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| Christine Lagarde (photo©Evan Vucci/AP/SIPA), Rex Tillerson, à Paris juin 2015 (photo©AFP-JIJI), Bernard Cazeneuve (Photo©Kamil Zihnioglu/AP/SIPA) |
La barbarie à Alep, Palmyre, Istanbul, Le Caire… La
conquête des quartiers insurgés d’Alep par l’armée de Bachar al-Assad, encadrée
et soutenue par Poutine, se fait au prix de crimes de guerre, voire de crimes
contre l’humanité, avec un lot d’atrocités probablement sans précédent depuis
longtemps. Quiconque connaissait un tant soit peu la situation sur le terrain
pouvait le prévoir. À ce titre, la communauté internationale a fait faillite en
se montrant incapable de prendre des mesures de protection des populations
civiles. L’insistance mise dans la dernière période par le secrétaire d’État
Kerry sur la collaboration avec Moscou a facilité cette issue tragique. On ne
saurait cependant en rester là. La mise en cause de Damas et de Moscou, d’Assad
et de Poutine devant la justice internationale constitue encore le meilleur
moyen de ne pas tirer un trait et d’éviter dans le futur la répétition de
pareils crimes. Parallèlement, la prise à nouveau de Palmyre par l’EI-Daesh prouve en quoi l’armée syrienne est incapable
de « tenir » les territoires conquis sous les bombes de ses
protecteurs. Cela confirme qu’une intervention internationale sur le terrain et
une vraie perspective de libération démocratique portée par la communauté
internationale étaient indispensables et restent la clé d’une solution réaliste
au conflit. Pendant ce temps, d’autres barbares continuent leurs jeux de
massacres à Istanbul à l’initiative d’une dissidence du PKK - Parti des travailleurs du Kurdistan - et au
Caire à celle, semble-t-il, des Frères musulmans. Cela suppose une attitude
sans ambiguïté des forces démocratiques, leur refus de la moindre collaboration
avec les assassins et une bataille idéologique à dimension universelle contre
les dérives religieuses et sectaires. Partout sans exception. Y compris quand à
un tout autre niveau, un prêtre et théologien catholique prétend présider une
université publique en l’occurrence celle de Strasbourg. La laïcité est aussi
une garantie de paix civile.
Une scène internationale plus dangereuse. Traditionnellement
celle-ci est marquée par la personnalité du secrétaire d’État américain. Or,
l’homme sorti du chapeau de Trump n’est autre que Rex Tillerson, actuel PDG
d’Exxon Mobil, un des majors du pétrole pris en flagrant délit de menaces et
d’atteintes à l’environnement à plusieurs reprises. Pire, cet homme là est
également un proche de Poutine qui l’a même décoré à ce titre. Voilà
l’imbroglio invraisemblable dans lequel l’élection de Trump plonge la planète.
D’autant que Poutine que les autorités américaines soupçonnent d’être
directement « intervenu » dans l’élection de 8 novembre, sait
désormais avoir les mains plus libres pour perpétrer une politique d’agressions
et de provocations qui est censée sanctionner le retour de la Russie au
première plan de la scène diplomatique sans la moindre considération pour les
droits humains. De la même manière, le contenu de la politique de Trump à
l’égard de Pékin fait courir le risque d’un emballement non maîtrisé sur le plan
diplomatique, militaire, voire économique - contre-mesure de dévaluation du
Yuan par exemple. Il n’est pas jusqu’à la régulation souhaitable du prix du
baril qui ne soit affectée par les incertitudes d’un paysage planétaire devenu
assez imprévisible. Si le prix du baril venait non pas à s’apprécier
raisonnablement comme nécessaire mais à s’envoler brusquement - ce n’est pas
exclu - alors nombre de pays feraient l’amère expérience d’un choc pétrolier
sur fond de croissance atone. Ajoutez-y les facteurs critiques des mises en
cause, judiciaire comme celle de Christine Lagarde, patronne du FMI, devant la
Cour de justice de la République française ou celles plus politiques de
Hollande et Renzi en Europe - sans conséquence interne pour l’heure - et vous
obtiendrez une situation à peu près incontrôlable. Il faut en tirer une
conclusion centrale, l’intervention des « opinions » souhaitable par
définition sur le plan démocratique est encore plus nécessaire aujourd’hui que
les dangers de tensions et de conflits se font plus pressants.
Une France à la traîne, bousculée. À la traîne de la
majorité de ses partenaires comme le souligne la énième révision à la baisse
par la Banque de France de ses prévisions de croissance pour 2016, mais
également pour 2017 et 2018. Voilà le principal bilan du quinquennat. 1,3 % de
croissance du Pib en 2016 et en 2017 avant une toute petite amélioration - 1,4
% - en 2018. Cela n’augure rien de bon car le budget est bâti sur une hypothèse
de 1,5 % et ces quelques dixièmes séparent une exécution « normale »
d’une phase de rigueur « contrainte ». S’y ajoute la remontée des
taux sur les marchés obligataires alors que la France se finançait pratiquement
à taux nul ces derniers temps. S’y ajoute l’augmentation du coût du pétrole qui
a franchi la barre des 50 dollars le baril et pourrait monter bien plus haut,
au-delà même des 70/75 dollars. Sans compter le retour improbable dans les
clous européens en matière de déficit public - 3,1 % selon la Banque de France
cette année. Le gouvernement Cazeneuve comme celui de son successeur devront
faire avec cette équation difficile après de longues années de stagnation et
alors que les quelques marges disponibles ont été sacrifiées sur l’autel de la
politique de l’offre au profit des entreprises et au débit du pouvoir d’achat
des ménages. S’y ajoute encore la faiblesse de l’investissement qui signe sévèrement l’échec de cette politique mise en œuvre par Bercy, Matignon et l’Élysée. S’y ajoute enfin et logiquement
le déficit commercial qui continue de se creuser d’une année sur l’autre en
dépit des arguties de circonstance évoquées à chaque fois par Sapin. La
campagne électorale, le brouillard à gauche, les lendemains de primaire
difficiles pour Fillon et la guerre des factions au FN répandent une ambiance assez
glauque qui aggrave les tendances de fond objectives qui taraudent une économie
qui hoquète depuis si longtemps tandis que ses voisins sont repartis de
l’avant. La survenue toujours possible d’un nouveau drame aurait dans ce
contexte des conséquences graves. Raison de plus pour ne pas se contenter de
l’écume de la com’ dans la campagne présidentielle faute de quoi ce pays
prendrait un risque majeur de « dérailler » au plan politique comme
au plan économique.

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