mardi 3 janvier 2017

Parti pris du 3 janvier 2017

À Damas (photo © archive AFP).

Syrie : la « paix » sous les bombes du régime. Il n’aura pas fallu attendre longtemps avant que la énième trêve, « à l’échelle de toute la Syrie » selon Poutine et Erdogan, ne vole en éclats sous les bombes du régime de Damas. Sans bombardements, classiques et parfois chimiques, Assad et son armée sont incapables de « tenir le terrain » comme on l’a constaté à Palmyre. Ce sont les miliciens du Hezbollah, paravent commode de l’armée iranienne, qui assurent le gros du travail militaire au sol. Les forces turques sont entrées en Syrie pour contenir la poussée kurde tout au long des quelque 800 km de frontière. Un imbroglio militaire qui éclaire la catastrophe humanitaire. La guerre a fait plus de 310 000 victimes et des millions de déplacés, en grande majorité des civils. Les oppositions qualifiées de « rebelles » sont pour l’essentiel désormais des groupes islamistes, se différencieraient-ils de la succursale d’Al Qaïda – Fateh Al-Sham, ex-Front Al-Nosra – et à plus forte raison de l’EI-Daesh. Il n’était donc pas judicieux pour le Conseil de sécurité des Nations Unies de paraître cautionner « à l’unanimité » l’opération Poutine-Erdogan au lendemain du sauvetage de quelques dizaines de milliers de civils à Alep. Les deux dictateurs cherchaient un succès diplomatique formel et l’ont obtenu sans peine par renoncement de la diplomatie française et de son homologue américaine. Il est en effet clair qu’une solution politique comme Poutine prétend la rechercher passe par le départ d’Assad, aujourd’hui comme hier. Le boucher chimiste de Damas doit se retrouver devant la justice internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Quant aux oppositions, si elles doivent être associées comme leurs parrains à un processus de transition, elles n’offrent aucune garantie démocratique. Hors une administration onusienne pour un temps, il n’y a pas d’issue envisageable avec les seules forces en présence et pas davantage avec celles qui se trouvent à l’étranger. Les Américains ont commis cette faute en Irak avec les résultats que l’on sait. Deux autres conditions devront être réunies pour qu’une éventuelle solution politique voie le jour. Il faudra que les forces iraniennes regagnent leurs bases et que les communautés chiites ne soient plus malmenées, ce qui n’a évidemment rien de simple dans la configuration actuelle. De la même manière, il faudra que la question kurde trouve un débouché, au moins partiellement territorial, les Turcs devant se retirer et respecter sur le plan intérieur les droits de la minorité kurde. Faute de quoi, sur la base du fait accompli, l’on s’orienterait vers une reprise récurrente des hostilités avec des alliances et opérations tactiques à géométrie variable où la communauté internationale serait bien en peine de faire respecter les droits humains et d’ouvrir la perspective d’une libération démocratique de ces territoires. Même si la situation est moins complexe chez le voisin irakien, annoncer la libération de Mossoul pour le printemps comme vient de le faire François Hollande paraît en décalage avec ce que l’on peut savoir du rapport de forces. Les milices kurdes encadrées principalement par les forces spéciales américaines et françaises combattent réellement l’EI-Daesh. Certaines unités remaniées de l’armée irakienne s’y emploient aussi mais c’est loin d’être la règle, Bagdad ne contrôlant que bien imparfaitement le pays. Les attentats de Bagdad et Samara le prouvent. Là encore, point de solution durable parce que démocratique sans une présence internationale importante. C’est précisément cela qu’aurait dû dire et défendre Hollande à l’avant-veille de la prise de fonction de Trump à Washington. Il n’est pas douteux en effet que Trump et Poutine puissent trouver un terrain d’entente pour se répartir les dépouilles, laissant évidemment à l’Europe et à la Turquie le soin de régler la crise humanitaire dans sa dimension la plus critique, celle du déplacement de plusieurs millions de migrants-réfugiés qui a déstabilisé à longs termes tous les pays de la Région jusqu’à la Jordanie et au Liban.

