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| Trump (photo DR), Fillon (photo © Reuters), Le Pen (photo DR). |
Il flotte comme une odeur âcre sur le genre humain. Non, que le pire soit désormais inscrit comme une fatalité dans l’avenir de l’humanité mais parce que nous approchons du point de rupture, celui au-delà duquel il sera plus difficile de faire machine arrière. Invitation à réagir et à agir avant qu’il ne soit non pas trop tard car il n’est jamais trop tard, mais avant que le tribut de sang et de larmes à payer pour le « sauvetage », la libération, ne soit infiniment plus lourd. Le Président de la principale puissance militaire de la planète en vient jusqu’à évoquer « l’holocauste nucléaire » lors de ce que l’on hésitera à qualifier de conférence de presse. Le type est « fou », assurément. Il s’en prend aux médias avec une haine invraisemblable. Il ment et raconte n’importe quoi. Ses soutiens venus du milieu des affaires louches et des tréfonds de la réaction ne sont probablement pas en mesure de le « contrôler ». La « bête » leur a déjà échappé. Il peut donc renoncer un jour à une « saloperie » comme il l’a fait pour son décret sur l’immigration pour annoncer pire dans quelques jours. Il peut rayer d’un trait, de quelques mots, l’acquis de plusieurs décennies d’efforts diplomatiques au Proche-Orient pour promouvoir la paix. Un seul État démocratique et laïque où tous les citoyens auraient les mêmes droits serait « binational » ou ne serait pas. La procédure de « destitution » n’en est que plus urgente car ni l’Amérique ni le monde ne peuvent s’accoutumer à cette menace permanente d’une « catastrophe » toujours possible.
La scène politique en France offre quelques similitudes sur l’échelle du risque, il est vrai de moindre intensité. Fillon, le candidat de la droite dure, convaincu de « corruption » aux yeux de l’opinion – 15 % des Français le jugent « honnête » ! – s’accroche à la bouée qui lui vaut de ne pas être encore redevenu un simple justiciable. Comme Sarkozy hier, dans l’espoir de sauver sa peau, il surfe sur ce qu’il y a de pire à la droite extrême et à l’extrême-droite. Il revisite la colonisation contredisant ses propos passés. Il propose d’abaisser la majorité pénale à 16 ans alors que l’engagement international du pays l’exclut fort heureusement – Conventions onusiennes des droits de l’enfant… jusqu’à 18 ans révolus. Tant qu’il restera en scène, il multipliera les effets nauséabonds du même genre. Comme lui, Le Pen fait face à ses turpitudes mais pour l’instant sans les mêmes effets dans l’opinion. Sa base traditionnelle n’en a que faire parce que ces gens-là sont dépourvus du moindre sens moral ou éthique. Ils n’y voient que « complot » contre la cheffe. Le plafond de verre y trouvera en revanche une raison supplémentaire de tenir le choc, de résister à la pression. La place de Fillon comme celle de Le Pen est devant les tribunaux pas dans la course à la présidentielle. Il est à ce titre souhaitable que la justice passe le plus vite possible même si l’on sait désormais que Fillon, comme Le Pen, n’en tiendra aucun compte. La preuve qu’elle n’a jamais appartenu pour l’une et qu’il n’appartient plus pour l’autre à l’arc des forces démocratiques.
Tout un pan de la représentation politique se perd ainsi, s’effondre dans les méandres d’un sauve-qui-peut hasardeux. Les autres, tous les autres ne doivent pas s’en sentir « orphelin » comme le laissent penser certains commentateurs, de Mélenchon à plusieurs éditorialistes respectables, qui sont tentés d’inviter la justice à s’effacer pour laisser le peuple décider. Qu’on le veuille ou non, ce serait jouer un bien mauvais tour à l’État de droit tel qui s’impose comme principe de gouvernance, la Ve République française ayant souvent pris ses aises avec les normes démocratiques au nom des circonstances ou des prétendues attentes de l’opinion, voire, comble du cynisme, au nom d’un intérêt public supérieur. Longue tradition de Mitterrand et Chirac à Sarkozy et Fillon par-delà ce qui les distingue. Il faut donc ne pas se départir de l’exigence démocratique qui veut que les contrevenants aux normes les mieux établies, les corrompus en bandes organisées, rendent des comptes et que le débat et la vie continuent sans eux. Il n’y aurait aucun génie « national » à s’en exonérer. On s’éloignerait davantage de ce qui constitue la « culture » européenne, ailleurs que dans l’hexagone pointé comme étant encore en proie à une forme de corruption endémique dans le monde politique et à plus forte raison dans celui des affaires conjuguée à une absence de transparence – la France est 23e dans le classement de l’ONG Transparency international qui fait référence.
Retour au fond en effet. Quand Macron porte un jugement fondé et équilibré sur la colonisation qui émeut les nostalgiques de l’Algérie française. Quand le même dérape lourdement sur une interdiction territoriale édictée par la police sous contrôle de la justice – a posteriori ? De même quand il promet 60 milliards d’économie sur la dépense publique sans plus de précision. Comment ses soutiens issus de la gauche ne comprennent-ils pas que le mauvais pli est pris, serait-il dans la continuité et pour cause du quinquennat qui s’achève. À gauche, les évitements des questions qui fâchent ne sont pas moindres. Qu’il faille une seule candidature portée par les forces regroupées derrière Hamon, Jadot et Mélenchon pour se qualifier pour le second tour relève d’une « lapalissade ». Évidemment mais pas suffisant car l’orientation n’est pas annexe. La rupture dans les faits avec le quinquennat de Hollande et de la majorité parlementaire sortante s’impose à Hamon et pour l’heure il s’y tient en dépit de fortes pressions. Il lui faut aussi dire comment élu il favoriserait l’avènement d’une VIe République, européenne, démocratique et plus sociale. Le recours à un processus constituant est incontournable. Quant à Mélenchon, au-delà des postures du genre « tous derrière moi », lui et ses soutiens doivent impérativement quitter les rivages bourbeux du « protectionnisme » et de « la patrie », le « ni droite, ni gauche » étant heureusement mis en sourdine. À ces conditions, le printemps deviendrait plus respirable en France et par voie de contagion dans toute l’Europe. La solution contre les mauvaises odeurs.

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