mardi 15 novembre 2016

Parti pris du 15 novembre 2016

Les commémorations du 13 novembre à Paris (photo © MC/Libération) ; Obama et Merkel (photo © afp.com) ;
le président bulgare Radev (photo © afp.com) ; Bannon, un raciste à la Maison Blanche (photo © Reuters).

Les commémorations et l’oubli des faits. Sobres et dignes, sans aucun doute, les commémorations des attentats du 13 novembre 2015 laisseront pourtant un goût d’inachevé tant l’occasion a été manquée de dire ce qu’il y avait à dire. Résultat tout à la fois de la place inappropriée laissée aux associations et de l'embardée d’un pouvoir qui ne sait plus parler aux populations. Non, les attentats de Paris le 13 novembre 2015 n’ont pas frappé les seuls Français et ceux-ci sont aussi des Européens. Comment expliquer l’absence de l’Union par le biais de la représentation de ses instances – Commission, Parlement, Conseil – à ces journées du souvenir ? Un véritable déni de réalité au profit d’un « récit national » en total décalage. Ensuite, la guerre déclenchée par l’EI-Daesh contre l’humanité se poursuit. Elle se déroule dans les rues de Mossoul, en lisière de Raqqa et partout où les terroristes islamistes perpètrent leurs crimes, comme au Pakistan, à Quetta, le week-end dernier – 52 morts. Des Arabes, des Perses, des Kurdes… tombent chaque jour pour la libération de l’humanité du cauchemar islamique. Pour vaincre et pouvoir espérer dans un « plus jamais ça », il importe de dire la vérité comme l’a fait à sa manière et bien seul Valls dans la tribune qu’il a donnée à la presse européenne. L’Élysée et la majorité de la presse française étaient hélas et une fois de plus sur une autre planète.

La menace Trump est globale. Les tenants d’un « apaisement » se répandent pour expliquer que le 45e Président américain serait un « pragmatique » sous-entendu « contrôlable » et « acceptable » par le système. D’Obama à Moscovici, c’est la même erreur funeste qui se répète. Il n’en est rien comme le prouvent les premières nominations à la tête de son administration et les propos antidémocratiques tenus par l’impétrant. Menace globale qui vise les droits et libertés aux États-Unis, mais aussi ailleurs en Amérique latine, en Europe, en Afrique, en Asie. Stephen Bannon, nouveau « conseiller stratégique » à égalité au sommet de la nouvelle administration avec Reince Priebus le terne secrétaire général de la Maison Blanche, déjà actif en Grande-Bretagne auprès de l’UKIP de Nigel Farage – celui-ci a d’ailleurs été parmi les premiers reçus par Trump – n’a-t-il pas aussitôt pris contact avec les Le Pen, en l’occurrence Marion Maréchal Le Pen qui en espère une collaboration fructueuse. L’affaire va se répéter d’un bout à l’autre de l’Union entre Voix de l’Amérique et internationale « noire » pour un soutien sans limites à tous les populistes et fascistes locaux. Qui aurait imaginé que la très traditionnelle BBC inviterait le jour du souvenir qui commémore l’Armistice en Grande-Bretagne, Marine le Pen à une de ses émissions phares ? Le « Brexit » et l’élection de Trump l’y autorisent. On saluera donc les gestes responsables même tardifs comme la décision de Lego de ne plus donner de publicité au journal anglais de caniveau Daily Mail.