Europe, une « gueule de bois » multidimensionnelle.
Les Américains retiennent leur souffle en attendant le 20 janvier, la mobilisation s’organisant pour contrer Trump sur le plan civique dans la rue après un discours d’adieu d’Obama – le 10 janvier à Chicago – que beaucoup espèrent « mobilisateur ». Les Européens, eux, n’en finissent pas de redouter le pire. On l’a encore vu en ce début d’année avec les craintes exprimées en Allemagne par le Président d’Ifo, l’un des principaux instituts économiques, craignant, si rien ne change, que l’Italie puisse sortir de la zone euro. Outre la crise bancaire, les indicateurs économiques y sont en effet au rouge depuis longtemps, pour la dette – 129 % du Pib –, pour les prévisions de croissance abaissées à 0,8 % en 2016 contre 1,1 % précédemment et à peine mieux – 0,9 % – en 2017. L’Institut italien des statistiques est très clair sur les causes du désastre, « une moindre vitalité de la consommation intérieure et des investissements privés
» comme ailleurs dans la quasi-totalité de l’Europe où, si l’austérité n’est plus de mise, ses effets différés se font toujours sentir. Il n’y a pas d’autre solution qu’une vigoureuse politique de relance de la consommation et donc du pouvoir d’achat des ménages pour remplir les carnets de commandes et « booster » les investissements en faveur d'une mise sur le marché de produits et services plus respectueux des enjeux écologiques. L’aide ciblée – la BCE préconise 8,8 milliards pour la seule banque Monte dei Paschi di Siena – ne permettrait en effet qu’un gain de temps là où il s’agit de réorienter en profondeur l’ensemble de l’économie de la zone. Car si l’Allemagne flirte avec le plein-emploi et dégage de substantiels excédents budgétaires, sa croissance n’est plus vraiment au rendez-vous, accusant mois après mois des signes de faiblesse qui renvoient aussi à la consommation. Ce qui est nécessaire ne relève pas de l’addition de plans plus ou moins bien ficelés pays par pays mais bien d’un grand plan européen intégrant jusqu’aux plus mal lotis dans chaque pays et dans l’ensemble de l’Union elle-même, au-delà de la zone euro dans les Pays d’Europe centrale et orientale (Peco) en particulier. Et à Paris, l’on s’apprête pourtant en vue de l’interminable tunnel des vœux et d’une primaire forcément étriquée autour du PS en égrenant à peine les faits et chiffres dérangeants qui attestent que la situation n’y est pas meilleure qu’ailleurs. Ce serait même le contraire si l’on se réfère aux moyennes européennes. Un français sur cinq est en « précarité énergétique » quand le froid se fait plus mordant. Les « tuiles » d’une loi travail qui précarise ceux des salariés qui ne l’étaient guère s’affichent au Journal officiel, accorderait-elle quelques droits nouveaux par ailleurs. Et la mort d’un ancien syndicaliste CFDT recasé dans l’appareil d’État qui fait figure de « précurseur », voire de « visionnaire » pour avoir conduit avec les pouvoirs de droite de l’époque – Fillon et Raffarin – une réforme des retraites qui n’a rien réglé tout en augmentant significativement le temps de travail à l’échelle d’une vie pour pourvoir bénéficier d’un revenu d’existence à peine décent. On a les références et les modèles que l’on peut… Voilà qui devrait pourtant alimenter le débat à gauche sur le bilan économique et social de l’équipe Valls sortante, sur l’Europe et son incapacité à sortir des ornières de son passé austéritaire, sur un projet de société fondé sur le travail ne pariant pas sur sa disparition ou sur sa réduction. Au lieu de cela, le ministre de l’Intérieur fait de la com’ balourde à propos de la nuit du 31 décembre et donne l’occasion à l’extrême-droite de tirer à boulets rouges sur la « gauche qui gouverne encore pour quelques mois ». Si l’on veut vraiment éviter Fillon et Le Pen, il n’est que temps de réagir et de changer de registre sans tarder. Il sera trop tard demain pour le faire avec quelques chances de gagner au printemps. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire