mardi 7 février 2017

D’un front démocratique à l’autre

Trump, Fillon (photos © AFP).

Aux États-Unis, Trump se heurte à une forte résistance de la société américaine, à une mobilisation massive et durable comme le pays n’en avait pas connue depuis la lutte pour les droits civiques ou celle pour exiger le retour des boys du Vietnam. Son décret sur l’immigration a été bloqué à l’initiative d’un juge républicain de l’État de Washington, une Cour d’appel fédérale est allée dans le même sens… et les maires américains des villes de plus 30 000 habitants refusent à une très large majorité une politique qui condamne l’Amérique a ne plus être ce qu’elle a toujours été, un pays d’immigration. Les entreprises de la Silicon Valley s’engagent à leur tour tandis que les cités sanctuaires – plus de deux cents grandes villes dont les principales d’entre elles – se proclament « refuge actif » pour ceux qui seraient « discriminés » en raison de leurs origines. Monte de la société l’exigence d’une régularisation de quelque onze millions d’hommes, de femmes et d’enfants en situation irrégulière. Obama l’avait souhaitée sans parvenir à l’inscrire dans les faits en raison de l’opposition du Congrès. Le rapport des forces est donc pour l’instant en faveur des partisans des droits démocratiques contre un Président mal élu, contesté dès son installation par des millions d’Américaines et qui est dans l’impossibilité d’appliquer son programme aussi illégitime qu’ubuesque. La poussée anti-Trump en Europe pour être plus sourde n’en est pas moins virulente comme le souligne la teneur des articles de presse dans l’Union. La mise en garde de Draghi sur les risques de déstabilisation financière n’est pas moins critique. Isolement rompu par les déclarations de Bachar el Assad, le Boucher de Damas, qui se félicite des prises de position du nouvel occupant de la Maison Blanche, y voyant probablement une possible promesse d’amnistie au moment où les preuves de l’extermination de ses opposants s’accumulent, le destinant au banc de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le vote à l’arraché d’une « loi » prétextant rendre irréversible la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée, revenant à annexer êtres humains et territoires, est jugé par ses partisans eux-mêmes, les extrémistes du Foyer juif notamment, comme une conséquence directe de l’entrée en fonction de Trump. Sinistre contagion en effet. La mobilisation planétaire doit donc se poursuivre et s’amplifier pour se débarrasser de Trump le plus tôt possible par la poussée conjointe de l’opposition démocratique aux États-Unis et les pressions de la communauté internationale qui tardent cependant à se concrétiser aux Nations unies.

En Europe, ce sont les levées de boucliers contre les actes de corruption qui font l’actualité. La liaison d’un front démocratique anti-Trump à celui contre la corruption locale n’en est que plus facile à faire. Ainsi à Bucarest, le gouvernement du PSD – parti social-démocrate – a dû retirer son décret qui amnistiait les détournements de fonds publics inférieurs à 44 000 euros. De quoi sauver la mise, espérait-il, à de nombreux corrompus dont plusieurs de ses dirigeants. En vain donc, sans que le recul gouvernemental après des semaines de mobilisation n’ait raison de la vigilance démocratique qui témoigne de l’accès de la Roumanie aux normes européennes en la matière. Mais c’est surtout vers Paris que se tournent tous les regards. La France où une brochette de dirigeants du principal parti de droite dont l’ancien Président sont renvoyés en justice pour fraude. Un pays où le candidat des droites, Fillon tente de se justifier pour des pratiques injustifiables et parfois clairement illégales. Sa seigneurie consent certes à des excuses formelles pour ne pas avoir compris les attentes démocratiques de l’opinion – ce qui témoigne déjà de sa différence – pour mieux prétendre rester en piste en attendant de probables nouvelles révélations. Il prend en otage à cet effet son propre camp sur le mode « moi ou le chaos » parce que vous n’avez pas été capables de me trouver un remplaçant. Mais surtout il s’attaque au parquet national financier qui l’a poursuivi égrenant pour l’occasion son refus de normes démocratiques – refus d’éventuelles poursuites contre les parlementaires non-dépositaires directs de l’autorité publique, refus du contrôle des collaborateurs d’élus soumis à l’arbitraire le plus total, refus d’une réforme qui mettrait à bas les us et pratiques anciennes dont il a bénéficié lui, sa famille et ses amis. C’est cela la « rupture » Fillon dans la continuité des privilèges. Tout cela est assez ridicule et ne tiendra pas plus longtemps que les précédentes lignes de défense. Tôt ou tard, Fillon devra sortir de scène car si ni lui ni ses amis n’y consentaient, alors la droite prendrait le risque d’un échec électoral cuisant et déshonorant. L’instinct de survie rend l’hypothèse peu probable.

Les alternatives n’en sont pas pour autant attractives. D’abord parce que la course en tête de l’ex-premier conseiller devenu ministre est confondante pour qui mesure sa part de responsabilité dans le bilan dont celui rendu public ce jour du creusement du déficit commercial en 2016 – plus de 48 milliards tous les secteurs ou presque reculant – alors que Macron était à Bercy. Pour l’heure, l’illusion fonctionne encore rendant la course-poursuite pour Hamon et dans une moindre mesure Mélenchon plus difficile. Les vrais débats à gauche ne sont à ce jour qu’esquissés sur l’Europe comme sur le modèle de société, sur les questions sociales comme sur les questions institutionnelles et les enjeux écologiques. On en parle certes au cours d’étranges monologues, mais sans qu’apparaissent des propositions partagées susceptibles de mobiliser l’opinion de manière décisive pour l’emporter afin de les mettre en œuvre demain. Et il faut se presser car la situation l’exige et parce que faute de s’y résoudre, on laisserait un espace béant aux délires menaçants d’une extrême-droite en embuscade. On ne s’en rend pas forcément compte sur place, mais dans toute l’Europe et jusqu’à Wall Street on s’inquiète de cette « drôle » de campagne où Le Pen se « banalise » promettant de sortir en tête du premier tour alors qu’elle doit être absolument éliminée du second tour. Les enjeux des élections générales aux Pays-Bas en mars ne sont pas moindres mais le système institutionnel est bien différent et ne laisse pas présager une victoire sans appel de l’extrême-droite. Il va de soi que partout la vigilance démocratique demeure nécessaire car au-delà de l’exercice direct du pouvoir, il s’agit bien de faire reculer la haine qui a porté Trump à la Maison Blanche avec les conséquences dévastatrices que l’on commence à mesurer à l’échelle de la planète. Réduire tous ceux qui lui ressemblent ou s’en revendiquent, par-delà des différences non moins évidentes, reste le principal enjeu démocratique de la période.    


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