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| "Pulse of Europe" à Francfort le 5 février dernier (photo © infinitycuriosity.eu). |
On la dit affaiblie et elle l’est. On la dit parfois bancale, souvent compliquée, bureaucratique et impuissante d’autres fois, non sans raison. Mais nous lui devons de vivre en paix au moins sur le continent et malgré la guerre contre le terrorisme. Nous lui devons de pouvoir exercer « naturellement », sans contraintes, les libertés publiques et démocratiques. Nous lui devons d’avoir été protégé pour l’essentiel des soubresauts les plus violents de la crise de 2008-2009 et de la brutalité de la mondialisation libérale, en aurions-nous subi de sérieux dommages en matière de cohésion sociale par le développement des inégalités. Dans tout cela, les instances communautaires, Commission, Conseil, Parlement, elles-mêmes produits d’avancées chaotiques, ont une large part de responsabilité. Si bien que si le plateau de la balance penche nettement en faveur d’une appréciation positive de la construction européenne, celle-ci est perfectible par définition, que l’on prétende la réformer ou la réorienter en profondeur sur d’autres bases. Il n’est en revanche pas contestable que ce patrimoine européen commun ne fait pas l’unanimité des 508 millions d’Européens. Partout ou presque au sein des 28 États membres un sentiment d’insatisfaction se fait entendre, exploité principalement par les formations populistes et néofascistes qui s’en sont emparées. Le rapport des forces même dégradé confirme pourtant qu’un tiers des Européens la soutient quand un quart la combat, avec de fortes disparités régionales – 61 % des Français par exemple se revendiquent « Européens ». Tout n’est donc pas perdu. Mais encore faut-il que ces Européens de cœur et de culture se fassent entendre, aspireraient-ils selon leurs convictions forcément diverses à une Europe des solutions elles aussi au pluriel. C’est de cette « envie » de ne plus se taire qu’est né le mouvement, la mouvance, l’initiative « Pulse of Europe » qui a pris son élan comme une évidence tranquille en janvier à Francfort, portée par deux avocats et leurs amis avant de gagner d’autres villes allemandes, autrichiennes, françaises, suisse… par une sorte de contagion transversale. Ils étaient ainsi cinq mille, le 12 mars, sur la Gendarmenmarkt à Berlin. Rassemblement citoyen pour dire haut et fort dans toutes nos langues sur un vieux tube de Schiller mis en musique par Beethoven que nous ne nous laisserons pas diviser et dépouiller de notre patrimoine commun par les harangues sauvages de la méfiance, du repli sur soi, du huis clos national et de l’enfermement d’où qu’elles viennent. Nous tiendrons le choc et ils ne « passeront pas » aujourd’hui comme hier.
Face à ce « Brexit » douloureux que d’aucuns voudraient transformer en « Nexit » aux Pays-Bas ou en « Frexit » en France. Nous ne nous y résoudrons pas, ils sont prévenus. Le « Brexit » s’est joué sur un coup de dés d’un Premier ministre, Cameron, irresponsable. Il a mobilisé sans en maîtriser la dynamique une foule avant tout anglaise et rurale, formée en majorité de retraités et de salariés déclassés, victimes de la crise. Comprendre leurs « souffrances » sociales n’aurait jamais dû conduire à chevaucher leurs délires identitaires, sécuritaires, contre tout et surtout contre ce qu’ils ne comprenaient pas parce qu’exclus de ce qui se vivait à Londres et dans les cités écossaises ou irlandaises plus en phase avec leur époque. Les fractures territoriales sont toujours un poison violent. Un gouvernement de droite a prétendu ensuite « respecter le vote du peuple » et s’engager dans un divorce à l’amiable, une rupture sans frais avec Bruxelles. Mirage dont le gouvernement May a abusé aux Communes comme à la Chambre des Lords avec la complicité de la direction Corbyn du parti travailliste. L’histoire les rattrape à l’heure de la conciliation. Londres est toujours membre de l’Union à ce jour et pour plusieurs années encore. Le gouvernement May ne saurait se départir des engagements du Royaume-Uni à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Le sort de plus de cinq millions d’Européens – ressortissants britanniques vivant sur le continent ou autres ressortissants européens vivant en Grande-Bretagne – doit être garanti au plan des droits démocratiques et sociaux et ce n’est aucunement « discutable ». Les seuls accords qui vaudront si la Grande-Bretagne ne revenait pas sur ce pari « idiot » seront ceux conclus avec l’UE et non par quelques arrangements bilatéraux opaques, non seulement parce que le droit communautaire l’exige mais parce que c’est le seul moyen de parvenir à une séparation raisonnable avec un partage équitable de l’héritage et des charges. Sauf, bien sûr, si d’ici là une pression forte s’exerce et si la note particulièrement élevée fait que l’égarement d’un moment s’avère sans suite irréversible. Alors et seulement alors, beaucoup de choses redeviendront possibles. Nous n’en sommes pas là. Pour l’heure, coopération ouverte et fermeté par rapport au gouvernement May doivent se conjuguer avec l’objectif du maintien des Britanniques dans l’Union. Tout simplement parce que c’est « la » solution et qu’il n’y en a pas d’autre « vivable ». On s’en rendra compte dès que les négociations seront engagées.
