mardi 22 novembre 2016

Pas Fillon ! Pas lui !

Fillon (photo © Maxppp)

Les droites et les centres choisiront dimanche prochain leur principal candidat à la Présidence de la République française. Celui qui vire largement en tête à l’issue du premier tour de cette primaire inédite est un homme dangereux, un candidat inacceptable, une promesse de catastrophe sociale et démocratique. François Fillon, c’est en effet ce politicien qui disait ne pas pouvoir choisir entre un candidat du FN et un candidat socialiste… autrement qu’en votant pour le moins sectaire des deux. Une formulation pire que celle du « ni, ni » de Sarkozy que Juppé fit sienne avant d’en revenir à une position plus respectueuse des enjeux démocratiques. Fillon, lui, ne se reniera pas. Les gauches, qui n’ont ni intérêt ni les moyens de peser dans les urnes de la droite et du centre, doivent parler haut et clair sur ce plan. La direction Cambadélis du PS pour s’être alignée sur l’Élysée et avoir choisi Sarkozy comme adversaire désigné a fait fausse route en niant la différence entre Juppé ou NKM et les autres. Elle en est du coup réduite à supplier Macron d’entrer dans le casting d’une primaire de gauche plombée par l’obstination de Hollande à être candidat, par celle de Valls à le remplacer en dépit de leur bilan, dont la loi El Khomri, et par l’incapacité des autres prétendants à imaginer autre chose que la gestion d’une défaite programmée.

Fillon est l’élu d’une France « rance », catholique et ultra-conservatrice. Il n’est pas clair sur le droit à l’avortement. Il est l’homme des discriminations à l’encontre des LGTB. Il fut « réticent » à la dépénalisation de l’homosexualité. Il promet de réécrire de fond en comble la loi Taubira sur le mariage pour tous et l'adoption. Il prétend revenir également sur « l’automaticité » du droit du sol et veut restreindre fortement l’immigration. Il n’est pas à ce titre moins réactionnaire que Marion Maréchal Le Pen. Il est le tenant d’une France chrétienne, identitaire et éternelle, qui nierait les pages contrastées de son histoire faite de ruptures avec ses moments de « gloire » comme ses heures sombres. Fillon est tout sauf un homme des Lumières et de la République généreuse et égalitaire des premiers élans. Il est en outre adepte du « roman national » qu’il voudrait substituer aux cultures de ce pays par un recours aux mythes les plus éculés. Celui, avec Napoléon III, d’un Vercingétorix unificateur de la nation bien avant l’heure. Celui d’une Jeanne, illuminée et cocardière dans l’anachronisme, à l’opposé de celles plus complexes et humaines de Schiller, Péguy ou Bensaïd. Celui d’un Charles de Gaulle dominé par le maurrassien qu’avait été l’homme du 18 juin. Bref, une histoire grossièrement manipulée, systématiquement dévoyée à des fins partisanes contre les acquis de la recherche scientifique à vocation universelle.

Fillon est l’homme de la haine de classe qu’il porte en bandoulière, serait-ce avec la mise et le sourire bienséants. Il entend diminuer l’imposition des plus riches comme il s’y était essayé à Matignon en tant que principal « collaborateur » de Sarkozy, relevant très nettement les seuils d’imposition sur la fortune. Il financerait son programme par une augmentation de deux points de la TVA, l’impôt injuste parce qu’il pèse sur tous et d'autant plus que les revenus sont plus faibles, et « imbécile » selon la formule de Hollande avant qu’il ne change d’avis. Il promet encore de porter de 62 à 65 ans l’âge légal pour prétendre à la retraite. Il autoriserait les employeurs du privé à faire travailler « leurs » salariés jusqu’à 48 heures par semaine et réduirait drastiquement les allocations de chômage au bout de six mois d’indemnisation. Il entend diminuer les services rendus à la population par la puissance publique avec la suppression de 500 000 postes dans la fonction publique en faisant travailler les fonctionnaires 39 heures – comme avant 1981 ! – payées 35. Une austérité brutale et généralisée en total décalage avec les besoins des Français, des Européens et de l’humanité identifiés avec un bel ensemble par toutes les organisations coopératives internationales – FMI, BM, OCDE… etc. Avec Fillon, la France devrait faire son deuil d’un possible retour à la croissance, voyant sa dette exploser. Cela, il sait faire comme il l’a prouvé à la fin du quinquennat de Sarkozy.

Fillon est le chantre souverainiste d’une Confédération d’États-Nations européens à l’opposé d’une Europe fédérale et démocratique. Il s’opposa à Maastricht sur cette base dans le sillon de Séguin et Pasqua. Sa volonté d’augmenter la TVA isolerait davantage encore le pays de ses voisins et des autres régions de l’Union. Au plan de la politique extérieure et de la défense, il prône un rapprochement avec la dictature de Poutine à la faveur d’une levée progressive des sanctions économiques qui la frappent après son annexion de la Crimée et ses agressions répétées de l’Ukraine. Là encore, Fillon, se distingue de la volonté partagée et maintenue des dirigeants occidentaux réunis à Berlin autour de Merkel et Obama de ne pas céder. Au Proche et Moyen-Orient, il préconise de ne rien entreprendre contre Assad et Damas au nom de la lutte « prioritaire et commune » contre l’EI-Daesh. Si bien que l’élection éventuelle de Fillon à la Présidence ruinerait les progrès, seraient-ils timides, d’une diplomatie européenne unifiée, son évocation du pôle franco-allemand relevant du simple exercice imposé dans le genre. Fillon serait à cette mesure aussi dangereux pour Paris que ne l’est Trump pour Washington.

Certes, son élection n’est pas acquise. Bien des tournants peuvent se produire d’ici-là dont un souhaitable sursaut dans l’opinion de droite pour l’éliminer de la course d’autant qu’une fois le casting fixé, il faudra bien se fixer sur le programme.
Celui de Fillon est en rupture sur la droite avec la continuité des trois derniers quinquennats tant sur le plan intérieur qu'en matière de politique étrangère. Élire Fillon reviendrait à s’embarquer dans une aventure singulière sans en connaître la destination finale. Le ralliement contraint de certains secteurs de droite à « la surprise du chef » le prouve suffisamment. Encore faut-il que les gauches soient de leur côté vigilantes, conscientes des enjeux et prennent leur responsabilité pour écarter le danger car élire Fillon pour échapper au FN n’aurait rien d’une évidence tranquille. Sans que le pire soit le même dans les deux cas, il serait au rendez-vous avec l’un et avec l’autre. Voilà le principal enjeu du second tour de la primaire de droite. Sans illusion mais avec la lucidité qui appelle à forger une indispensable alternative.


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