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| Jérôme Cahuzac (photo © Philippe Lopez/AFP), Contrôle de la circulation alternée (photo © Jacques Demarthon/AFP) |
Du côté de l’extrême-droite, c’est encore plus net. Les
harangues haineuses n’ont jamais fait un programme. Consciente de la chose, Le
Pen et les siens ont fait le choix de masquer leur fonds de commerce, de se
« normaliser » autant que faire se peut pour eux et de
« dédiaboliser » leur petite entreprise. Au point que la candidate
s’est tue pendant plusieurs mois pour ne pas susciter de nouvelles polémiques.
Elle pensait sans doute que le temps travaillait pour elle. Sauf qu’à ce petit
jeu, elle prenait un tout autre risque, celui d’ouvrir un créneau à la
concurrence issue du sérail. La petite fille a ainsi tenté d’ébranler l’autorité
de la fille d’autant plus facilement qu’elle n’avait pas, elle, de
contrainte électorale. La question de l’avortement et de son remboursement a
fait l’objet d’une sourde bataille obligeant celle qui est candidate à sortir
de sa réserve, à recadrer sèchement sa nièce sur un terrain où les frontières
avec Fillon sont par ailleurs poreuses. Cela n’a d’évidence pas suffi pour
calmer les ardeurs en interne et du coup il leur a fallu trouver une grosse
ficelle pour reprendre les choses en main à un moment où les sondages
soulignent une stagnation si ce n’est un tassement des intentions de vote en
faveur de Le Pen. Quoi de mieux que l’immigration et spécialement les enfants
d’immigrés pour se refaire une santé à l’extrême-droite. Au passage, on notera
que leur proposition signe l’aveu qu’il est totalement hors de portée
d’expulser massivement les immigrés en situation irrégulière. S’en prendre donc
à la gratuité de l’école publique, la rendre payante pour certaines catégories
de la population, rompre avec toutes les obligations internationales de la
France en Europe, à l’Onu, devant la conscience universelle. Voilà désormais un
programme fasciste chimiquement pur qui fera date dans la campagne comme la
preuve que la PME Le Pen ment et cherche à s’emparer du pouvoir pour y mettre
en oeuvre une politique absolument intolérable parce que totalement illégitime
du point de vue des standards démocratiques retenus par l’histoire et la
communauté internationale. Le fondement réactivé du fameux plafond de verre qui
doit les exclure de l’exercice du pouvoir, toujours et à tous les niveaux de la
vie publique.
Rien n’est joué, c’est vrai aussi de la gauche, des gauches
dans toute leur ébouriffante diversité… Hollande a été « empêché »
parce qu’il s’était éloigné des attentes majoritaires de l’opinion au-delà même
de celles des électeurs de gauche dont les socialistes. De la politique de
l’offre à la déchéance de nationalité en passant par la loi El Khomri. Il a cru
en cette dernière occasion que le fanatisme d’une poignée de patrons et la
complaisance d’une centrale syndicale alignée pesaient davantage que la
majorité des Français, en vain et malgré un passage en force déshonorant. Le
candidat de substitution, Valls, est tout aussi comptable de ce bilan même s’il
n’épuise pas le sujet dont il est le symbole. La primaire étriquée de
Cambadélis n’est désormais promise qu’à déconvenues, de la participation à ce
qu’il en sortirait comme candidature. Les dynamiques sont ailleurs du côté de
Mélenchon et surtout de Macron - un tiers des électeurs envisage de pouvoir
voter pour lui -, sans que celles-ci ne soient garantes d’une qualification
pour le second tour. L’ajout d’une, deux, trois candidatures supplémentaires ne
changera plus rien à l’affaire. Il est donc urgent de mettre un terme à cette
mauvaise comédie. Aucune solution de sommet n’est réellement envisageable sur
la base de retraits en cascade. Mieux vaut assurer les législatives avec un
cadre commun dans chaque département et un programme a minima de justice
sociale et de progrès démocratiques pour sortir du carcan des institutions de
la Ve République. Faute de s’y résoudre, des propositions dangereuses
risqueraient de s’imposer telle celle de Macron de supprimer les cotisations
sociales - maladie et chômage - en sollicitant une CSG augmentée et non
fusionnée avec l’impôt sur le revenu. La solidarité nationale des finances
publiques en lieu et place de la solidarité sociale et du salaire différé. Pas
sûr que les salariés y trouvent leur compte au final mais difficile de les en convaincre
a priori. Surtout quand l’actualité se charge de rafraîchir les mémoires avec
la condamnation salutaire d’un corrompu qui fut ministre du budget et de
l’austérité, quand la Cour de justice de la République juge la ministre de l'économie de Sarkozy, quand la pollution qui sévit occasionne chaque année 42 000 décès
prématurés selon l’OMS et un coût de 100 milliards d’euros d’après un rapport
sénatorial - bilan du quinquennat et de la ministre de l’environnement en
particulier ! Rien n’est, certes, définitivement joué mais fin janvier ce sera
le cas. Sursaut contraint ou impasse aventureuse, il faut choisir,
vite.
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