mardi 10 janvier 2017

Morsures hivernales

Réfugiés syriens à Paris (photo © AFP), Barack Obama (photo © AFP), Meryl Streep
aux Golden Globes (photo © AP/SIPA), Benoît Hamon (photo DR).

Il y a le fond de la situation qui exige toujours pour guider l’action une analyse précise, mesurée, soupesée au trébuchet. Et puis, il y a les « coups de gueule » nécessaires qui ne règlent rien mais sont pourtant indispensables contre l’injustice au quotidien, celle qui fait que l’Europe a déjà à déplorer une cinquantaine de décès due au froid. En 2017, c’est tout simplement insupportable ! De même, si l’on en croit Médecins sans frontières (MSF) et il y a toutes les raisons de le faire, des policiers parisiens « violenteraient » des sans-abri, allant jusqu’à leur confisquer leur couverture de misère. Au lieu d’ouvrir promptement une enquête et de prononcer de fortes paroles pour isoler ces « salopards » et laver leurs collègues de tout soupçon, Le Roux leur assure une impunité du déni. C’est insensé pour un « ministre de la République » ! Qu’attendent Hollande devenu « grand protecteur des plus fragiles » devant « les forces de l’Esprit » à défaut des électeurs et Cazeneuve pour réagir, faire preuve d’un minimum d’humanité et de sens politique, en remettant à sa place l’encombrant ministre de l’Intérieur qu’ils se sont choisi.

Que dire encore quand un plan com’ promo odieux et des producteurs et animateurs peu regardants donnent, pour faire de l’audience et de l’argent, la parole à l’inspirateur des assassins de Charlie. Il se dit repenti. Il a purgé sa peine et a donc droit par principe à une réinsertion qui suppose le plein exercice des droits démocratiques dont celui de s’exprimer comme il l’entend. Mais que juste deux ans après, ce monsieur vienne à l’antenne pour dire que lui aussi il serait Charlie, exhibant un badge à l’invitation du sinistre Ardisson sans un mot en toute fin d’émission, n’est pas tolérable ni pour les familles des victimes, ni même pour les millions de Français et d’Européens descendus dans les rues le 11 janvier 2015. Qu’attend le CSA, non pour simplement rappeler à l’ordre sans frais chaînes, producteurs et animateurs mais pour infliger une lourde amende aux décideurs coupables de cette provocation propre à entretenir souffrance et haine. En contrechamp, combien ont pu paraître dérisoires les cérémonies sobres et dignes de commémoration de ces événements de janvier qui ont tant blessé l’Europe et le monde, auraient-ils dans le même mouvement fondé la résistance et la résilience de l’humanité à la barbarie renaissante.

Et il y a Jean-Luc Mélenchon qui demande aux banques françaises de prêter de l’argent au FN pour financer la campagne présidentielle de la PME Le Pen et associés. Ce serait, selon lui, conforme à la démocratie puisque le FN n’est pas interdit – le parti nazi non plus n’était pas interdit. Lui qui connaît l’histoire ose se faire le chantre du financement des Damnés au prétexte que les banquiers n’auraient pas de « morale ». Non, mille fois non, il faut au contraire se féliciter du refus des établissements bancaires jusqu’alors de financer les fascistes. C’est, dans des situations comme les sombres années trente du XXe siècle, un moment de bascule quand « ceux d’en haut » espèrent encore pouvoir contrôler « la bête immonde » avant qu’elle ne leur échappe totalement. L’histoire l’a prouvé. Aussi, aujourd’hui comme hier, refuser au nom de l’éthique tout concours à la marche au pouvoir du FN demeure un impératif politique et humain essentiel. Mais Mélenchon, issu de la gauche, désormais au-delà du clivage droite gauche, désireux de rassembler les « nationaux » contre l’Europe de Bruxelles, aurait-il d’autres arrière-pensées plus pernicieuses encore ? Il est en tout cas disqualifié à gauche, pour la gauche.

