samedi 31 décembre 2016

2017 redoutée… sera ce que nous en ferons

Prise par le vent, acrylique, Helen Cottle.

Loin des marchands d’illusions qui font commerce de prévisions astrales, il est préférable, parce que plus rationnel, de tenter d’anticiper les défis que nous réserve cette année 2017. Celle du centenaire d’une levée de l’espoir, trahie et défigurée, sur laquelle l’on reviendra en octobre. Les idéaux qu’elle portait demeurent mais dans un contexte extraordinairement compliqué où il faut réinventer un chemin accessible pour leur permettre de gagner majoritairement les consciences et de s’imposer, ici ou là, avant de s’étendre à toute l’humanité. Une voie étroite, un chemin escarpé mais sans alternative réelle quand l’on se bat pour plus de justice, de démocratie, de libertés et de solidarités.

Le premier défi de 2017 sera celui des conditions d’une relance de la croissance qui près de dix ans après la grande crise du début du siècle continue de contraindre toutes les ambitions de progrès. Les bourses sont certes euphoriques dopées par la perspective de profits insolents à courts termes au risque de connaître la tempête au premier souffle de vent contraire. Les États-Unis de Trump participent de cet engouement pour tout ce qui est factice. Tous les indicateurs soulignent pourtant un basculement vers davantage d’incertitude parce que les taux sur les dettes souveraines remontent, que les prix du pétrole eux aussi à la hausse ne sont pas sous contrôle et que la production de biens et les échanges stagnent.

L’Europe dans cet épais brouillard économique a la responsabilité d’adopter enfin un plan de relance concerté entre les vingt-huit avec le soutien de la BCE. Elle aurait dû le faire bien plus tôt mais les États nationaux se sont révélés incapables d’y souscrire même majoritairement. Il faut y ajouter les propos fantaisistes de certains de leurs dirigeants dont Cazeneuve, Premier ministre français par défaut, qui explique benoîtement au JDD que le plan Junker serait l’aboutissement des demandes de Hollande en 2012. En somme, tout irait bien, avec quelques retards, Hollande ayant « transformé le monde », comme il le revendique presque, désormais. Il n’en est rien ni en moyenne ni à plus forte raison pour l’économie française abonnée aux mauvais résultats.

L’Europe qui devra en 2017 commencer à solder le choc du « Brexit » dans un sens ou dans l’autre. Vers un éclatement qui ruinerait la Grande-Bretagne et appauvrirait l’Union et le monde ou vers un retour à la raison et à l’intégration des Britanniques dans la communauté historique qui demeure la leur. D’autant que le précédent a fait des émules, du côté de la Catalogne notamment, serait-ce avec une tonalité plus anti-castillane qu’anti-européenne. La « déconnexion » n’est pas la solution pour obtenir le droit de s’auto-administrer. Elle est même son contraire quand on prétend le faire en s’exonérant des solidarités avec d’autres territoires. Les libertés sont indissociables des solidarités.

L’Europe qui connaîtra plusieurs vagues d’élections générales aux Pays-Bas en mars, en France en avril-mai et juin et en Allemagne probablement en septembre. Partout, les mêmes enjeux s’affichent par-delà les particularités de leurs déclinaisons nationales. D’abord battre les fascistes et autres populistes comme ce fut fait en Autriche en 2016 alors que tout les donnait vainqueurs. Ensuite, battre des droites qui menacent les acquis sociaux et démocratiques, à des degrés divers il est vrai. Ce sera particulièrement nécessaire en France où leur champion, Fillon, entend « casser » ce qu’il reste de solidarités par rapport à la santé et pactiser avec Poutine et Trump au nom d’un cynisme d’État qu’ils partagent. 

L’Europe et le monde confrontés aux crimes de masse islamistes qui ont ensanglanté tant de villes et de pays les trois dernières années. Après avoir étranglé les printemps arabes, les tenants des confréries barbares ont frappé aveuglément par haine des libertés et de la démocratie qu’ils savent être le meilleur antidote à leurs délires moyenâgeux. Sur ce plan, il ne faut pas baisser la garde par le maintien de l’effort sécuritaire dans le cadre de l’État de droit, comme le fait Berlin, sans recourir à l’état d’urgence sine die comme l’a fait Paris. Mais il faut aussi intensifier le combat idéologique contre toutes les discriminations et pour les droits universels – ceux des femmes et tous les autres – qui permettent de vivre libres et ensemble.

L’Europe qui fait face à un couple de duettistes cyniques, Poutine et Trump, prêts à s’entendre pour régner en « saigneurs du monde », prompts à se partager celui-ci sur le dos des peuples. Quand Poutine et Erdogan octroient une paix des cimetières et autres fosses communes – plus de 310 000 morts – à la Syrie, en pactisant en réalité avec les islamistes de Raqqa et d’ailleurs, il est du devoir de l’Europe de dire non. Quand Poutine fera avaliser l’annexion illégale de la Crimée et d’une partie de l’Ukraine, l’Europe devra encore dire non et maintenir sanctions et pressions pour préserver des relations internationales fondées sur le droit et non sur la violence, les rapines et les massacres. Quand Trump et Poutine remettront en cause, ensemble, l’accord de Paris sur le climat, il faudra également s’y opposer au nom des intérêts supérieurs et légitimes de l’humanité.

Une Europe telle que nous la voulons, plus sociale, plus démocratique, plus solidaire, leader des non-alignés du XXIe siècle. 


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