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| Des civils fuient la zone rebelle lundi soir à Alep (photo©KARAM AL-MASRI/AFP) |
On pourrait être tenté de le croire en observant la scène politique et sociale française en cette fin d’année 2016. D’abord en constatant que deux des candidats investis par les sondages comme « favoris » de l’élection présidentielle font preuve d’une « poutinophilie » extravagante. Les bombes pleuvent sur ce qu’il reste des quartiers insurgés d’Alep, des civils sont déportés quand ils ne sont pas massacrés sur place, cela ne les dérange guère. Fillon le dit sans détour, il est prêt à s’assoir à la table des assassins. Et l’extrême droite qui ne dit rien, consent, prête à servir la soupe au tsar sanglant et à ses acolytes. Cet alignement sur Moscou n’a rien à envier à celui des amis de l’impérialisme américain jadis. Il est le signe d’un abaissement politique et diplomatique, « munichois » par principe, qui voudrait que l’on cède toujours à la puissance impériale revendiquée en espérant qu’elle s’en souviendra pour quelques faveurs. Lâche renoncement qui emporte des conséquences généralement dramatiques.
Viennent ensuite les « coups » électoralistes d’un
pouvoir aux abois. Hollande après avoir renoncé à briguer sa propre succession
« soigne » son camp, croit-il, en décrétant que la réduction d’impôt -
jusqu’à 20 % pour 5 millions de foyers fiscaux - prévue dans la loi de finances
2017 s’appliquerait par anticipation en janvier et non en août. C’est faire fi
de la situation générale de l’économie et du budget de l’État. L’Insee après la
Banque de France - 1,3 % - abaisse la perspective de croissance - 1,2 % - pour cette année. Cela implique une gestion
chaotique des finances publiques au cours de 2017, avec un gel de précaution
des dépenses plus important que prévu au premier trimestre et un ajustement
douloureux au second, quel que soit le résultat des élections, présidentielle
et législatives. Hollande n’en a que faire, il sera parti…. Mais l’intérêt
général n’y trouvera pas son compte alors que le contexte mondial se tend -
hausse des taux, remontée du prix du pétrole, protectionisme en vogue - et que
le pays l’aborde en position de faiblesse. Et les socialistes d’en rajouter
avec ces retards de cotisation supposés de plusieurs prétendants à la primaire
qui se chiffrent en dizaines de milliers d’euros… quand la majorité des salariés
ont des revenus à peine supérieurs au
Smic.
Le « coup » de Valls ne manque pas de piquant non
plus. Lui qui a conduit « sa » majorité à la cravache, à coups de 49.3
à répétition, se fait le chantre d’une révision constitutionnelle qui
abolirait le fameux article inique qui viole les droits du Parlement et permet
d’imposer à l’opinion de manière antidémocratique les lois les plus
minoritaires et contestées. Ce fut le cas de la loi Travail attribuée à El
Khomri mais Valls n’envisage pas de l’abroger ni globalement ni même en ce qui
concerne les dispositions les plus dangereuses comme l’inversion des normes.
Non, en politicien avisé, à l’image de Chirac autrefois, il pense que « les
promesses n’engagent que ceux qui les écoutent », autrement dit que tout
est permis au candidat pour gagner et faire ensuite le contraire de ce à quoi
il s’était engagé. Assurément un nouvel abaissement de la politique mais qui
peut faire l’objet d’un défi. Rien n’interdit en effet au pouvoir de prévoir
une révision Constitutionnelle par référendum à l’occasion des prochaines
élections. Que Valls et ses concurrents s’en donnent les moyens s’ils le
veulent vraiment.
