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| Philip Hammond (photo © AFP), Matteo Renzi (photo © AFP), Manfred Weber (photo © manfredweber.eu) |
Avis de tempête sur l’Europe avant la trêve des confiseurs. Les échéances se précipitent en effet avec le référendum italien et l’élection présidentielle autrichienne, tous les deux le 4 décembre, au lendemain d’une première estimation du coût exorbitant du « Brexit » pour Londres et la désignation du principal candidat de droite à l’élection présidentielle en France. S’y ajoutent l’annonce du départ de Martin Schulz – SPD – de la Présidence du Parlement européen et un vote de ce dernier à une très large majorité qui laisse planer la menace d’une suspension des négociations d’adhésion d’Ankara à l’UE. Au moment où le monde est confronté à la déstabilisation consécutive à l’élection de Trump à la Présidence américaine, l’UE demeure par-delà ses limites et faiblesses un pôle de stabilité dont l’ébranlement, s’il devait se confirmer, aurait des conséquences très négatives pour toute la planète.
À Londres, on fait les comptes. L’Office de responsabilité budgétaire (OBR) qui est chargé des prévisions de croissance, de recettes fiscales et du niveau de la dette fournit pour la première fois depuis le vote du 23 juin une approche officielle du coût pour les Britanniques du choix de la rupture avec Bruxelles. Premier constat, celui-ci sera terriblement handicapant et durable. Ainsi, en ce qui concerne la dette, Londres pour faire face devrait emprunter d’ici 2021 quelque 122 milliards de livres – 143 milliards d’euros – de plus que ce qui était prévu sur les marchés et davantage si l’hypothèse d’un relèvement des taux venait à se confirmer à court ou moyen termes. Du côté de la croissance, l’hypothèse retenue avant le référendum de 2,2 % de progression du Pib en 2017 est très significativement abaissée à 1,4 % seulement et à 1,7 % l’année suivante. L’investissement est à la baisse et l’inflation à la hausse après que la livre a perdu environ 15 % de sa valeur. C’est bien « le cours de l’histoire britannique » qui s’en trouve changé comme l’a dit Philip Hammond le ministre des finances du gouvernement May aux Communes. Un gouvernement qui ne craint pas d’ajouter sa contribution à la catastrophe en abaissant de manière quelque peu désespérée l’impôt sur les sociétés de 20 à 17 % – le taux désormais le plus bas des pays du G20. Et il ne s’agit là que d’une suite logique de chiffres qui ne rendent pas encore compte des drames sociaux qui en résulteront. De quoi fonder avec plus de force la perspective d’un retour sur le vote funeste du « Brexit » à la faveur d’élections générales anticipées et d’ouvrir les yeux à tous ceux qui sont tentés par les processus de séparation, de « déconnexion », de sécession, jusqu’à la Catalogne.
À Rome comme à Vienne, le suspense. Renzi croyait pouvoir conforter son autorité au travers de ce référendum qui vise à sortir le pays des blocages du « bicamérisme parfait » qui est la marque de l’équilibre des pouvoirs en Italie entre les deux chambres. Une nécessité politique après les défaites successives lors des élections partielles, régionales et communales, qui ont vu plusieurs villes symboles, dont Rome et Turin, basculer vers le Mouvement populiste cinq étoiles. Renzi a donc lié son sort de Président du Conseil à l’issue de cette consultation à hauts risques où toutes les oppositions sont agrégées pour le renverser. S’il perd et les sondages en ouvrent la possibilité, les amis de Pepe Grillo seront en position de force pour les élections législatives sur fond de crise économique et financière récurrente. L’écart des taux – spread – avec celui des emprunts allemands qui sert de référence est brutalement reparti à la hausse. La productivité italienne est toujours à la traîne par rapport à tous ses voisins. Et la crise bancaire couve. C’est dire en quoi la défaite de Renzi pourrait enclencher une réaction en chaîne qui mettrait l’Italie et l’Union avec elle en fort mauvaise posture. À Vienne, c’est la victoire possible de Norbert Hofer, candidat du FPÖ (Parti de la Liberté, extrême-droite) à l’élection présidentielle qui suscite l’inquiétude. L’extrême droite autrichienne, créditée de 35 % des intentions de vote pour les futures législatives, au-delà de la menace qu’elle représente pour les libertés de quelque 8,5 millions d’Européens, entend désormais jouer sur l’échiquier de l’Union. Hofer propose, s’il est élu, de rejoindre le groupe de Visegrad – Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie. Ce caucus ou groupe de pression n’a eu de cesse de contrer Bruxelles et Berlin sur la crise des migrants réfugiés. Il est une menace pour l’unité de l’Union, rassemblant des gouvernements de droite et d’extrême-droite, qu’ils s’en revendiquent ou pas. Autrement dit, là aussi, si la mobilisation démocratique indispensable autour de Alexander Van der Bellen n’est pas suffisante, le pire est envisageable.
