vendredi 16 décembre 2016

Tout est-il vraiment permis ?


Des civils fuient la zone rebelle lundi soir à Alep (photo©KARAM AL-MASRI/AFP)

On pourrait être tenté de le croire en observant la scène politique et sociale française en cette fin d’année 2016. D’abord en constatant que deux des candidats investis par les sondages comme « favoris » de l’élection présidentielle font preuve d’une « poutinophilie » extravagante. Les bombes pleuvent sur ce qu’il reste des quartiers insurgés d’Alep, des civils sont déportés quand ils ne sont pas massacrés sur place, cela ne les dérange guère. Fillon le dit sans détour, il est prêt à s’assoir à la table des assassins. Et l’extrême droite qui ne dit rien, consent, prête à servir la soupe au tsar sanglant et à ses acolytes. Cet alignement sur Moscou n’a rien à envier à celui des amis de l’impérialisme américain jadis. Il est le signe d’un abaissement politique et diplomatique, « munichois » par principe, qui voudrait que l’on cède toujours à la puissance impériale revendiquée en espérant qu’elle s’en souviendra pour quelques faveurs. Lâche renoncement qui emporte des conséquences généralement dramatiques.
Viennent ensuite les « coups » électoralistes d’un pouvoir aux abois. Hollande après avoir renoncé à briguer sa propre succession « soigne » son camp, croit-il, en décrétant que la réduction d’impôt - jusqu’à 20 % pour 5 millions de foyers fiscaux - prévue dans la loi de finances 2017 s’appliquerait par anticipation en janvier et non en août. C’est faire fi de la situation générale de l’économie et du budget de l’État. L’Insee après la Banque de France - 1,3 % - abaisse la perspective de croissance - 1,2 % -  pour cette année. Cela implique une gestion chaotique des finances publiques au cours de 2017, avec un gel de précaution des dépenses plus important que prévu au premier trimestre et un ajustement douloureux au second, quel que soit le résultat des élections, présidentielle et législatives. Hollande n’en a que faire, il sera parti…. Mais l’intérêt général n’y trouvera pas son compte alors que le contexte mondial se tend - hausse des taux, remontée du prix du pétrole, protectionisme en vogue - et que le pays l’aborde en position de faiblesse. Et les socialistes d’en rajouter avec ces retards de cotisation supposés de plusieurs prétendants à la primaire qui se chiffrent en dizaines de milliers d’euros… quand la majorité des salariés ont des revenus à peine supérieurs au  Smic.
Le « coup » de Valls ne manque pas de piquant non plus. Lui qui a conduit « sa » majorité à la cravache, à coups de 49.3 à répétition, se fait le chantre d’une révision constitutionnelle qui abolirait le fameux article inique qui viole les droits du Parlement et permet d’imposer à l’opinion de manière antidémocratique les lois les plus minoritaires et contestées. Ce fut le cas de la loi Travail attribuée à El Khomri mais Valls n’envisage pas de l’abroger ni globalement ni même en ce qui concerne les dispositions les plus dangereuses comme l’inversion des normes. Non, en politicien avisé, à l’image de Chirac autrefois, il pense que « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », autrement dit que tout est permis au candidat pour gagner et faire ensuite le contraire de ce à quoi il s’était engagé. Assurément un nouvel abaissement de la politique mais qui peut faire l’objet d’un défi. Rien n’interdit en effet au pouvoir de prévoir une révision Constitutionnelle par référendum à l’occasion des prochaines élections. Que Valls et ses concurrents s’en donnent les moyens s’ils le veulent vraiment.
Même le discret Conseil économique, social et environnemental (CESE) met la main à la pâte dans la foulée du Conseil constitutionnel pour limiter la progression de la transparence. La Loi Sapin II, sur l’insistance des députés de gauche, prévoyait que les entreprises aient l’obligation de publier des comptes sincères et détaillés par pays. Le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition phare au prétexte qu’elle serait contraire au droit à la concurrence. Et le CESE, au nom de l’idéologie de la compromission sociale, chère à la direction de la CFDT ou à celle de Terra nova, d’envisager que la réalité de ces comptes puisse être portée à la connaissance des élus syndicaux qui endosseraient ainsi un rôle de « collaborateur » des directions exécutives et éventuellement même dans les cas les pires de « lanceurs d’alerte ». Les « arrangements » entre « gens responsables » contre la démocratie sociale et un moyen de refuser un statut protecteur pour les vrais lanceurs d’alerte.
Au plan européen, on relèvera le silence assourdissant du même Sapin - sans compter ceux de Hollande et de Cazeneuve - qui ne trouve rien à redire à la décision du Président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, de suspendre les décisions du dernier Conseil concernant la Grèce. Imaginez, le gouvernement Tsipras a profité d’un excédent budgétaire primaire plus élevé que celui « imposé » par ses créanciers pour soulager la misère des petits retraités  qui assument souvent plusieurs membres de leur famille. Un crime contre le veau d’or bruxellois en effet d’autant qu’Athènes n’a pas soumis ce projet à ses « partenaires ». La décision de ne pas diminuer significativement le fardeau de la dette - 177 % du Pib - comme le demande le FMI  était absolument inacceptable. Mais  les obstinés de l’austérité en rajoutent sans que Paris ne lève seulement le petit doigt pour au moins dire sa désapprobation. Non, décidément Sapin ne se distingue guère sur le fond de son homologue Schaüble, quoi qu’il en dise et prétende.
Il y a enfin ces « anomalies » judiciaires à répétition qui en disent long sur la crise de l’État et de la société française. Lagarde devant la Cour de justice dans le box des accusés à propos de l’affaire Tapie. Elle aurait dû d’évidence y être en compagnie de Fillon, Premier ministre et de Sarkozy, Président à l’époque. Il n’en aura rien été et le procureur ne peut dans ces conditions si particulières que la défendre. Du coup aux yeux d’une opinion peu au fait des questions de droit, ce procès risque d’apparaitre comme un  arrangement entre amis. Le temps long, voire très long, de la justice est un obstacle à une juste compréhension des faits et des décisions de justice par les citoyens, du moins celles qui sont appliquées « aux puissants ». Car pour ce qui est de la justice ordinaire, on s’embarrasse moins de précautions y compris pour condamner à la détention dans des conditions « inhumaines » et « dégradantes » comme le prouve le dernier rapport de la Contrôleure des prisons à propos du centre pénitentiaire de Fresnes qui ne fait pas exception à la règle. 
Tout serait-il donc vraiment permis ? Certains le croient sans doute mais à tort. Parce que l’opinion encaisse le plus souvent sans broncher jusqu’au jour où ce qui était encore possible la veille ne l’est plus. C’est un monde qui s’écroule alors celui d’un passé dont il faut faire table rase faute de l’avoir réformé à temps sous les signes d’une plus grande justice sociale et de davantage de démocratie, de plus à tous les niveaux d’une société pour qu’elle devienne plus vivable parce que plus respectueuse des droits humains dont celui à l’égalité. Mais il arrive hélas aussi parce qu’ils ont perdu leurs repères sociaux et démocratiques que les hommes se transforment en loups pour d’autres hommes dans ces régimes qui s’inspirent directement du fascisme du siècle dernier. À force de faire n’importe quoi, on se rapprocherait de cette alternative entre la Révolution - pas celle de com’ de Macron - et le fascisme, entre le socialisme et la barbarie sans garantie que le souhaitable ne l’emporte sur l’insupportable.



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