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| Trudeau et Trump (photo © AFP), Iglesias au congrès de Podemos (photo © AFP), Macron en meeting (photo © AP). |
Un air de folie sur Wall Street et la finance mondiale. Si l’on se demandait quelles conséquences pratiques auraient l’arrivée de Trump aux « affaires », l’on en a aujourd’hui une idée assez claire, pas moins mais plus inquiétante que prévu. Il en va ainsi de cette folle expansion de la capitalisation boursière avant tout sur la principale place financière américaine à Wall Street qui atteste que les investisseurs et autres chasseurs de prime ne raisonnent pas en termes d’intérêt général, ce que l’on savait, ni même en termes de consolidation de leurs propres affaires mais bien plutôt avec l’appât de gains illicites de très court terme – le goût moutonnier du risque maximum en quelque sorte. En à peine trois semaines, l’indice S&P 500 qui inclut un plus grand nombre de valeurs que le Dow Jones a pris un peu plus de 8 %. Plus révélateur encore d’une tendance lourde, celui-ci s’est apprécié de 240 % depuis le plus bas de 2009 bien au-delà de l’effet de rattrapage des pertes induites par la grande crise du début du siècle. Une déconnexion de la finance par rapport à l’économie réelle qui emporte deux conséquences majeures. Elle génère d’abord un creusement sans précédent historique des inégalités, quelques milliers de multimillionnaires s’enrichissant au détriment de l’écrasante majorité de la population mondiale. Elle installe également une perspective probable, si ce n’est inévitable, de crise, de retournement, d’implosion du système que nul pouvoir public national ne serait en mesure de contrôler. L’administration Trump agit donc comme un catalyseur particulièrement dangereux des risques de crises systémiques à l’échelle planétaire, la finance mondiale roulant à tombeau ouvert non pas seulement vers sa perte mais vers celle de tout ou partie de l’humanité. L’exigence démocratique d’une régulation salutaire de cette folle aventure du capital avant qu’il ne soit trop tard ne doit pas rester un vain mot. La seule manière de calmer ce « jeu mortel » réside dans une taxation significative des transactions financières, de cette spéculation aussi légale que gratuite, avec l’objectif d’en redistribuer les revenus de manière équitable sur une base élargie en faveur du développement humain et de la maîtrise des risques écologiques et climatiques. Il y a urgence et l’Europe, l’UE, peut initier le mouvement. Elle en a les moyens sur la base d’une coopération renforcée entre ceux de ses membres dont les plus « lourds » d’entre eux au plan économique et commercial qui l’envisagent sans pour autant l’avoir encore mise en œuvre et à un niveau autre que symbolique – 0,01 %. Le temps presse tant en termes de justice devant l’impôt qu’en termes de conjuration de la catastrophe financière planétaire à laquelle conduit la dérégulation de Trump.
Washington ou la diplomatie de la force brute. Trump est adepte du « coup » dans le domaine diplomatique quitte à reculer si « ça coince » ou tenter de passer en force. Dans un monde fragilisé où les modes de gouvernance sont eux-mêmes en crise, singulièrement au plan national, il faut prendre la mesure là aussi de la menace, de l’instabilité créée et de la difficulté d’endiguer les comportements de « voyous » dans les conflits en tout genre. D’une certaine manière, ce sont les acquis de la liquidation de la Seconde Guerre mondiale et de la fondation des Nations Unies qui sont en cause. Trump et son administration détestent par-dessus tout les cadres multilatéraux où l’inégalité est encadrée pour leur préférer le rapport bilatéral celui où le rapport des forces s’exprime sans médiation ni règle de droit. Il s’est retiré du cadre du traité transpacifique. Il convie Tokyo et Pékin à renégocier la relation bilatérale. Shinzo Abe a été ainsi entraîné sur un terrain de golf pour céder sur les échanges entre les deux pays au profit du plus fort bien sûr, accompagné d’une réaffirmation de la garantie sécuritaire de Washington. La direction chinoise a eu droit, elle, après les admonestations, à un « cadeau » consistant à reconnaître la validité du principe « une seule Chine », qui signifie que les aspirations démocratiques de Hong Kong et l’effet de contagion qui pourrait en résulter ne seront nullement encouragés, bien au contraire. Le Proche Orient se voit menacé d’un soutien aveugle aux agissements du gouvernement de droite et d’extrême-droite de Tel-Aviv – colonies « légalisées », transfert éventuel de l’Ambassade américaine à Jérusalem. Le Canada s’est vu promettre après le Mexique et ses migrants une renégociation de l’Alena qui lui serait fort préjudiciable en termes d’échanges commerciaux. L’Europe est le prochain « client » sur la liste, après le vif encouragement au « Brexit » selon May, et c’est Berlin qui est en première ligne, là encore, avec l’exigence d’un rééquilibrage des échanges bilatéraux alors qu’ils sont principalement déséquilibrés au sein de l’Union et de la zone euro. Cette nouvelle diplomatie américaine s’accompagne d’une complaisance marquée pour Poutine, « maître chez lui », comme Trump entend l’être aux USA, au nom d’une perspective de retour, serait-elle illusoire au vu du Pib de la Russie, à un monde davantage bipolaire que multipolaire. La force et le « mano a mano », la jungle bien plutôt que les contraintes du droit international. Le piège est armé mais rien n’oblige à entrer dans l’engrenage d’autant qu’aux États-Unis, la résilience de la société et la résistance multiforme des citoyens comme des institutions prennent de l’ampleur. C’est cette carte « démocratique » d’un non-alignement du XXIe siècle qu’il faut jouer dans la transparence en isolant le despote et ses soutiens, déjà empêtrés dans les scandales, les règlements de compte et les départs précipités dont celui du conseiller pour la sécurité, Michael Flynn, une des rares figures de la fine équipe issues du sérail.