Des arrière-pensées, d’autres en ont au plan européen comme vient de l’illustrer le pas de deux esquissé au Parlement de Strasbourg entre Beppe Grillo du Mouvement 5 Étoiles et Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et ci-devant président du groupe parlementaire de « l’Alliance des Libéraux et des Démocrates » (ALDE). À la rencontre d’un troisième type d’orientation entre populisme antieuropéen et… europhilie antidémocratique. Les « Grillistes » auraient ainsi quitté le groupe de l’Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe (EFDO) où ils cohabitent avec l’UKIP de Farage sans rejoindre pour autant le groupe des fascistes et assimilés (FN et associés autrichiens et néerlandais principalement). Chez ces gens-là, la concurrence est toujours féroce et tant mieux. Négociation secrète avec un Verhofstadt qui a perdu toute crédibilité et y voyait sans doute le moyen de faire grossir son petit groupe centriste pour peser davantage dans l’élection à venir du Président du Parlement entre sociaux-démocrates et droites conservatrices classiques. La manœuvre a échoué parce que les partenaires de l’otage volontaire ont dit non cette fois au chantage… mais c’est précisément à cela que conduit le refus d’assumer le clivage gauche droite sur le fond comme dans les arrangements entre amis.

Retour à Paris où la bourse aux candidats bat son plein à gauche. Côté cour avec les programmes qui n’ont qu’une importance relative – Hamon est gagnant haut la main sur ce terrain – et côté jardin avec les annonces de campagne. Henri Emmanuelli d’ailleurs le soutient. Logique, attendu et révélateur, car, dit-il, « il est le plus à gauche ». Peu contestable en effet. En revanche, Martine Aubry ne sait pas encore ou du moins si elle sait ce qu’elle votera, elle ne le dit pas ayant précisé qu’elle n’était pour rien dans la candidature de Peillon – sa campagne est mort-née – et ayant gardé de « l’affection » pour Hamon. L’attrait du clair-obscur encore et toujours. Un PS et apparentés qui a du souci à se faire car Macron, toujours plus en appétit, entend désormais avoir des candidats aux législatives dans chaque circonscription et il fait dire « qu’il les choisira lui-même »… Quelle belle « Révolution » démocratique ! Une manière de mettre le marché en main à beaucoup de sortants et d’impétrants socialistes, y compris ceux qui n’y croyaient plus, « rejoignez-moi, vous ne le regretterez pas ! ». Comment ne pas y voir le coup de pied de l’âne à une gauche sociale-démocrate à qui il doit tout mais que Macron est désormais en situation de reconvertir à son profit, la Rue de Solférino y laisserait-elle la chemise de Cambadélis… à plus forte raison si le Président et d’autres Hollandais de poids finissent au nom des « enjeux » et du « réalisme » par soutenir l’ancien poulain devenu souverain et fougueux.

Et puis, il y a ce qui ne cesse d’inquiéter en cet hiver froid et morne. Chicago – Bye Bye Obama – et Washington – « L’inauguration » de Trump –, quel contraste ! L’on pressent que la résistance s’organise à Hollywood avec Meryl Streep et beaucoup d’autres – « les étrangers, la presse » – d’un bout à l’autre des États-Unis. Le despote aveuglé peut engranger quelques succès apparents comme l’inversion provisoire des flux d’investissements dans l’automobile et l’allégeance de Bernard Arnault (LVMH), sa politique « tweetée » met en danger les échanges mondiaux et l’économie américaine au premier chef parce qu’elle en vit. Les Chinois en paieront sans doute le prix dans un premier temps comme l’indique la poursuite de la glissade du Yuan sur les marchés de changes, serait-elle encadrée par le régime et artificiellement freinée. La relance de l’extraction et de la commercialisation du pétrole de schiste aura pour conséquence la déstabilisation des cours du baril et de ceux, de la Russie à l’Arabie saoudite et même à l’Iran qui pensaient avoir trouvé la martingale pour recharger budgets et réserves. Sans compter la Syrie et les déclarations provocatrices du Boucher de Damas à propos de Fillon après que plusieurs « grenadiers voltigeurs » de la droite et du centre dont Mariani et Lassalle ont fait un nouveau voyage de la honte. On grelotte donc en Europe, mais ce n’est pas une raison pour se cacher sous la couette. Il est préférable de sortir et de se battre sur tous les fronts si l’on veut accélérer la venue du printemps.   



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