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| Alexander Van der Bellen © AFP, Mateo Renzi © AFP, Manuel Valls © AFP. |
Quel Européen attaché aux libertés démocratiques n’a pas éprouvé un vrai soulagement à l’annonce de la défaite de l’extrême-droite en Autriche ? Le FPÖ - Parti de la Liberté - et son candidat Norbert Hofer ont été repoussés par un sursaut démocratique qui a porté à la Présidence de la République l’écologiste Van der Bellen, avec plus de 53 % des suffrages - au tour précédent celui-ci ne l’avait emporté que de quelque 31 000 voix. La participation - 74 % - le confirme, les scores réalisés dans les principales villes du pays également. Le plafond de verre a donc fonctionné une fois encore, expression d’une volonté majoritaire de ne pas passer sous la coupe des fascistes. La caractérisation n’est pas outrancière pour ce parti qui a vu le jour en 1955 parce que l’absence de « campagne d’épuration » à la fin de la seconde guerre mondiale a permis un regroupement rapide au grand jour des réseaux nationaux-socialistes. Bien que dominée pendant plusieurs décennies par un bipartisme bien réglé entre conservateurs et sociaux-démocrates, la vie politique autrichienne a commencé à vaciller sous les coups de boutoir de l’extrême-droite quand celle-ci fut appelée au gouvernement dans le cadre d’une coalition noir-bleu avec les conservateurs. Rien dans la situation économique et sociale ne prédestinait ce petit État européen - 8,4 millions de ressortissants - relativement stable et prospère à connaître une telle poussée extrémiste. Rien sauf l’instrumentalisation de l’immigration et des peurs qu’elle suscitait dans une opinion, à la campagne notamment, chauffée à blanc sur le thème de « l’invasion » et du « on est plus chez nous »… Il est réconfortant que l’une des raisons de la défaite des néo-nazis tienne au témoignage d’une vieille dame de 89 ans, rescapée du camp d’Auschwitz, qui a tenu à témoigner avec ses mots à la fois simples et forts pour expliquer que la haine contre les migrants réfugiés aujourd’hui était en tout point comparable à celle exprimée à l’époque contre les populations juives. Ce sont vraisemblablement plus d’un tiers des Autrichiens qui ont vu la vidéo de Gertrude. Comme quoi, il est encore possible de donner du sens aux faits historiques. Pour autant, il faudra bien davantage qu’une défaite électorale pour marginaliser les fascistes qui étaient encore crédités, il y a peu, de quelque 35 % en vue des élections législatives de 2018. Mais, c’est un fait, ils ont été battus et cela doit encourager dans toute l’Union au même sursaut démocratique pour les défaire eux et leurs semblables.
Malheureusement, la
situation italienne n’offre pas les mêmes raisons d’espérer parce que le
résultat du référendum constitutionnel se solde par un fiasco de Renzi et ouvre
une période d’instabilité et de grandes incertitudes. Sur le fond, la remise en
cause du « bicamérisme parfait » qui paralyse la vie politique depuis
si longtemps n’était guère contestable dans son principe. Longtemps, à
commencer par Renzi lui-même, les Italiens ont considéré que ce référendum sans
être une simple formalité lui permettrait d’asseoir son « autorité de
réformateur ». C’était sans compter sur les forces obscures d’une
opposition dominée par les populistes du Mouvement cinq étoiles et les
néo-fascistes de la Ligue lombarde et consorts. À l’arrivée, c’est une
déferlante qui emporte Renzi contraint de démissionner comme il s’y était engagé
s’il était battu. La perspective de nouvelles élections générales, exigées par
l’extrême-droite, inquiète au plus haut point. Toutes les élections partielles
se sont en effet terminées par des
prises de guerre des populistes, à Rome et à Turin en particulier. Qu’en
serait-il demain alors que la gauche, serait-elle celle du Parti démocrate de
Renzi, est désorganisée, sans leader, et que la droite classique ou tenue pour
telle a presque disparu de certaines villes et régions, à Milan la capitale
économique par exemple. Ce vide politique qui peut profiter aux populistes et
autres fascistes se conjugue avec une situation bancaire explosive. Cela fait
des mois que l’on découvre l’ampleur des créances douteuses dans les fonds des
banques italiennes - au bas mot 360 milliards d’euros soit plus de 16 % de ces
fonds quand la moyenne européenne se situe juste à 6,5 %. Situation périlleuse
dont le cas de la Banque Monte dei
Paschi de Siena est le symbole encombrant… avec un tiers de créances douteuses.
