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| Photo DR. |
On peut l’espérer avec les derniers événements de la campagne électorale qui font effectivement « bouger » les lignes. L’accord entre Macron et Bayrou avec Cohn-Bendit dans le rôle de l’entremetteur pour donner davantage de force au « centre branché », rejoint par une aile de la droite classique, est positif car il offre une alternative plus crédible, au-delà de la gauche, aux conservateurs refusant la dérive de Fillon vers la droite extrême. De quoi interpeller les soutiens de Juppé parmi d’autres. Une droite et un centre modérés, acquis à la construction européenne, ne cherchant pas à chambouler le paysage. C’est la marque de Macron dont attestent les annonces chichement distillées de son programme économique. Il est bien l’héritier du quinquennat de Hollande dont il entend cristalliser les « acquis » auprès des entreprises en matière d’exonération de charges sociales. Son souci, améliorer à la marge par une gestion « intelligente » ce qui ne marche pas afin de « moderniser » le système. Gérer en « bon père de famille », le point d’équilibre entre le tracteur et la start-up, pour résorber le chômage de masse avec les recettes qui ont fonctionné ailleurs – en Allemagne notamment – avec ce qu’il faut d’investissement pour la formation avant les sanctions en cas de refus de l’emploi proposé. Il préconise 60 milliards d’économie sur la dépense publique gagés sur le non-remplacement de 120 000 des 500 000 fonctionnaires qui partiront à la retraite d’ici 2022. Il promet un treizième mois effectif pour les salariés payés jusqu’à 1,3 fois le Smic et souhaite exonérer de taxe d’habitation 80 % des ménages en ciblant les « classes moyennes » que l’État compenserait auprès des collectivités sans aller jusqu’à réviser des bases d’imposition parmi les plus injustes en Europe… Pas de quoi effrayer les ouailles du Medef avec juste ce qu’il faut de « justice sociale » apparente pour l’emporter. Il est en revanche un domaine où la paire de duettistes peut armer une bombe à retardement, c’est dans le domaine de la moralisation de la vie publique car celle-ci est incompatible avec la survivance d’une Ve République antidémocratique, marquée dès ses origines par la corruption, un mode de domination brutal et opaque, une présidence juridiquement « irresponsable » et d’innombrables scandales dans les arrière-cuisines. Une exception en Europe toujours objet d’incompréhension. La gauche doit dire « banco » à cette exigence avec ses propres propositions, en allant jusqu’au terme d’une « démocratisation radicale » avec l’avènement d’une VIe République plus sociale et enfin démocratique préfigurant l’Europe que nous voulons.
Une gauche pas encore rassemblée mais qui enregistre avec le désistement de Jadot l’enclenchement d’une dynamique positive. Ceux qui annonçaient l’éclatement dès lors qu’Hamon serait choisi par les électeurs de la primaire en sont pour leurs frais même si les crocs-en-jambe de quelques membres du gouvernement sont encore probables. Cela ne veut pas dire que cela se fait sans grogne ni difficultés mais le convoi s’est mis en ordre de route. Une proposition comme celle d’un Parlement de la zone euro met en difficulté Macron et le centre parce qu’elle ajoute la démocratie à l’exigence d’une gouvernance commune. Il reste à en faire autant sur la VIe République revendiquée de manière incantatoire mais sans plus de précisions. Comment enclencher le processus constituant et le mener à bien dans des délais raisonnables dans la transparente et de manière démocratique. Au lendemain d’une éventuelle victoire électorale, serait le mieux bien sûr. Pour que cette victoire devienne possible, il faut cependant que les soutiens de Mélenchon, au-delà du Caudillo lui-même, prennent toute leur place dans la démarche unitaire. Cela vaut en particulier pour le PCF comme pour Ensemble ainsi que pour la grande majorité des adhérents de la France insoumise. C’est à eux de conduire Mélenchon sur la voie de la raison et à la condition que Hamon fasse les gestes nécessaires. Cela suppose l’abandon définitif de la petite musique du « ni droite, ni gauche » et de la propension à se définir