mardi 13 décembre 2016

Parti pris du 13 décembre 2016

Christine Lagarde (photo©Evan Vucci/AP/SIPA), Rex Tillerson, à Paris juin 2015 (photo©AFP-JIJI), Bernard Cazeneuve (Photo©Kamil Zihnioglu/AP/SIPA)

La barbarie à Alep, Palmyre, Istanbul, Le Caire… La conquête des quartiers insurgés d’Alep par l’armée de Bachar al-Assad, encadrée et soutenue par Poutine, se fait au prix de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité, avec un lot d’atrocités probablement sans précédent depuis longtemps. Quiconque connaissait un tant soit peu la situation sur le terrain pouvait le prévoir. À ce titre, la communauté internationale a fait faillite en se montrant incapable de prendre des mesures de protection des populations civiles. L’insistance mise dans la dernière période par le secrétaire d’État Kerry sur la collaboration avec Moscou a facilité cette issue tragique. On ne saurait cependant en rester là. La mise en cause de Damas et de Moscou, dAssad et de Poutine devant la justice internationale constitue encore le meilleur moyen de ne pas tirer un trait et d’éviter dans le futur la répétition de pareils crimes. Parallèlement, la prise à nouveau de Palmyre par l’EI-Daesh  prouve en quoi l’armée syrienne est incapable de « tenir » les territoires conquis sous les bombes de ses protecteurs. Cela confirme qu’une intervention internationale sur le terrain et une vraie perspective de libération démocratique portée par la communauté internationale étaient indispensables et restent la clé d’une solution réaliste au conflit. Pendant ce temps, d’autres barbares continuent leurs jeux de massacres à Istanbul à l’initiative d’une dissidence du PKK - Parti des travailleurs du Kurdistan - et au Caire à celle, semble-t-il, des Frères musulmans. Cela suppose une attitude sans ambiguïté des forces démocratiques, leur refus de la moindre collaboration avec les assassins et une bataille idéologique à dimension universelle contre les dérives religieuses et sectaires. Partout sans exception. Y compris quand à un tout autre niveau, un prêtre et théologien catholique prétend présider une université publique en l’occurrence celle de Strasbourg. La laïcité est aussi une garantie de paix civile.

Une scène internationale plus dangereuse. Traditionnellement celle-ci est marquée par la personnalité du secrétaire d’État américain. Or, l’homme sorti du chapeau de Trump n’est autre que Rex Tillerson, actuel PDG d’Exxon Mobil, un des majors du pétrole pris en flagrant délit de menaces et d’atteintes à l’environnement à plusieurs reprises. Pire, cet homme là est également un proche de Poutine qui l’a même décoré à ce titre. Voilà l’imbroglio invraisemblable dans lequel l’élection de Trump plonge la planète. D’autant que Poutine que les autorités américaines soupçonnent d’être directement « intervenu » dans l’élection de 8 novembre, sait désormais avoir les mains plus libres pour perpétrer une politique d’agressions et de provocations qui est censée sanctionner le retour de la Russie au première plan de la scène diplomatique sans la moindre considération pour les droits humains. De la même manière, le contenu de la politique de Trump à l’égard de Pékin fait courir le risque d’un emballement non maîtrisé sur le plan diplomatique, militaire, voire économique - contre-mesure de dévaluation du Yuan par exemple. Il n’est pas jusqu’à la régulation souhaitable du prix du baril qui ne soit affectée par les incertitudes d’un paysage planétaire devenu assez imprévisible. Si le prix du baril venait non pas à s’apprécier raisonnablement comme nécessaire mais à s’envoler brusquement - ce n’est pas exclu - alors nombre de pays feraient l’amère expérience d’un choc pétrolier sur fond de croissance atone. Ajoutez-y les facteurs critiques des mises en cause, judiciaire comme celle de Christine Lagarde, patronne du FMI, devant la Cour de justice de la République française ou celles plus politiques de Hollande et Renzi en Europe - sans conséquence interne pour l’heure - et vous obtiendrez une situation à peu près incontrôlable. Il faut en tirer une conclusion centrale, l’intervention des « opinions » souhaitable par définition sur le plan démocratique est encore plus nécessaire aujourd’hui que les dangers de tensions et de conflits se font plus pressants.
 
Une France à la traîne, bousculée. À la traîne de la majorité de ses partenaires comme le souligne la énième révision à la baisse par la Banque de France de ses prévisions de croissance pour 2016, mais également pour 2017 et 2018. Voilà le principal bilan du quinquennat. 1,3 % de croissance du Pib en 2016 et en 2017 avant une toute petite amélioration - 1,4 % - en 2018. Cela n’augure rien de bon car le budget est bâti sur une hypothèse de 1,5 % et ces quelques dixièmes séparent une exécution « normale » d’une phase de rigueur « contrainte ». S’y ajoute la remontée des taux sur les marchés obligataires alors que la France se finançait pratiquement à taux nul ces derniers temps. S’y ajoute l’augmentation du coût du pétrole qui a franchi la barre des 50 dollars le baril et pourrait monter bien plus haut, au-delà même des 70/75 dollars. Sans compter le retour improbable dans les clous européens en matière de déficit public - 3,1 % selon la Banque de France cette année. Le gouvernement Cazeneuve comme celui de son successeur devront faire avec cette équation difficile après de longues années de stagnation et alors que les quelques marges disponibles ont été sacrifiées sur l’autel de la politique de l’offre au profit des entreprises et au débit du pouvoir d’achat des ménages. S’y ajoute encore la faiblesse de l’investissement qui signe  sévèrement l’échec de cette politique mise en œuvre par Bercy, Matignon et l’Élysée. Sy ajoute enfin et logiquement le déficit commercial qui continue de se creuser d’une année sur l’autre en dépit des arguties de circonstance évoquées à chaque fois par Sapin. La campagne électorale, le brouillard à gauche, les lendemains de primaire difficiles pour Fillon et la guerre des factions au FN répandent une ambiance assez glauque qui aggrave les tendances de fond objectives qui taraudent une économie qui hoquète depuis si longtemps tandis que ses voisins sont repartis de l’avant. La survenue toujours possible d’un nouveau drame aurait dans ce contexte des conséquences graves. Raison de plus pour ne pas se contenter de l’écume de la com’ dans la campagne présidentielle faute de quoi ce pays prendrait un risque majeur de « dérailler » au plan politique comme au plan économique.
 

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