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| Le Pen (photo © AFP). |
Elle se dévoile sans craindre les réactions d’une base haineuse qui n’attendait que cela. Elle, la candidate néofasciste qui menace les fonctionnaires de représailles si elle devait arriver au pouvoir. Un grand classique de tous les apprentis dictateurs et une preuve supplémentaire qu’elle n’est assimilable à aucune autre candidature, que le FN n’est pas un parti comme un autre. Le fascisme tel que l’Europe le connut dans les années trente et quarante du siècle précédent s’accompagne, selon les mots de l’époque, de la destruction des organisations « ouvrières » dont bien sûr les organisations syndicales. Il faudrait être irresponsable pour ne pas voir dans ce nouveau signal la preuve que la situation est grave. Personne dans l’autre camp, celui des partisans des libertés démocratiques et de l’État de droit comme principe de gouvernance, n’a le droit moral de n’en tenir aucun compte car s’il est encore temps de réagir, nous ne saurions remettre à demain la mobilisation contre la menace hideuse du fascisme.
Fillon, héritier de la sarkozie, candidat adulé d’une droite extrémiste, est lui aussi face à ses turpitudes. L’une et l’autre ont bafoué les règles élémentaires d’un engagement public qui ne saurait se confondre avec des bénéfices privés petits et grands. Dans leur cas, c’est en centaines de milliers d’euros pour l’un, en millions pour l’autre qu’il faut compter les détournements soupçonnés d’argent public. Un préjudice qui lèse gravement ceux qui ne vivent que de leur travail et contribuent par l’impôt au fonctionnement de la société. Dans le cas de la candidate néofasciste, ce sont tous les Européens qui ont été « volés ». De tels actes commis, circonstances aggravantes, par des personnages exerçant des responsabilités publiques appellent la plus ferme condamnation, poursuites et sanctions à la clé. Il en va de la justice comme de la morale publique sans laquelle la société dans son ensemble est vouée à sa perte. Ceux qui agitent le « tous pourris » en sont en fait la plus parfaite expression.
Un électeur sur quatre serait-il prêt à se faire complice des fascistes, il en reste trois pour s’y opposer. Ce sera éventuellement l’enjeu principal d’un second tour où figurerait la candidate néofasciste. Une responsabilité qui implique de ne rien faire qui puisse empêcher la mobilisation pour défendre la démocratie contre les assauts de ceux qui la haïssent et rêvent de l’asservir. Les discours outranciers doivent être bannis de la campagne. Quand Hamon dit que le programme de Macron, c’est celui de Fillon avec le sourire en plus, il dessert son camp et celui de tous les tenants des libertés publiques. Fillon a un programme de « casse » sociale généralisée quand Macron s’inscrit dans la continuité du quinquennat. On peut au nom d’une vision de gauche critiquer durement l’héritage de Hollande incarné par Macron, se défier de son « ni de droite, ni de gauche », mais pas le confondre, parce que cela n’a aucun sens, avec la feuille de route de la droite extrême. Cela vaut d’ailleurs pour Fillon dont le parti et les traditions politiques, au-delà d’une porosité certaine avec l’extrême-droite, ne sont pas assimilables au fascisme.
Ne pas jouer la campagne du premier tour en pensant qu’il sera toujours temps de se retourner si la situation devait l’exiger. Chacun à sa place, responsables politiques, institutions et citoyens se doivent de peser dès maintenant pour assainir le climat politique. C’est vrai des candidats et de leurs soutiens qui doivent dire dès à présent à leurs électeurs que si elle devait être qualifiée, alors il faudrait que pas une voix ne manque pour la défaire au second tour. Laisser dire le contraire, revendiquer une abstention « irresponsable » – en 2002, l’issue n’a jamais été « incertaine » –, c’est directement faire le jeu de la candidate néofasciste. Les organisations syndicales, elles, doivent riposter et donner une consigne de vote unitaire contre celle qui les menace – « pas une voix au premier tour et à plus forte raison au second si… ». Enfin, les citoyens doivent exiger la levée de l’immunité parlementaire de l’une et l’application du principe qui voudrait qu’un candidat mis en examen ne puisse pas se présenter. Ce que ne prévoit pas la loi, des millions de voix peuvent y pourvoir au nom de la moralité publique.
Tout cela est souhaitable, nécessaire, indispensable même, mais ne règle en rien les débats du futur que nous voulons. Raison de plus pour embrayer sur le fond des accords et des désaccords à gauche où se situe l’essentiel du débat politique sur la question sociale, sur les questions démocratiques, sur l’Europe et l’euro, sur les enjeux de société. La non-qualification de la gauche pour le second tour serait un « drame historique », qu’elle se doit de conjurer à la faveur d’une « coalition ». Miser sur une recomposition favorable à l’issue d’une défaite honorable alors que le fascisme menace n’est en rien raisonnable. C’est pourquoi nous nous associons à la demande conjointe de Libération, Mediapart et Regards pour qu’un débat public et transparent ait lieu entre Hamon et Mélenchon (lire ci-dessous). Rien absolument rien ne doit être négligé pour que le pire ne soit pas au rendez-vous le 23 avril et le 7 mai. C’est à nos yeux la voie de la responsabilité qui doit s’imposer à tous et à chacun à gauche.
