mardi 31 janvier 2017

Parti pris du 31 janvier 2017

À New York contre Trump et ses décrets (photo © AFP).

Trump ou l’horizon d’une destitution. Ce fut l’un de ses premiers décrets de Président élu, celui qui signe potentiellement sa perte. Le décret sur l’interdiction faite aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane de circuler librement aux États-Unis contrevient, comme le souligne Merkel, à la Convention de Genève et aux droits humains tels qu’ils sont garantis par les lois américaines, les textes et la jurisprudence internationaux. Trump en passant outre transgresse bien davantage qu’un principe démocratique. Il affiche sa volonté de discriminer des populations en raison de leurs origines. Il a certes dû reculer sur les détenteurs de carte verte – permis de travail – mais il maintient son décret infamant pour tous les autres. Une semaine à peine après sa prise de fonction, le pyromane a enflammé un processus de « guerre civile » entre deux Amériques, celle qui est en phase avec la communauté internationale et celle de la haine, du repli, qui entend rompre les amarres, se barricader derrière ses frontières. Un saut dans le processus de déclin américain amorcé de longue date. C’est ce qui fait de cette crise sur l’immigration un facteur structurant de la situation mondiale, au cœur d’une puissance jadis impériale et encore dominante. Même la Grande-Bretagne de May et du Brexit a dû se désolidariser. Ce décret de la honte comme la décision de construire un mur de la haine et de le faire payer aux Mexicains entrave le développement économique, scientifique et culturel comme le manifestent avec véhémence les grands groupes conscients de ce que signifierait le recrutement de leurs collaborateurs en vase clos parmi les seuls « Américains de souche », si tant est qu’ils existent. Ce décret porte un coup aux échanges de tout ordre par exemple avec l’Iran après l’accord sur le nucléaire et la réintégration du pays dans la communauté internationale. Il ne réduit aucunement les actes terroristes, prétexte commode, en dressant les populations les unes contre les autres en fonction des origines, bien au contraire. C’est pourquoi Trump devra démissionner ou être destitué. Le plus tôt sera le mieux. Encore, faut-il que les mobilisations multiformes qui se déroulent aux États-Unis reçoivent « le coup de main » indispensable à l’échelle internationale. Car ce sont bien des droits universels qui sont piétinés par Trump et son administration. Ce sont bien les libertés publiques de tous qui sont atteintes si un simple décret peut en priver certains d’entre nous. On est donc en droit d’attendre au-delà des prises de position justes mais insuffisantes une ferme riposte. Elle incombe aux opinions démocratiques devant toutes les ambassades US par le monde et au bas d’un appel international pour le droit de libre circulation exigeant le départ du despote. Elle incombe aussi aux institutions coopératives et aux gouvernements qui peuvent donner l’exemple en accueillant les réfugiés et en multipliant les gestes diplomatiques de condamnation jusqu’au Conseil de sécurité des Nations Unies convoqué à cette fin. Ce serait un bol d’air frais pour la respiration démocratique de la planète et le plus sûr moyen de conjurer la catastrophe Trump avant que d’autres décrets ne viennent mettre en péril d’autres droits démocratiques universels.

