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| Macron, Valls, Mélenchon, Fillon, Juppé, Sarkozy (images © DR). |
À moins de six mois de l’élection présidentielle et au lendemain du séisme Trump, l’opinion européenne est profondément désorientée comme les gouvernements en place convaincus que le gros temps est pour bientôt mais sans vision très claire de comment y faire face. C’est particulièrement vrai en France à la veille de la primaire à droite et au lendemain de la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron. S’y ajoutent des faits et chiffres qui en disent long sur les causes d’un éventuel naufrage démocratique. Ainsi, Sapin annonce que Bercy abaisse la prévision de croissance de 1,5 % à 1,4 % pour 2016 et l’on ne s’arrêtera probablement pas en si « bonne » posture tant la situation économique et sociale de la France hoquette. Le chômage mesuré sur la base des critères du BIT par l’Insee est reparti à la hausse à 10 % de la population active. Ce qui n’empêche nullement Myriam El Khomri d’affirmer avec l’aplomb habituel que les fondamentaux sont « bons ». Enfin et peut-être surtout il y a ce fléau de la pauvreté qui croît, qui explose, aux dires des associations dont le Secours catholique « Caritas ». Cela fait beaucoup au terme d’un quinquennat qui se voulait celui de la lutte contre la finance, la misère et les inégalités que son pouvoir engendre.
Quatre hommes en sont comptables au premier chef, ceux qui étaient aux commandes durant ces cinq années. François Hollande, ses deux Premiers ministres successifs et son tout premier conseiller, devenu ministre de l’économie avant de tirer sa révérence pour tenter de s’exonérer de ses responsabilités. Ceux-là ne peuvent en aucun cas demander l’indulgence de l’opinion pour un bilan globalement négatif. Le mieux qu’ils aient à faire est de se retirer des échéances à venir. Hollande y est poussé même s’il s’accroche lui et son dernier carré espérant toujours en un miracle qui n’existe pas plus en politique que dans la vraie vie. Ayrault n’y a jamais songé et c’est tant mieux. Valls aimerait bien être le candidat de rechange si Hollande ne le peut plus. Macron enfin a réussi le tour de force de faire croire que ce qu’il a inspiré n’a pas marché parce que l’Élysée et Matignon n’auraient « fait les choses qu’à moitié ». Et l’ambitieux histrion de se lancer dans la course en jouant sur les symboles d’un prétendu renouveau de la « classe politique ». Quatre Français sur dix, selon un sondage, n’y seraient pas insensibles, ce qui est relativement logique en période de confusion, de désorientation et de régression démocratique.
D’autant que s’il évoque « une révolution démocratique », Macron ne dit rien de concret sur son contenu, les moyens d’y parvenir et le timing souhaitable. Tel le paon, il fait la roue et rien d’autre. Il envoie bien sûr des messages codés aux secteurs de l’électorat qu’il prétend séduire. Ne s’est-il pas recueilli après sa déclaration de candidature à la Basilique de Saint-Denis qui abrite les tombeaux des rois de France ? Une manière de faire de l’œil aux secteurs les plus réactionnaires du pays au nom d’une France éternelle enjambant rien moins que la Révolution française et la rupture d’avec l’Ancien régime. Tel est bien le contenu du ni droite, ni gauche mais Français ensemble par-delà l’histoire, les intérêts sociaux et économiques de classe et les enjeux pratiques de la période. Il n’y a qu’un point sur lequel Macron est moins dangereux que beaucoup d’autres, y compris à gauche, c’est sur l’Europe et la mondialisation, même si, on l’a vu, il est capable par intérêt électoral bien compris d’enfourcher le prétendu et fantasmagorique « récit national ».
Tout cela signe la défaite annoncée de la gauche tous courants confondus faute de clarté sur le fond, faute d’intelligence politique unitaire parce que les petits calculs dominent encore les esprits. Quand plusieurs sondages indiquent qu’un candidat socialiste, pardon de la « Belle alliance », quel qu’il soit, aura du mal à atteindre 10 %, le temps n’est plus aux conjectures aussi hasardeuses que scabreuses. Le temps de la reconstruction est déjà venu et celui-ci implique bien plus qu’une primaire désertée, un bilan, une rupture avec ce qui a été et a conduit dans le mur, dans l’impasse. Le temps n’est pas davantage aux aventures individuelles que ce soit celle de Macron si tant est qu’il soit ou ait été de gauche un jour, que ce soit celle de Mélenchon se rêvant en « caudillo » d’une France insoumise qui elle aussi éluderait le clivage droite gauche. Dans son cas, le positionnement antieuropéen au nom de la souveraineté nationale rend sa bonne prestation éventuelle – il est crédité de 13 à 14 % par certains sondages – inutile et contre-productive. Il est souhaitable que ni Ensemble et Clémentine Autain, ni les adhérents du PCF et Pierre Laurent ne tombent dans le panneau.
Pendant ce temps, la droite sachant qu’elle a de grandes chances de l’emporter aiguise les couteaux pour ce qui ne serait qu’une revanche sociale. Juppé, le moins cassant de ses candidats parce qu’il sait d’expérience ce que peut coûter une politique de casse sociale généralisée se plaît à droitiser son propos tout en se refusant à l’accord tacite avec l’extrême-droite. Ce n’est pas accessoire mais ne saurait faire oublier tout le reste. Fillon remonte chez les électeurs de droite et du centre sur la base des propositions les plus dures, telles celles concernant la réduction massive des postes dans la fonction publique – 5 à 600 000 ! – et le retour sur les 35 heures. Au point où Sarkozy peut même le tacler sur le fait qu’« il est impossible de faire travailler les gens 39 heures payées 35 ». Lui-même propose 37 heures. Un exemple parmi tant d’autres de ce qu’il en coûtera en pratique à chaque salarié si la droite reprend l’initiative de tout casser au nom d’un mirage idéologique. Et l’on pourrait décliner la chose à l’infini ou presque en matière de libertés, en matière de prestations sociales, d’égalité au travail et dans la cité. Avec Le Pen et l’extrême-droite, ce serait pire bien entendu à tous les étages sans compter la violence pour détruire leurs adversaires et ce qui reste du mouvement ouvrier et démocratique.
Voilà où l’on en est. Parce que petit à petit les repères ont été détruits. Parce que l’on a prétendu qu’une politique de gauche et une politique de droite seraient finalement « blanc bonnet et bonnet blanc ». Parce que Macron, Valls et Hollande se sont fait les chantres d’une politique de l’offre que Trump va mettre en œuvre outre-Atlantique. Parce que les marges économiques de l’État ont été englouties dans la restauration des marges financières des entreprises dont ils croyaient ou feignaient de croire comme Trump qu’elles pourraient être gage de croissance. Les faits, les chiffres, toute l’histoire économique démontrent pourtant le contraire. Raison de plus pour tout reprendre à la racine, sans baisser les bras devant une adversité qui n’est pas due « au manque de bol » mais trouve son origine dans la politique suivie depuis 2012. La nécessité de trouver les voies d’une unité refondée à gauche suppose une grande exigence de vérité sur le programme nécessaire pour la féconder d’une perspective de reconquête de l’opinion dans le but d’une transformation sociale et démocratique indispensable à la France comme à toute l’Europe. Nous y sommes, au travail !

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