe du menu. Certes, Fillon dans un développement remarqué a accusé Le Pen de conduire « le pays au chaos » sur ce plan, certes Macron a redit son opposition irréductible à la tenante d’une rupture avec l’Union qui lui fait trouver « formidable » le Brexit. Mais, il en faudra davantage pour l’emporter en positif, pour l’Europe que nous voulons à gauche quand Mélenchon a « la main qui tremble » sur ce point. Rendez-vous avec cette exigence première lors des prochaines échéances du genre, début avril.
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