À Paris, l’impasse des quatre. Au lendemain d’une primaire de la Belle alliance qui a vu la social-démocratie se doter d’un candidat de gauche crédible, les comptes sont faciles à faire à la fois pour constater que la droite extrême et l’extrême-droite peuvent être battues dans les urnes, mais que cela ne se fera pas sans le rassemblement sans exclusive de tous ceux qui y aspirent. Cela relève d’un sain réflexe démocratique qui ne recouvre que partiellement la nécessaire reconstruction d’une gauche unitaire digne de ce nom après avoir été humiliée par le trio Hollande, Valls, Macron. Le premier rassemblement englobe les électeurs de Macron et d’En Marche ! et au-delà, la seconde est une autre histoire de plus longue haleine. L’on ne saurait se tromper d’objectif comme le font ces appels aussi empressés qu’incantatoires qui veulent désormais « l’unité », voire parfois un accord de gouvernement entre Hamon, Jadot et Mélenchon, sans considérer les positions en présence. Les mêmes désespéraient souvent hier encore campant pour beaucoup dans la division au nom du bilan calamiteux du quinquennat et du gouvernement. Celui-ci n’a pas aidé la gauche à s’y retrouver, c’est incontestable. Valls en a payé le prix mais en totalisant encore 40 % des suffrages lors de la primaire. Il est, ainsi que ses proches, toujours membre du parti socialiste. Hamon ne peut pas ne pas en tenir compte et il doit le faire sans assumer un bilan qui n’est pas celui de la gauche. Jadot est engagé dans une logique de reconstruction des Verts à long terme. Mélenchon campe désormais en lisière de la gauche, avec des positions assez claires sur les questions sociales et démocratiques mais contredites par un « protectionnisme » et un « patriotisme » antieuropéens particulièrement dangereux. Ceux qui se retrouvent dans les formations de gauche ont vocation à travailler ensemble et à aller aux législatives sur la base d’un accord de législature intégrant quelques points forts pour former une majorité parlementaire et commencer à changer la vie. Avec les électeurs d’En marche ! qui surfe sur un ni droite ni gauche de toutes les confusions après avoir réussi à exonérer du bilan le principal conseiller de Hollande devenu ministre, il s’agit d’acter de simples convergences, sur les droits démocratiques et une vision européenne assurément, sur quelques rares questions sociales – la protection sociale ? – possiblement, mais sans faux-semblants sur le champ politique et ses composantes. Une bataille qu’il faut gagner avant l’enregistrement des candidatures où quatre ne devront plus faire que deux avec une candidature unique à gauche et ensuite à la veille du premier tour où la qualification pour le second tour sera la question de l’heure avant que la bataille des législatives, le combat principal, ne soit réellement engagée. Les gauches ont intérêt à se retrouver derrière un candidat unique à la présidentielle à la condition que celui-ci s’engage clairement à ouvrir le processus constituant au lendemain des élections législatives pour lesquelles la gauche doit se présenter unie par-delà sa diversité avec une représentation équitable de ses composantes. Le contexte général nous y invite. Fillon n’a pas élection gagnée même s’il parvient à sauver sa candidature menacée par les affaires. Le Pen, elle, pourrait avoir à pâtir de l’évolution de la situation internationale, plus précisément de l’opprobre qui atteint Trump. Les sortants sont discrédités par leurs résultats calamiteux – chômage de masse, pauvreté, mal-logement, croissance en berne – 1,1 %. Les gauches ont cependant commencé à se redresser en envisageant un autre possible, fût-ce tardivement là encore à cause de Hollande. Le pire n’est donc plus aussi probable même si le meilleur reste à construire.

L’Afrique en quête de gouvernance.
Le 28e sommet de l’Union africaine (UA), sorte de pendant panafricain de l’UE, était réuni à Addis-Abeba avec deux grandes questions à l’ordre du jour, le renouvellement de ses instances et la réintégration du royaume chérifien en son sein. On aurait pu s’attendre à ce que la violente agression de Trump fasse l’objet d’une réaction même mesurée contribuant à la crédibilité d’une organisation coopérative largement décriée pour ses accommodements avec les manquements aux droits humains de nombre de ses membres. Ce ne sera pas le cas, ceci expliquant largement cela et le bilan toujours mitigé de chacun de ces sommets généralement entourés d’un huis clos pesant. Ainsi, si Moussa Faki Mahamat a été investi avec le soutien d’Alger « par 39 voix sur 54 », on indique du côté de sa concurrente kenyane que ce résultat a été acquis « au 7e tour de scrutin » devant départager les candidats – cinq au départ. Le nouveau Président de la Commission de l’UA est un proche du Président tchadien Idriss Déby Itno, président sortant de l’UA, remplacé à la même occasion par le Guinéen Alpha Condé. Le Maroc fait son retour dans les rangs après les avoir quittés en raison de la reconnaissance par ses partenaires de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). En dépit d’une opposition minoritaire mais forte, c’est cette fois acquis, certains allant jusqu’à prétendre que cela pourrait conduire à une résolution définitive du conflit, d’autres soulignant de manière plus réaliste la volonté du Maroc de sortir d’un isolement sur le continent devenu d’autant plus pesant que la reconnaissance des voisins du rivage nord de la Méditerranée n’est plus ce qu’elle a été. Même l’Algérie s’est en conséquence félicitée des nouvelles bonnes dispositions apparentes de Rabat. En tout cas, l’on ne voit pas très bien en quoi ce énième sommet, paré de toutes les vertus
comme d’habitude, ferait avancer en quoi que ce soit la gouvernance d’une Afrique qui en manque cruellement. D’abord au plan économique alors que la croissance est au rendez-vous, sinon partout, du moins chez la plupart de ses membres avec de belles perspectives pour peu qu’elles ne soient pas gâchées par la corruption et le despotisme. Même préoccupation en matière de lutte contre le terrorisme, la nouvelle présidence de la Commission en ferait-elle une priorité. Enfin, une absence de gouvernance démocratique partagée qui empêche l’Afrique de tenir son rang au plan diplomatique et d’obtenir sans peine ce auquel elle aurait droit dans d’autres espaces de coopération internationaux, du FMI à l’ONU. Mille fois préférable pourtant à la tentation toujours présente de se retirer en groupe du Tribunal pénal international (TPI) où les Africains seraient « discriminés » parce que plus souvent poursuivis que d’autres.


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