L’UE des 27 entre audace et renoncement. On ne le dira jamais assez mais le « Brexit » voulu par une majorité des Britanniques fut un coup terrible porté à l’Union et demeure le principal défi auquel elle doit faire face. Vue de Londres, la rupture sera prochainement engagée sur une base légale après le vote du Parlement avec la complicité honteuse de la direction travailliste. Elle recèle un risque d’éclatement de l’Union, même à 27, dans la mesure où May exploitera toutes les failles, toutes les divisions, pour obtenir le maximum. Bruxelles, Berlin, Paris et les autres n’en ont pas pris toute la mesure car il ne suffit pas de le dire, voire de le répéter, à la manière de Junker, si rien n’est fait pour s’y opposer. Le terrain de jeu, d’affrontement est connu. Ce sera celui de la baisse des impôts sur les sociétés quelque part entre pratiques irlandaises et paradis fiscaux. L’Irlande qui ne voulait pas du « Brexit » mais qui ne souhaite pas davantage devoir s’aligner sur un niveau d’imposition commun. Une position que partagent dans l’Union plusieurs États moins bien lotis que les premiers de la classe en termes de « compétitivité » et qui comptent pour compenser leur handicap sur l’attractivité de leur taux d’imposition. C’est en ce domaine qu’il faut agir prioritairement en allant résolument vers une harmonisation rapide de l’impôt sur les sociétés en le compensant pratiquement par des transferts de valeurs assumés envers les plus faibles. C’est difficile sans aucun doute. Les opinions publiques, en Allemagne et en Europe du Nord notamment, n’y sont pas préparées. Mais, et il faut l’expliquer, c’est le choix qui s’impose si l’on ne veut pas laisser l’avantage de la manœuvre à May dans les relations bilatérales, qui pour être « illégales » n’en seront pas moins sa seule voie de recours. L’Union est en danger en effet et d’autres peuvent être tentés par la partition, le départ, la sécession. Dans ce cadre, les coopérations horizontales entre Londres, son maire progressiste et européen, et les autres capitales urbaines de l’Union peuvent jouer un rôle appréciable afin de conjuguer fermeté envers le gouvernement britannique et ouverture envers ses opposants attachés à l’Union. Cela suppose la clarté sur l’objectif et une grande responsabilité consistant à redonner à tous les Européens et en particulier à ceux qui doutent une perspective enviable, porteuse de plus d’égalité devant l’impôt, de plus de transparence dans le domaine économique et marchand et par-dessus tout d’un développement tirant les standards de vie européen vers le haut. L’Union en a indiscutablement les moyens à la condition que la transparence et la démocratie soient à ce rendez-vous décisif avec sa propre histoire. Cela dépend pour partie de la gauche ou des gauches, sous réserve qu’elles ne s’enferment pas dans le huis clos de l’attente arme au pied parce que rien ne serait possible avant le grand soir toujours repoussé entraînant déception, écœurement et renoncement à agir de manière unitaire. C’est hélas ce qu’a fait le week-end dernier la majorité de Podemos en Espagne, comme le lui proposait Iglesias, à la différence de ce que font Syriza et Tsipras en Grèce malgré un environnement contraint et des difficultés considérables. Le choix s’impose à tous à gauche. Le nôtre est fait depuis longtemps.