comme « patriote ». La question européenne est décisive. Mélenchon l’a redit et le répète à chaque intervention. Il veut renégocier les traités et soumettre le résultat aux Français par référendum pour décider de rester ou de sortir de l’Euro et de l’Union. Sans lui faire l’injure de le comparer à Le Pen, sa proposition et la sienne se rejoignent sur le fond. Or, s’il fut un temps où l’unité nationale et « la défense de la patrie » – à la condition qu’elle fût attaquée de l’extérieur lors d’une « guerre injuste » – avait un sens, aujourd’hui le mot est creux et dangereux car l’intérêt général est celui des solidarités européennes et de la souveraineté démocratique à cette échelle. Tout est par définition discutable, pas cela. Revenir en arrière serait en effet « mortel » pour ceux qui prétendraient le faire à l’image de la Grande-Bretagne. Pour la France, l’hypothèse médiane de l’Institut Montaigne évoque un coût direct de 180 milliards d’euros, la perte d’au moins 500 000 emplois et un recul du Pib jusqu’à neuf points… Les soutiens de Mélenchon ne font pas forcément leur cette « vision » du candidat. Ils doivent en tirer la conséquence, soit le convaincre, soit l’abandonner et s’engager pour porter la gauche rassemblée dans sa diversité au second tour de la présidentielle et dans chaque circonscription.
La gauche comme toutes les forces de l’axe démocratique est confrontée à la menace toujours réelle de Le Pen qualifiée au second tour alors qu’elle représente un danger majeur pour la cohésion de la société, le pays, l’Europe et le monde. Elle est l’initiatrice d’un possible « Frexit » qui anéantirait la construction européenne au profit d’un régime autarcique qu’elle veut désormais militariser en portant l’effort de guerre à 3 % du Pib quand toutes les forces de l’axe démocratique n’entendent pas aller au-delà de 2 % déjà difficiles à atteindre à la fin du prochain quinquennat si tant est que ce soit souhaitable. Le Pen, c’est encore la corruption en bande organisée comme le prouvent les affaires dont elle et les siens ont vécu, à Paris, à Bruxelles ou Strasbourg. Elle refuse de répondre aux enquêteurs qui ont mis en examen sa cheffe de cabinet. Elle représente un ordre brun ou noir où tout est permis aux plus forts. Elle rêve d’imiter Trump et se réfère à un concept central de la diplomatie de Poutine, celui de « monde russe » qui a servi de prétexte à l’annexion de la Crimée et à l’agression de l’Ukraine. Elle ne doit pas figurer au second tour, les sondages la donneraient-ils encore qualifiée dans un fauteuil. Cela suppose une campagne contre la haine de l’ensemble des forces démocratiques qui passe par des explications plus que par des allusions car il faut convaincre ses électeurs potentiels. Cela passe par l’exigence qu’elle rende des comptes à la justice et que son immunité parlementaire soit levée. Cela suppose une présence de terrain dans les quartiers et les localités où les fascistes engrangent parce qu’ils sont seuls, mentant et manipulant les électeurs les plus fragiles. Cela suppose enfin que l’espoir d’une vie meilleure qui passe forcément par l’Union soit mis au premier plan de la campagne de la gauche seule à le porter jusqu’au bout. L’unité des gauches en un front respectueux des différences mais sans faille sur l’opposition entre une politique de transformation sociale et démocratique qu’il faut féconder d’un contenu positif et la régression, le repli et le retour aux pires heures de l’histoire du pays et de ses voisins allemands ou italiens au siècle dernier. Affirmer haut et fort les valeurs de la gauche partout et avec tous les partisans des droits et libertés démocratiques réduire les fantasmes de victoires électorales de l’extrême-droite. Cela vaut tout autant pour l’élection présidentielle que pour les élections législatives. Ce serait le moyen le plus sûr de nous rapprocher des normes européennes car quand bien même les fascistes ne reculeraient pas suffisamment cette fois, il importe de leur interdire les allées du pouvoir et que leur capacité de nuisance soit pratiquement réduite par la coalition de ceux qui leur font face, ici comme ailleurs.

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