À Paris, la valse des impétrants. Ils sont deux à prétendre représenter la droite et le centre à l’élection présidentielle. Deux hommes de droite, anciens premiers ministres, qui se distinguent avant tout sur la méthode de gouvernement et les objectifs accessibles. Fillon est assurément le plus brutal des deux, convaincu de pouvoir mettre le pays en coupe réglée – baisser les effectifs et les salaires des fonctionnaires, supprimer le remboursement par la sécurité sociale de nombreux médicaments, baisser l’imposition fiscale des plus riches, augmenter de deux points la TVA etc. Juppé a semble-t-il perdu tout simplement parce que pour plus réaliste que soit son programme, il répond moins bien que son concurrent aux attentes folles d’un électorat de droite radicalisé sur une ligne libérale, antisociale et réactionnaire en ce qui concerne la société. Quand Juppé entend « faire barrage » au FN, Fillon élude espérant capter une partie des électeurs de Le Pen. Pendant ce temps, la gauche joue le scénario catastrophe, celui d’une candidature de Hollande dont presque personne ne veut dans son propre « camp » arguant que la baisse du chômage – réelle mais très en deçà de la moyenne des États européens – lui en fournit la légitimité. Macron, issu du même sérail, poursuit une campagne de com’ assez grotesque – Paris Match de nouveau et un livre intitulé Révolution ! Valls lui essaie de se libérer de sa prison dorée de Premier ministre. Montebourg échafaude des scénarios de science-fiction politique censés le conduire à la Présidence. Mélenchon continue son aventure en solitaire. Et le peuple de gauche hésite entre révolte et désespérance. Sans compter Bayrou qui pourrait être tenté d’y aller si Juppé est éliminé par Fillon. Un paysage politique qui ressemble de plus en plus à un champ de ruines dont peut surgir l’héritière de la PME Le Pen. Raison de plus pour conjuguer l’élaboration d’un vrai programme de gauche avec la mobilisation démocratique contre l’extrême-droite ou la droite extrême.
À Bruxelles, les grandes manœuvres. Martin Schulz a annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat à la tête du Parlement européen en janvier. Le social-démocrate rentre au pays pour un poste de député, possiblement celui de ministre des Affaires étrangères de la coalition et éventuellement être en situation de s’opposer à Merkel en septembre 2017, candidate à un quatrième mandat, à la condition que sa popularité ne se démente pas en Allemagne, ce qui lui donne pour l’heure un net avantage sur Sigmar Gabriel le Président du SPD. Ce départ ouvre la voie à un candidat de droite – PPE – pour la fonction au nom du « principe de l’alternance » au sein de la grande coalition. Parmi ceux-ci, deux noms reviennent avec insistance, celui d’Alain Lamassoure, un Français qui aurait contre lui le fait d’avoir soutenu Juppé pour la primaire de droite en France et une partie des élus de droite allemands qui verraient bien leur chef, Manfred Weber, accéder à la Présidence. Weber est un jeune loup, il est surtout l’un des chefs de la CSU bavaroise, classée beaucoup plus à droite que la CDU de Merkel dans le reste du pays. Autrement dit, alors que la situation devient plus tendue dans toute l’Union, la droite dure pourrait prendre la main au Parlement de Bruxelles ce qui ne serait pas sans conséquence sur la gouvernance globale de l’UE, voire sur la gouvernance berlinoise même en cas de réélection de Merkel à la Chancellerie. Le Parlement de Strasbourg-Bruxelles est désormais un rouage important dans la mécanique européenne. Il vient de le prouver avec un vote acquis à une très large majorité, tous courants confondus, pour menacer Erdogan de suspendre les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. Protestation légitime contre les agissements de la dictature islamique mais mal ajustée parce que la suspension de ces négociations – la résolution n’est cependant pas contraignante pour la Commission – desservirait les opposants à Erdogan et arrangerait bien ceux qui n’ont jamais voulu entendre parler de l’intégration de la Turquie à l’UE, si les conditions démocratiques devaient en être un jour réunies. Les sociaux-démocrates se sont une fois de plus « fourvoyés » en votant avec leurs collègues de droite.
