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| Le Pen et Wilders (photo © AFP). |
Défaits sur le front néerlandais, les populistes et autres fascistes n’ont pas dit leur dernier mot, sans doute. Geert Wilders a dû reconnaître son échec avec un gain certes de quelques points par rapport à 2012, mais sans égaler son score de 2010. Une défaite retentissante des partisans de la haine après l’échec de leurs semblables autrichiens à l’automne. Le PVV – parti de la Liberté, parti frère du FN – est sèchement écarté du jeu politique. Comme son homologue français, il prétendait enclencher une dynamique infernale de « Nexit » avant celle d’un « Frexit » dont les Européens ne veulent pas. Un grand tour de passe-passe a cependant éclipsé l’autre grande défaite du jour. Celle des tenants de l’austérité libérale incarnée par le Premier ministre sortant et ses alliés sociaux-démocrates. Mark Rutte se proclame vainqueur des populistes mais son parti perd près d’un quart de son influence quand ses complices du PvdA laissent dans l’affaire plus des trois quarts de leurs électeurs et de leurs députés. La célébration empressée de la victoire par les capitales européennes a quelque chose de « ridicule » quand le Président de l’Eurogroupe, Dijsselblohem, issu de cette social-démocratie, est au nombre des grands battus de ces élections générales.
Au moment où Trump au travers de son premier budget affiche une folle volonté de réduire toutes les dépenses publiques hormis celles consacrées à la sécurité et à la défense, l’Europe doit se positionner sur une tout autre ligne. L’austérité ne se lit pas forcément dans l’atonie de la croissance qui en est davantage la conséquence que la cause, même si elle en accentue la rigueur en retour. Les bons chiffres de l’économie néerlandaise – plus de 2 % de croissance, un chômage au plancher, des déficits publics contenus – ne rendent pas compte de la situation vécue par ceux qui ont le plus besoin des aides publiques, des plus pauvres aux plus âgés souvent en passant par les acteurs de la Culture, de la santé ou de l’éducation. La leçon néerlandaise est donc double et résonne à gauche comme un avertissement à ceux qui seraient tentés de marcher dans le sillage du Président de l’Eurogroupe. C’est le naufrage assuré comme l’a éprouvé avant lui Papandreou, ex. chef du Pasok – mouvement socialiste panhellénique – à Athènes. L’heure est bien à une Europe des solutions qui se doit, au-delà de l’indispensable combat démocratique sans exclusive, d’assumer la résolution des problèmes sociaux les plus cruciaux. Cela suppose non pas moins d’Europe mais plus d’Europe, non pas moins d’interventions publiques mais bien davantage. La régulation et la redistribution des richesses sont à ce prix.
La contradiction réside cependant dans le peu d’empressement des électeurs à se tourner directement vers les gauches dans leur diversité. Certes, avec ou sans les sociaux-démocrates, ceux qui revendiquent leur appartenance à une culture de gauche sont majoritaires aux Pays-Bas mais sans conséquence prévisible au plan gouvernemental tant la coalition des cinq partis concernés reste improbable. Il n’empêche, après le Portugal, après l’Espagne, il en va d’une perspective de recomposition future. Malheureusement, ce qui domine encore c’est l’émergence de « centristes » assez fiables sur le plan démocratique mais « inutiles » quand ils ne sont pas « dangereux » au plan social. C’est le cas aux Pays-Bas du jeune leader du parti écolo de gauche, Jesse Klaver, et de plusieurs responsables de Démocratie 66 – sociaux-libéraux. Trudeau, le charismatique chef du gouvernement canadien leur sert de modèle. Issus d’une petite bourgeoisie éduquée et « branchée », ils veulent bien « moderniser » la société, accueillir avec humanité ceux qui sont persécutés, mais il ne faut pas compter sur eux ni pour la justice sociale ni pour l’égalité qu’ils perçoivent comme contraire à la « liberté d’entreprendre » et de réussir.
Cette grille de compréhension fonctionne à Paris. À l’extrême-droite, Le Pen incarne ce populisme de la haine – confirmée par les propos négationnistes de l’un de ses cadres départementaux. Elle le conjugue avec une référence implicite aux fondamentaux fascistes du siècle dernier. À droite, Fillon décline le populisme contre la justice, l’austérité promise à tous hormis les plus privilégiés et la corruption, devrait-elle encore être jugée. Et puis, il y a Macron, le jeune homme pressé qui se rêve en « être providentiel », ni de droite, ni de gauche, Européen convaincu, modérément démocrate, inspirateur avant d’en être porteur d’une politique économique et sociale régressive, caricature de la politique de l’offre, lois Macron et El Khomri à la clé. La gauche ne sait pas hélas se mouvoir dans ce paysage. Mélenchon fait assaut de propos antieuropéens et refuse toute logique unitaire. Hamon, mieux orienté sur l’Europe et sur les questions sociales, se laisse parfois déporter vers le « made in France » de Montebourg. Si bien que là où l’unité s’imposerait, elle est remise à plus tard, au risque de voir les forces de gauche réduites aux utilités d’un second tour fait pour Macron qui ne changerait pas grand-chose s’il était élu par rapport au quinquennat de Hollande. C’est préférable à la « catastrophe » bien sûr mais pas à la hauteur des enjeux.
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