Les régressions Bulgare et Moldave. Mauvais signes supplémentaires, la poussée électorale des nostalgiques de la domination russe sur l’Europe centrale et orientale. En Bulgarie, État membre de l’Union, c’est un ancien général pro-russe, Roumen Radev, qui a été élu avec près de 60 % des voix contre une candidate pro-européenne. En Moldavie, État contractant du « partenariat oriental » mis en place par l’UE, c’est la même régression que l’on déplore avec l’élection d’Igor Dodon, là encore contre des pro-européens. Certes et dans l’immédiat, ces élections ne devraient pas avoir de conséquences « séparatistes ». Les deux présidences sont avant tout honorifiques et il n’y a pas eu à proprement parler de campagne anti-européenne – rupture avec l’Union ou le partenariat oriental, sortie de l’Otan – mais plutôt une petite musique entêtante qui fait du rapprochement avec Poutine une nécessité considérant que l’annexion de la Crimée, voire l’agression de l’Ukraine étaient « compréhensibles ». Au-delà, c’est bien sûr la politique de l’Union qui est en cause. Ces pays ont bénéficié de conditions meilleures en matière d’exportation notamment pour leur développement économique et démocratique comme le soulignent les derniers rapports d’étape européens mais, faute d’un transfert de valeur indispensable, ils ont le sentiment de rester dans la course sans pouvoir espérer rattraper le peloton de tête, celui de l’euro. C’est cette réalité qu’il faut changer avec une politique de relance et de redistribution conséquente de la part de Bruxelles.

L’entre-deux de la croissance européenne.
Le Pib a crû de 0,4 % dans l’UE et de 0,3 % dans la zone euro au troisième trimestre selon l’estimation d’Eurostat. Des chiffres qui ne sont pas « mirobolants » mais qui tracent la perspective d’un autre possible que celui des restrictions qui étouffent toute perspective durable de relance. Malheureusement, il faut compter avec les mauvais élèves à commencer par Paris qui signe sur la même période un petit 0,2 % d’augmentation après une contraction de 0,1 % au trimestre précédent. Berlin ne fait pas mieux au troisième trimestre ce qui devrait conduire la principale économie européenne aux alentours de 1,5 % de croissance en 2016 plutôt que vers les 1,8 % escomptés par le gouvernement de coalition. Des petits dixièmes qui font toute la différence et indiquent que sans changement substantiel de politique visant à soutenir la consommation des ménages, l’on s’orienterait vers une succession désespérante de croissance molle et de stagnation. D’autant que l’élection de Trump rime avec une menace directe sur les échanges qui risque de compliquer la tâche de tous les gouvernements européens – Berlin impute sa contre-performance du 3e trimestre au recul des exportations. De quoi souligner la nécessité d’une approche commune avec la définition d’un authentique plan de relance européen fait d’un investissement massif dans les infrastructures et en faveur de la transition énergétique notamment. Au moment précisément où en France, l’on commence à redouter les coupures d’électricité… au moment où Trump prétendra mettre le monde à genoux à la faveur de son plan de mille milliards de dollars et saboter les accords de Paris sur le climat.

La triste tournée d’adieu d’Obama. Comme la confirmation que le monde a changé le 8 novembre et dans la perspective du 20 janvier, Obama entame un dernier tour de piste international par l’Europe, de la Grèce à l’Allemagne. Il y soulignera l’importance d’une réponse politique humaine à la crise des migrants réfugiés et à ce titre fera œuvre utile quand son successeur annonce vouloir expulser rapidement des millions de personnes. Pour le gouvernement Tsipras, ce déplacement résonne comme un hommage tardif à la politique courageuse qui a été la sienne en bien des domaines. Puis le 44e Président des États-Unis se posera à Berlin pour y rencontrer la principale dirigeante européenne, Angela Merkel, même si celle-ci a pris soin d’inviter ceux de ses partenaires avec lesquels elle s’efforce de constituer un « directoire » de l’Union, Hollande et Renzi en l’occurrence. Même May, la gestionnaire désormais embarrassée du « Brexit », devrait faire le voyage. Comment ne pas voir dans cette réunion des sortants bientôt partis soit par le jeu normal des institutions soit parce qu’ils seront probablement battus – Renzi lors du référendum de décembre, Hollande s’il devait se représenter – bien davantage un sommet du passé que celui d’un futur à construire contre le terrorisme islamique, le populisme et le fascisme. Obama, malheureusement en raison de son positionnement ambigu depuis le 8 novembre, donnera l’image d’un perdant tandis que ses interlocuteurs n’ont pas, le devraient-ils, d’alternative crédible à offrir à ce jour aux yeux du monde. Le constater n’implique pas d’y renoncer, bien au contraire.

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