vendredi 6 janvier 2017

L’obsolescence du PS

Valls, Macron, Peillon (photos © AFP)

Certains, à l’image de Jean-Luc Mélenchon, s’en réjouissent pour constater que les candidats à la primaire du PS et de ses « satellites » n’ont plus vraiment de raisons de rester dans la course. Des sondages semblent le confirmer ne prévoyant au premier tour de la présidentielle qu’une pauvre cinquième place à celui d’entre eux qui sera désigné le 29 janvier. Il serait pourtant hasardeux et assez contre-productif d’enterrer « la vieille maison » sans autre forme de procès car ce qui menace ce parti n’est pas indépendant de ce qui a accablé toute la gauche et ses divers courants. Ce ne serait pas la première fois de son histoire que le PS « rase les murs » avant de se refaire une santé insolente. Mieux vaudrait expliquer les raisons de cette désaffection pour la formation qui fut longtemps le principal parti de gauche, celui qui était majoritaire. Cela ne peut émerger que dans un débat approfondi non dans un processus de primaire où les dés sont en partie pipés par le fait majoritaire interne, en partie par une fréquentation probablement limitée des deux tours de scrutin ainsi que par une propension des candidats à l’individualisation forcée de leur programme.

Il y a d’abord ce quinquennat singulier où Hollande entreprit très vite d’oublier non pas tel ou tel engagement précis mais le sens même de la victoire de 2012. Sous l’influence de Macron et en compagnie de Valls, ils s’affranchirent du lien « vital » entre la gauche et la question sociale. La politique de l’offre, les lois Macron et El Khomri ont sapé ce rapport historique entre le PS, la gauche en général et sa base électorale « naturelle ». Il y a longtemps en effet que le PS ne fait plus rêver, mais au moins avait-il gardé ce sens de la
« vraie vie » aux yeux de la majorité des salariés. En s’exonérant de la question sociale au nom d’une politique de l’offre par ailleurs extravagante, il s’est desséché comme une plante privée d’eau. Une mauvaise nouvelle tant pour les socialistes que pour la gauche dans son ensemble car si les salariés de la Fonction publique, par exemple, se « droitisent » selon la dernière étude du Cevipof, c’est aussi la résultante de cet aiguillage vers l’abîme. Beaucoup n’iront pas voter pour autant pour Mélenchon ni même pour Macron mais directement et franchement à droite ou pire.

Dans les débats de la primaire, cette question est largement éludée pour éviter d’avoir des comptes à rendre et parce que ces débats sont hors-sol, organisés par les médias en fonction de leurs critères de diffusion de l’information et non avec le souci de s’expliquer auprès des militants et électeurs de gauche qui ont porté pour l’essentiel la victoire de 2012. Résultat, on tutoie la pantomime quand Valls explique « qu’il a changé » ou encore que « le 49.3 lui fut imposé par les frondeurs ». Ce n’est tout simplement pas sérieux, par trop électoraliste et commode de ne pas assumer un bilan que d’autres candidats anciens ministres ont eux aussi à assumer, serait-ce à un moindre degré que le Premier ministre de l’époque. Et comble du déni, celui qui fut tout à la fois l’inspirateur, puis l’exécuteur de la politique gouvernementale, caracole dans les sondages hors primaire. Il est vrai qu’il a pour lui une forme de cohérence qui le situe quelque part entre la gauche et la droite, faute de revendiquer son ancrage dans l’un ou l’autre camp.

Il y a ensuite la question structurante de la démocratie. Que d’aucuns osent affirmer qu’il n’y a pas de grandes différences entre une politique de droite et une politique de gauche en la matière en dit long sur leur reniement. Car ce n’est pas seulement l’utilisation du 49.3 et la violation des droits légitimes du Parlement qui sont en cause mais l’ensemble du rapport aux Institutions antidémocratiques de la Ve République. À commencer par la Présidence dont tout ou presque procède accordant au « monarque », fût-il « républicain », une forme de pleins pouvoirs. Ainsi quand la crise fut venue au sommet de l’État, elle fut réglée prestement par un remaniement sans débat à la seule discrétion du locataire de l’Élysée et de son Premier ministre. De la même manière, après avoir essuyé de véritables débâcles électorales à toutes les élections intermédiaires, le rôle de deus ex machina du Président ne fut jamais vraiment remis en cause. Sans compter son entêtement irresponsable sur la déchéance de nationalité. Les candidats à la primaire se démarquent tous bien sûr mais sans proposer une alternative sérieuse de recours à un processus constituant pour une sixième République, seule garantie qu’elle voit le jour.

Il y a enfin la question européenne qui ne saurait être traitée à coups de slogans d’antan à la manière de Mélenchon pour dissimuler un nationalisme rétrograde. L’Europe, son intégration marchande, sa monnaie et ses institutions bruxelloises sont ambivalentes. Elles ne sont satisfaisantes ni du point de vue de la construction d’une Fédération des États-Unis d’Europe, ni du point de vue du progrès social dans l’ensemble de l’Union, ni même du strict point de vue démocratique. Quand bien même des progrès auraient été réalisés dans tous ces domaines, ce qui est peu contestable mais trop lentement et en règle générale dans le dos des opinions. Curieusement, l’on assiste au mieux à des proclamations proeuropéennes dans et hors primaire, de Hamon à Macron en passant par Peillon. À l’inverse, Montebourg et Mélenchon n’en ont cure et Valls navigue comme sur le reste à la godille, son discours de Munich n’étant pas moins grave que les autres actes de gouvernement qui le plombent. Aucun candidat à ce jour ne porte une orientation claire pour une Europe fédérale intégrée. Cela oblitère en outre une politique étrangère volontaire et indépendante au nom des Non-alignés du XXIe siècle pour les enjeux de la guerre et de la paix, comme pour ceux de l’environnement et du climat.

Trois questions structurantes pour une politique de gauche sans compter le projet de société à long terme et la place du travail en son sein comme facteur de socialisation et d’émancipation ou au contraire comme butte témoin d’un autre temps, à la manière de Benoît Hamon, sans doute le plus « sérieux » sur l’Europe, la démocratie et la question sociale. La référence, chez lui, à un revenu universel d’épanouissement – actualisant en quelque sorte Le droit à la paresse de Paul Lafargue – est positive dans une première étape pour la jeunesse mais infiniment plus discutable dans la perspective de sa généralisation. Mais surtout pourquoi les électeurs de gauche, hors PS et associés, se déplaceraient-ils en masse quand ils savent que les dynamiques porteuses sont du côté de Mélenchon et de Macron, hors primaire ? Mieux vaudrait tant qu’il en est encore temps, éviter le carambolage des perdants, dans et hors primaire, pour réunir un « Congrès » pour battre la droite et l’extrême-droite, ouvert à tous en partant d’en bas, dans chaque département, pour assumer au moins les têtes de chapitres d’un programme réellement coécrit, des candidats communs aux élections législatives et dégager une personnalité susceptible de gagner la présidentielle avec l’engagement de rompre aussitôt avec les Institutions de la Ve par un recours à un processus constituant.



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