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Pourquoi nous voulons un débat Hamon-Mélenchon
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| Photo © Reuters. |
À l’appel de Libération, Mediapart et Regards
Depuis plusieurs jours, Libération, Médiapart et Regards appellent ensemble Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon à débattre publiquement de ce qui les distingue dans la course à la présidentielle et justifie ainsi une impossible entente aux élections à venir. Les électeurs de gauche sont en droit de savoir ce qui interdit véritablement une candidature unique. D’où cet appel à un débat public.
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon seront donc tous les deux candidats à la présidentielle « jusqu’au bout ». C’est ce qui a été acté lors d’un dîner entre les deux hommes vendredi soir, dans un restaurant chilien du quartier Ménilmontant, à Paris. Dîner tenu secret et à huis clos, et dont l’existence a été révélée par un collaborateur du site culturel Diacritik qui se trouvait là par hasard. Les entourages ont dû confirmer puis les deux candidats commenter en quelques phrases lapidaires l’impossibilité d’une fusion des candidatures et d’une union de la gauche.
En faisant le choix de maintenir et l’un et l’autre leur candidature, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon prennent la responsabilité historique de voir la gauche éliminée dès le premier tour de la présidentielle, le 23 avril. Ce ne sont pas seulement les sondages qui le laissent prévoir, mais un examen de terrain et une analyse des tendances de cette campagne. Benoît Hamon ne parvient pas même à convaincre les électeurs socialistes et l’appareil du PS. Jean-Luc Mélenchon ne réussit pas plus à élargir ses soutiens et imprimer une dynamique nouvelle à sa campagne.
Sauf accident ou énorme événement politique (il n’en a certes pas manqué depuis le début de cette campagne), l’élimination de la gauche et des écologistes est une quasi-certitude. Un dîner à huis clos entre deux hommes peut-il tenir lieu de délibération quand des millions d’électeurs de gauche s’interrogent et soupèsent le pour et le contre de ce qui pourrait devenir une candidature unique ?
Ce lundi, Jean-Luc Mélenchon évoque « l’avenir de l’Union européenne » comme irréductible désaccord. C’est effectivement le point de rupture le plus sensible. Mais un compromis est-il absolument impossible, une fois laissées de côté les positions incantatoires de l’un et l’autre camp ? De son côté, Benoît Hamon a gagné une primaire sur une ligne de gauche et remet au cœur des priorités politiques la question sociale, l’urgence démocratique et la nécessaire transition écologique. Ces thématiques se retrouvent en toute aussi bonne place dans le programme de la France insoumise. Il faut donc en conclure que la somme de leurs convergences est moins importante que la soustraction de leurs désaccords. Encore faut-il qu’ils en fassent la démonstration. Publiquement.
Un point notamment nous semble devoir faire l’objet d’une discussion : celui de la réforme institutionnelle dans une démocratie à bout de souffle. Assemblée constituante voulue par le candidat Mélenchon ; changement de République et de système de représentation politique chez le candidat Hamon : n’y a-t-il pas là un socle commun à partir duquel, justement, se redéfiniront les politiques à mettre en œuvre ? Si le maintien des candidatures d’Hamon et Mélenchon se justifie sur le fond et la forme – ainsi en ont-ils décidé —, ils doivent des explications circonstanciées, publiques, aux électeurs. Un débat s’impose entre les deux figures pour mieux éclairer le choix que devront faire les électeurs – notamment de gauche.
Ce débat que nous proposons est donc une initiative d’explication et de sursaut. Explication pour comprendre exactement comment Hamon entend gérer l’héritage du quinquennat Hollande et s’en émanciper ; pour comprendre si Mélenchon est disposé à ne pas seulement s’engager dans une aventure présidentialiste isolée. Sursaut pour entamer la reconstruction de la gauche dès aujourd’hui, sans attendre qu’une défaite assurée ne la rende plus longue, plus complexe, plus douloureuse encore.
Il ne nous appartient pas d’appeler à une candidature unique de la gauche. En revanche, l’exigence d’un débat public – face à la menace d’une droite conservatrice et d’une extrême droite désormais aux portes du pouvoir – relève de la responsabilité des candidats de la gauche. Ils doivent cette discussion croisée aux Français. C’est la raison pour laquelle les rédactions de Libération, Mediapart et Regards s’associent pour organiser un débat vidéo en direct de deux heures, de 20h30 à 22h30, et invitent Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon à en accepter le principe. Nous restons à la disposition de leurs équipes pour affiner le cadre de ce débat.


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