Face à la crise ouverte par Erdogan non seulement en Turquie où les libertés sont foulées aux pieds par le dictateur islamiste, mais aussi dans plusieurs pays de l’Union qui ont dû faire face aux insultes – « survivance du nazisme » – et provocations d’Ankara sans forcément éviter le piège tendu. Ce fut le cas aux Pays-Bas à quelques jours des élections législatives après une campagne violente et haineuse contre l’immigration et contre l’Europe du PVV – parti de la liberté – de Geert Wilders, parti frère du FN de Le Pen. Des associations de l’immigration turque entendaient tenir meeting en vue du plébiscite par lequel Erdogan prétend asseoir un pouvoir sans partage. Interdire de tels rassemblements même avec la participation de ministres turcs n’était pas opportun tant, ici, les libertés démocratiques sont la règle et s’appliquent à tous. Le gouvernement Rutte à La Haye a joué la surenchère sur un registre plus modéré que celui de Geert Wilders comme il l’a fait tout au long de la campagne électorale pour « contrer », prétend-il, le PVV. Les ministres de Maizière et Schaüble ont fait de même à Berlin sur fond de silence pesant de Merkel et des alliés sociaux-démocrates. Les uns et les autres ne peuvent oublier que si Erdogan se sent si fort c’est en partie en raison de l’accord passé avec l’UE qui lui sous-traite au prix fort le contrôle des flux migratoires en provenance du Proche et Moyen-Orient par les routes du bassin oriental de la Méditerranée. En France, ceux – Fillon, Le Pen et mezzo voce Macron – qui ont protesté d’un manque de solidarité européenne de Paris autorisant un meeting sans problème à Metz se trompent de cible. La solution consiste à respecter scrupuleusement les libertés publiques qui doivent s’appliquer aux partisans d’Erdogan comme à ses adversaires, singulièrement en Allemagne. Et naturellement, le plébiscite turc ne doit pas être reconnu comme valide ni par l’Union, ni par la communauté internationale qui doit se disposer à adopter des sanctions économiques si Ankara persiste à s’éloigner des normes de l’État de droit et du respect des libertés publiques. Celles des Kurdes en particulier dans le sud-est du pays soumis à une répression féroce qui détruit tout sur son passage, habitat comme infrastructures. Les deux choses sont complémentaires comme l’a souligné Hamon lors de son passage en Guadeloupe. Pendant ce temps, Mélenchon était à Rome pour « taper » sans le moindre discernement sur l’Europe, ce qui est déjà contestable, mais qui plus est aux côtés d’un député représentant le mouvement populiste « Cinq étoiles » de Beppe Grillo, ce qui est pour le coup absolument inacceptable. Raison de plus pour que les partisans d’une Europe fédérale, des États-Unis d’Europe – nous les souhaitons « socialistes » sans en faire un préalable – se fassent entendre plus haut, plus fort pour dissiper ces « bruits » discordants.
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