Une France affaiblie où le pire n’est pas écarté. La situation française inquiète tant les autres capitales européennes que les investisseurs. C’est cela le bilan d’un quinquennat qui aura tant malmené le pays au nom d’une « croyance » folle en « la politique de l’offre » à laquelle tout ou presque a été sacrifié. Un pays où les pratiques criminelles de quelques « flics » racistes s’assument jusqu’à l’antenne et à plus forte raison lors de « descentes » en règle dans les quartiers où ils font face à une délinquance particulièrement violente. Résultat, plus de dix ans après 2005, on se retrouve au même point, avec le risque d’émeutes urbaines orphelines de la moindre perspective politique – « casser » n’en fut jamais une – si ce n’est que ce climat délétère sert directement le monstre, Le Pen, son front et sa base haineuse. En face ou à côté, Fillon, convaincu aux yeux de l’opinion de « corruption » n’a plus d’autres arguments pour se maintenir que de se prévaloir de la retenue qu’il exercerait auprès d’une partie de son électorat prêt à aller vers Le Pen. Quel meilleur argument pour caractériser son programme de rupture, de « révolution nationale ». Les directions des droites et des centres n’ont pas encore « remercié » celui par qui le scandale est arrivé. Tout simplement parce que Juppé, le mieux placé pour être élu à leurs yeux, est sur une autre ligne et tant mieux. La comédie s’éternise donc alors qu’elle n’aurait pas duré quarante-huit heures chez la plupart de nos voisins. De quoi inquiéter jusqu’au Medef qui s’invite en conséquence dans les débats et reprend, signe des temps, la négociation sur l’assurance chômage. Douterait-il de la victoire tant annoncée et sur laquelle il avait tout misé de la droite la plus antisociale qui soit. À l’autre bout de l’échiquier politique, les gauches ne semblent pas en mesure de peser comme il le faudrait soit parce que le poids du quinquennat qui s’achève pèse lourd dans les valises, soit parce que la dérive du Caudillo, Jean-Luc Mélenchon, désormais abonné non seulement au « protectionnisme national » mais aussi à « la Patrie » le déporte ailleurs, loin des nécessités d’une unité qu’il récuse, indispensable pourtant pour ne pas perdre et faire prévaloir d’autres choix. Et naturellement, dans cet imbroglio, la candidature centriste de Macron, européen convaincu, jeune loup sans programme, peut être perçue comme le meilleur moyen de circonstance pour battre Le Pen. Le voyage à Alger, bien plus révélateur que ceux à Londres et Berlin, le confirme. Tout cela n’est pas réjouissant. Les lignes pourraient certes encore bouger si le rassemblement à gauche pouvait enfin s’opérer, désormais autour d’Hamon et à la condition qu’il s’engage clairement à gouverner en commençant réellement à changer la vie sur le plan social, comme sur le plan démocratique en rupture avec le quinquennat précédent inspiré par Macron aux côtés de Hollande et de Valls. Car il ne suffit pas de pérorer comme le fait Hollande sur « la nécessité de gouverner » sans dire pourquoi le faire. Lui s’y est perdu même à la mesure de Blum ou de Jospin. Sinon la gauche – il faudrait alors le faire faute d’un autre choix – servira d’appoint à Macron contre le monstre. Honorable sans doute mais tellement loin des rêves même les plus réalistes de transformation sociale et démocratique.
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Washington ou la diplomatie de la force brute. Trump est adepte du « coup » dans le domaine diplomatique quitte à reculer si « ça coince » ou tenter de passer en force. Dans un monde fragilisé où les modes de gouvernance sont eux-mêmes en crise, singulièrement au plan national, il faut prendre la mesure là aussi de la menace, de l’instabilité créée et de la difficulté d’endiguer les comportements de « voyous » dans les conflits en tout genre. D’une certaine manière, ce sont les acquis de la liquidation de la Seconde Guerre mondiale et de la fondation des Nations Unies qui sont en cause. Trump et son administration détestent par-dessus tout les cadres multilatéraux où l’inégalité est encadrée pour leur préférer le rapport bilatéral celui où le rapport des forces s’exprime sans médiation ni règle de droit. Il s’est retiré du cadre du traité transpacifique. Il convie Tokyo et Pékin à renégocier la relation bilatérale. Shinzo Abe a été ainsi entraîné sur un terrain de golf pour céder sur les échanges entre les deux pays au profit du plus fort bien sûr, accompagné d’une réaffirmation de la garantie sécuritaire de Washington. La direction chinoise a eu droit, elle, après les admonestations, à un « cadeau » consistant à reconnaître la validité du principe « une seule Chine », qui signifie que les aspirations démocratiques de Hong Kong et l’effet de contagion qui pourrait en résulter ne seront nullement encouragés, bien au contraire. Le Proche Orient se voit menacé d’un soutien aveugle aux agissements du