Même le discret Conseil économique, social et
environnemental (CESE) met la main à la pâte dans la foulée du Conseil
constitutionnel pour limiter la progression de la transparence. La Loi Sapin
II, sur l’insistance des députés de gauche, prévoyait que les entreprises aient
l’obligation de publier des comptes sincères et détaillés par pays. Le Conseil
constitutionnel a censuré cette disposition phare au prétexte qu’elle serait
contraire au droit à la concurrence. Et le CESE, au nom de l’idéologie de la
compromission sociale, chère à la direction de la CFDT ou à celle de Terra
nova, d’envisager que la réalité de ces comptes puisse être portée à la
connaissance des élus syndicaux qui endosseraient ainsi un rôle de
« collaborateur » des directions exécutives et éventuellement même
dans les cas les pires de « lanceurs d’alerte ». Les
« arrangements » entre « gens responsables » contre la
démocratie sociale et un moyen de refuser un statut protecteur pour les vrais
lanceurs d’alerte.
Au plan européen, on relèvera le silence assourdissant du
même Sapin - sans compter ceux de Hollande et de Cazeneuve - qui ne trouve rien
à redire à la décision du Président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, de
suspendre les décisions du dernier Conseil concernant la Grèce. Imaginez, le
gouvernement Tsipras a profité d’un excédent budgétaire primaire plus élevé que
celui « imposé » par ses créanciers pour soulager la misère des
petits retraités qui assument souvent
plusieurs membres de leur famille. Un crime contre le veau d’or bruxellois en
effet d’autant qu’Athènes n’a pas soumis ce projet à ses
« partenaires ». La décision de ne pas diminuer significativement le
fardeau de la dette - 177 % du Pib - comme le demande le FMI était absolument inacceptable. Mais les obstinés de l’austérité en rajoutent sans
que Paris ne lève seulement le petit doigt pour au moins dire sa
désapprobation. Non, décidément Sapin ne se distingue guère sur le fond de son
homologue Schaüble, quoi qu’il en dise et prétende.
Il y a enfin ces « anomalies » judiciaires à
répétition qui en disent long sur la crise de l’État et de la société
française. Lagarde devant la Cour de justice dans le box des accusés à propos
de l’affaire Tapie. Elle aurait dû d’évidence y être en compagnie de Fillon,
Premier ministre et de Sarkozy, Président à l’époque. Il n’en aura rien été et
le procureur ne peut dans ces conditions si particulières que la défendre. Du
coup aux yeux d’une opinion peu au fait des questions de droit, ce procès
risque d’apparaitre comme un arrangement
entre amis. Le temps long, voire très long, de la justice est un obstacle à une
juste compréhension des faits et des décisions de justice par les citoyens, du
moins celles qui sont appliquées « aux puissants ». Car pour ce qui
est de la justice ordinaire, on s’embarrasse moins de précautions y compris
pour condamner à la détention dans des conditions « inhumaines » et
« dégradantes » comme le prouve le dernier rapport de la Contrôleure
des prisons à propos du centre pénitentiaire de Fresnes qui ne fait pas
exception à la règle.
Tout serait-il donc vraiment permis ? Certains le croient
sans doute mais à tort. Parce que l’opinion encaisse le plus souvent sans
broncher jusqu’au jour où ce qui était encore possible la veille ne l’est plus.
C’est un monde qui s’écroule alors celui d’un passé dont il faut faire table
rase faute de l’avoir réformé à temps sous les signes d’une plus grande
justice sociale et de davantage de démocratie, de plus à tous les niveaux d’une
société pour qu’elle devienne plus vivable parce que plus respectueuse des
droits humains dont celui à l’égalité. Mais il arrive hélas aussi parce qu’ils
ont perdu leurs repères sociaux et démocratiques que les hommes se transforment
en loups pour d’autres hommes dans ces régimes qui s’inspirent directement du
fascisme du siècle dernier. À force de faire n’importe quoi, on se
rapprocherait de cette alternative entre la Révolution - pas celle de com’ de
Macron - et le fascisme, entre le socialisme et la barbarie sans garantie que
le souhaitable ne l’emporte sur l’insupportable.

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