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| Photo © Getty Images. |
Jamais sans doute l’humanité ne fut confrontée à pareille menace. En donnant le signal d’une complète dérégulation de la sphère financière, Trump met le feu aux poudres d’une crise systémique probable si ce n’est inévitable dans un avenir incertain. Le démantèlement du Dodd-Frank Act affecte l’économie américaine et l’ensemble de l’écosystème financier planétaire tel qu’il est sorti non sans peine de deux grandes crises et d’une multitude de répliques plus ou moins graves aux XXe et XXIe siècles. La crise de 1929 comme celle de 2008 avaient conduit à la mise en place de toute une série de « sécurités » pour éviter le déclenchement et la contagion incontrôlables d’une nouvelle crise. Personne ne pouvait sérieusement garantir leur efficience à 100 % mais au moins elles visaient à contrôler les risques les plus évidents. C’est de cela que Trump entend s’affranchir en croyant libérer ainsi le potentiel des champions américains de la finance. Acte de folie tout simplement parce que transformer les établissements financiers en simples fonds prédateurs conduit forcément à fragiliser les moins féroces d’entre eux et à prendre le risque insensé d’un effet domino le jour où l’un ou l’autre chutera. Voilà ce dont est capable cet homme dangereux devenu Président des États-Unis où sont établis les majors de la finance mondiale.
Ce bouleversement de la stabilité déjà toute relative de « l’industrie » financière est plus inquiétant que toutes les autres mesures de cette administration irresponsable parce qu’il est facteur de déstabilisation des échanges commerciaux et porterait un coup sans précédent à une croissance fragile incapable de satisfaire les besoins humains, devrait-elle être infléchie pour prendre en compte les impératifs écologiques et climatiques. Le seul objectif qui vaille est celui de la mise hors d’état de nuire du despote aveuglé par ses croyances simplistes. Il serait en effet illusoire de miser sur la seule résistance des institutions régulatrices dont la Réserve fédérale et sa Présidente ainsi que sur les autres cadres de régulation du système, nationaux ou multilatéraux. Ils ne sont guère « populaires » parce que trop souvent assimilés, quelles qu’en soient les limites réelles, à des « bureaucraties » de l’ombre. Sans ces instances « stabilisatrices », le système capitaliste serait encore plus dangereux pour les êtres humains parce que non « entravé », il conduirait directement aux spoliations de masse et aux guerres dévastatrices. Un système qui s’est affranchi, faut-il le rappeler, de l’obligation de « réalisation » du marché pour s’adonner à l’inventivité perverse à laquelle conduit la recherche hors sol de profits aussi illicites que sans limites.
L’Europe se trouve en première ligne pour tenter de contrer cette folle aventure. Cela suppose qu’elle refuse de suivre le mouvement en accordant à ses propres institutions financières l’équivalent des facilités dont bénéficieraient les banques américaines. La problématique « prudentielle » et « responsable » imposée non sans mal par le processus de Bâle doit être maintenue voire renforcée. Les établissements financiers ne peuvent prétendre s’exonérer de risques qui leur seraient imputables comptant sur la puissance publique pour les sauver et à la condition que ce soit faisable. Au-delà ce qui prévaut pour les établissements relevant du droit européen doit s’appliquer strictement aux établissements américains opérant sur place. La réalité d’un « Brexit » à hauts risques prend ici toute son importance dans la mesure où la place londonienne ne doit pas se transformer en cheval de Troie au prétexte d’une « ouverture » maintenue à une collaboration politiquement et économiquement souhaitable. L’Europe doit en prendre conscience et contrer ce « Brexit » de tous les dangers en conjuguant grande fermeté avec les tenants de la sécession et ouverture en direction de ceux qui la contestent dont l’Écosse et demain d’autres. Le comportement « munichois » de la direction Corbyn du parti travailliste votant avec May complique encore l’exercice. Mais ce n’est pas parce que c’est compliqué qu’il faudrait y renoncer car il en va de la préservation d’un possible changement de cours en Grande-Bretagne comme aux États-Unis.
Dans la même optique, les instruments de régulation multilatéraux, aussi imparfaits soient-ils, doivent être défendus fermement face à l’offensive américaine. Cela vaut pour toutes les institutions coopératives du type FMI, Banque mondiale, OMC, G20, etc. En leur sein, l’Europe doit prendre les initiatives nécessaires pour constituer un vaste front anti-Trump avec la Chine comme avec l’Afrique, avec le Canada comme avec l’Amérique latine pour isoler l’incendiaire et ses partisans et encourager les Américains à le renverser par une procédure de « destitution » le plus tôt possible. L’ONU a un rôle particulier à jouer dans la mesure où elle peut aider à éclairer les enjeux, à les rendre compréhensibles par les opinions et maintenir la confrontation nécessaire dans un cadre légal pour la communauté internationale. Encore, faut-il que rien ni personne ne s’autorise à affaiblir le mouvement d’ensemble au nom d’intérêts aussi discutables que secondaires comme l’a fait Berlin cette semaine au FMI à propos de la dette grecque. Elle doit être réduite, c’est une évidence et l’obstination de Schaüble relayée par Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, est particulièrement indécente au moment où l’Allemagne enregistre un excédent commercial historique de plus de 250 milliards réalisé majoritairement auprès de ses partenaires de l’Union. Encore une fois et par-delà la bonne gouvernance qui voudrait que le fardeau des dettes des États européens soit mutualisé, l’essentiel est ailleurs, du côté du forcené de Washington.
Reste bien sûr qu’une orientation de contre-offensive des Européens sur le plan économique, financier, commercial serait plus aisée avec des gouvernements nationaux stables, conscients de ce qui se joue aujourd’hui sinon demain et susceptibles par une politique de justice sociale et démocratique d’y associer les populations. Ce n’est pas le cas à la veille des élections générales aux Pays-Bas et en France. L’irresponsabilité des droites françaises est à ce titre ahurissante. En Allemagne, la perspective encore en pointillé d’une alternative sociale-démocrate à Merkel serait positive si elle devait se concrétiser. D’autant que Trump fait école chez les populistes et néo-fascistes dans l’Union. L’inconsistance de leur programme économique – sortir de l’euro – les pousse à se raccrocher au « mirage américain » incarné par un fou furieux qui les attire tout autant par ses diatribes migratoires que par son enfermement économique identitaire. D’une pierre deux coups car les deux combats sont complémentaires, écarter la menace d’une nouvelle crise économique majeure et l’arrivée au pouvoir ou même l’accentuation de la « nuisance » des néo-fascistes qui rêvent ici de défaire l’Union. Il en va tout simplement du salut de l’humanité.

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