Une vraie bombe à retardement pour le système bancaire européen et la finance
mondiale. C’est aussi en cela que la crise ouverte italienne est angoissante
parce qu’elle peut déclencher une déflagration dont personne n’est en mesure
d’apprécier l’onde de choc et les effets dévastateurs. Alors, bien sûr, l’heure
est à l’adoption, par ceux qui entendent se battre contre la catastrophe pour
la conjurer, d’un programme de gauche qui passe entre autres par
l’assainissement des arrière-cuisines de la République italienne au plan
économique et financier car c’est la condition pour relever la tête et sauver
un pays qui est en perdition avec des performances très en deçà de la moyenne
de ses partenaires européens, y compris par rapport à « un mauvais
élève » comme la France.
La France justement où la
gauche n’en finit pas de préparer avec entrain son suicide collectif. Valls est
ainsi candidat à la Présidence de la République pour « faire gagner tout
ce qui nous rassemble » en remplacement de Hollande qu’il a congédié en
force. Comment ce futur ancien Premier ministre pourrait-il faire oublier sa
coresponsabilité dans le sombre bilan du quinquennat ? Qui peut croire que le
co-auteur de la loi El Khomri est qualifié pour rassembler la gauche ? N’a-t-il
pas théorisé le caractère « irréconciliable des deux gauches » comme
il l’a dit, écrit et répété. Qui peut croire qu’il soit plus qualifié pour
lutter efficacement contre le populisme lui qui est allé prononcer un discours
à Munich contre la politique européenne d’accueil des migrants réfugiés
incarnée par la Chancelière allemande ? Qui ne se souvient pas des coups de
menton qui dénotent chez lui sur fond de libéralisme un autoritarisme certain
qu’il a manifesté « 49.3 au poing » pour les lois Macron et El Khomri. Non, Valls ne peut pas être le
candidat de la gauche au second tour. C’est tout simplement impossible. Si les
socialistes à l’invitation de Cambadélis venaient à le prétendre à l’issue
d’une primaire éventée, alors ce sont eux qui perdraient gros, entraînant
malheureusement dans leur chute le reste de la gauche. Et pendant ce temps, les
ministres s’égayent, certains se déshonorant à l’image de Ségolène Royal disant
n’importe quoi à propos du régime cubain comme elle l’avait fait jadis à propos
de la justice chinoise. Alors, oui, assez de « conneries », que la
gauche, toute la gauche, avec les socialistes bien sûr mais aussi avec tous les
autres, cesse de se bercer d’illusions, se choisisse des candidats à la
députation dans chaque département et une vraie candidature unitaire à la
présidentielle. Valls n’est qu’un obstacle de plus dans cette perspective.
Sinon, c’est au mieux Fillon et la droite extrême qui empocheront la mise et
persécuteront ce pays en matière économique et sociale comme au niveau des
libertés. Moins sans doute que si c’était Le Pen qui devait l’emporter mais
pourra-t-on se contenter de ce moindre mal sans faire l’improbable, voire
l’impossible, pour inverser la tendance tant qu’il en est encore temps ?
Une Europe cabossée dans
ces trois contrées et tout autant ailleurs parce que les actuels dirigeants
européens ne renoncent à rien de leur folle obstination comme ils le
démontrent, une fois encore, à propos de la Grèce. Loin d’effacer comme le leur
propose le FMI une partie du fardeau de la dette grecque, ils prétendent faire
durer le supplice… jusqu’à 2060 et bien après. À cette date, sur la base de
scénarios aussi gratuits que fantaisistes, par le biais d’un allongement des
maturités et d’une limitation malgré tout des taux, la valeur nette de la dette
grecque ne représenterait « plus » que 100 % du Pib contre 177 %
aujourd’hui. Et Schaüble, le ministre allemand des finances, toujours lui, d’exiger
de nouveaux « efforts » d’Athènes de fait contre la justice sociale
et fiscale. C’est ce genre de politique stupide qui a toujours échoué et
conduit à l’explosion des populismes. Pas en Grèce ni au Portugal parce qu’une
gauche unitaire et au moins partiellement rassemblée, moins aveugle et
révérencieuse que la majorité des sociaux-démocrates, veillait au grain et
limitait dans un contexte particulièrement difficile les effets destructeurs
des politiques libérales dont se revendiquent Schaüble mais aussi à leur
manière Sapin ou Valls.

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