gouvernement de droite et d’extrême-droite de Tel-Aviv – colonies « légalisées », transfert éventuel de l’Ambassade américaine à Jérusalem. Le Canada s’est vu promettre après le Mexique et ses migrants une renégociation de l’Alena qui lui serait fort préjudiciable en termes d’échanges commerciaux. L’Europe est le prochain « client » sur la liste, après le vif encouragement au « Brexit » selon May, et c’est Berlin qui est en première ligne, là encore, avec l’exigence d’un rééquilibrage des échanges bilatéraux alors qu’ils sont principalement déséquilibrés au sein de l’Union et de la zone euro. Cette nouvelle diplomatie américaine s’accompagne d’une complaisance marquée pour Poutine, « maître chez lui », comme Trump entend l’être aux USA, au nom d’une perspective de retour, serait-elle illusoire au vu du Pib de la Russie, à un monde davantage bipolaire que multipolaire. La force et le « mano a mano », la jungle bien plutôt que les contraintes du droit international. Le piège est armé mais rien n’oblige à entrer dans l’engrenage d’autant qu’aux États-Unis, la résilience de la société et la résistance multiforme des citoyens comme des institutions prennent de l’ampleur. C’est cette carte « démocratique » d’un non-alignement du XXIe siècle qu’il faut jouer dans la transparence en isolant le despote et ses soutiens, déjà empêtrés dans les scandales, les règlements de compte et les départs précipités dont celui du conseiller pour la sécurité, Michael Flynn, une des rares figures de la fine équipe issues du sérail.
L’UE des 27 entre audace et renoncement. On ne le dira jamais assez mais le « Brexit » voulu par une majorité des Britanniques fut un coup terrible porté à l’Union et demeure le principal défi auquel elle doit faire face. Vue de Londres, la rupture sera prochainement engagée sur une base légale après le vote du Parlement avec la complicité honteuse de la direction travailliste. Elle recèle un risque d’éclatement de l’Union, même à 27, dans la mesure où May exploitera toutes les failles, toutes les divisions, pour obtenir le maximum. Bruxelles, Berlin, Paris et les autres n’en ont pas pris toute la mesure car il ne suffit pas de le dire, voire de le répéter, à la manière de Junker, si rien n’est fait pour s’y opposer. Le terrain de jeu, d’affrontement est connu. Ce sera celui de la baisse des impôts sur les sociétés quelque part entre pratiques irlandaises et paradis fiscaux. L’Irlande qui ne voulait pas du « Brexit » mais qui ne souhaite pas davantage devoir s’aligner sur un niveau d’imposition commun. Une position que partagent dans l’Union plusieurs États moins bien lotis que les premiers de la classe en termes de « compétitivité » et qui comptent pour compenser leur handicap sur l’attractivité de leur taux d’imposition. C’est en ce domaine qu’il faut agir prioritairement en allant résolument vers une harmonisation rapide de l’impôt sur les sociétés en le compensant pratiquement par des transferts de valeurs assumés envers les plus faibles. C’est difficile sans aucun doute. Les opinions publiques, en Allemagne et en Europe du Nord notamment, n’y sont pas préparées. Mais, et il faut l’expliquer, c’est le choix qui s’impose si l’on ne veut pas laisser l’avantage de la manœuvre à May dans les relations bilatérales, qui pour être « illégales » n’en seront pas moins sa seule voie de recours. L’Union est en danger en effet et d’autres peuvent être tentés par la partition, le départ, la sécession. Dans ce cadre, les coopérations horizontales entre Londres, son maire progressiste et européen, et les autres capitales urbaines de l’Union peuvent jouer un rôle appréciable afin de conjuguer fermeté envers le gouvernement britannique et ouverture envers ses opposants attachés à l’Union. Cela suppose la clarté sur l’objectif et une grande responsabilité consistant à redonner à tous les Européens et en particulier à ceux qui doutent une perspective enviable, porteuse de plus d’égalité devant l’impôt, de plus de transparence dans le domaine économique et marchand et par-dessus tout d’un développement tirant les standards de vie européen vers le haut. L’Union en a indiscutablement les moyens à la condition que la transparence et la démocratie soient à ce rendez-vous décisif avec sa propre histoire. Cela dépend pour partie de la gauche ou des gauches, sous réserve qu’elles ne s’enferment pas dans le huis clos de l’attente arme au pied parce que rien ne serait possible avant le grand soir toujours repoussé entraînant déception, écœurement et renoncement à agir de manière unitaire. C’est hélas ce qu’a fait le week-end dernier la majorité de Podemos en Espagne, comme le lui proposait Iglesias, à la différence de ce que font Syriza et Tsipras en Grèce malgré un environnement contraint et des difficultés considérables. Le choix s’impose à tous à gauche. Le nôtre est fait depuis longtemps.
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