À Londres, on fait les comptes. L’Office de responsabilité budgétaire (OBR) qui est chargé des prévisions de croissance, de recettes fiscales et du niveau de la dette fournit pour la première fois depuis le vote du 23 juin une approche officielle du coût pour les Britanniques du choix de la rupture avec Bruxelles. Premier constat, celui-ci sera terriblement handicapant et durable. Ainsi, en ce qui concerne la dette, Londres pour faire face devrait emprunter d’ici 2021 quelque 122 milliards de livres – 143 milliards d’euros – de plus que ce qui était prévu sur les marchés et davantage si l’hypothèse d’un relèvement des taux venait à se confirmer à court ou moyen termes. Du côté de la croissance, l’hypothèse retenue avant le référendum de 2,2 % de progression du Pib en 2017 est très significativement abaissée à 1,4 % seulement et à 1,7 % l’année suivante. L’investissement est à la baisse et l’inflation à la hausse après que la livre a perdu environ 15 % de sa valeur. C’est bien « le cours de l’histoire britannique » qui s’en trouve changé comme l’a dit Philip Hammond le ministre des finances du gouvernement May aux Communes. Un gouvernement qui ne craint pas d’ajouter sa contribution à la catastrophe en abaissant de manière quelque peu désespérée l’impôt sur les sociétés de 20 à 17 % – le taux désormais le plus bas des pays du G20. Et il ne s’agit là que d’une suite logique de chiffres qui ne rendent pas encore compte des drames sociaux qui en résulteront. De quoi fonder avec plus de force la perspective d’un retour sur le vote funeste du « Brexit » à la faveur d’élections générales anticipées et d’ouvrir les yeux à tous ceux qui sont tentés par les processus de séparation, de « déconnexion », de sécession, jusqu’à la Catalogne.
À Rome comme à Vienne, le suspense. Renzi croyait pouvoir conforter son autorité au travers de ce référendum qui vise à sortir le pays des blocages du « bicamérisme parfait » qui est la marque de l’équilibre des pouvoirs en Italie entre les deux chambres. Une nécessité politique après les défaites successives lors des élections partielles, régionales et communales, qui ont vu plusieurs villes symboles, dont Rome et Turin, basculer vers le Mouvement populiste cinq étoiles. Renzi a donc lié son sort de Président du Conseil à l’issue de cette consultation à hauts risques où toutes les oppositions sont agrégées pour le renverser. S’il perd et les sondages en ouvrent la possibilité, les amis de Pepe Grillo seront en position de force pour les élections législatives sur fond de crise économique et financière récurrente. L’écart des taux – spread – avec celui des emprunts allemands qui sert de référence est brutalement reparti à la hausse. La productivité italienne est toujours à la traîne par rapport à tous ses voisins. Et la crise bancaire couve. C’est dire en quoi la défaite de Renzi pourrait enclencher une réaction en chaîne qui mettrait l’Italie et l’Union avec elle en fort mauvaise posture. À Vienne, c’est la victoire possible de Norbert Hofer, candidat du FPÖ (Parti de la Liberté, extrême-droite) à l’élection présidentielle qui suscite l’inquiétude. L’extrême droite autrichienne, créditée de 35 % des intentions de vote pour les futures législatives, au-delà de la menace qu’elle représente pour les libertés de quelque 8,5 millions d’Européens, entend désormais jouer sur l’échiquier de l’Union. Hofer propose, s’il est élu, de rejoindre le groupe de Visegrad – Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie. Ce caucus ou groupe de pression n’a eu de cesse de contrer Bruxelles et Berlin sur la crise des migrants réfugiés. Il est une menace pour l’unité de l’Union, rassemblant des gouvernements de droite et d’extrême-droite, qu’ils s’en revendiquent ou pas. Autrement dit, là aussi, si la mobilisation démocratique indispensable autour de Alexander Van der Bellen n’est pas suffisante, le pire est envisageable.
À Paris, la valse des impétrants. Ils sont deux à prétendre représenter la droite et le centre à l’élection présidentielle. Deux hommes de droite, anciens premiers ministres, qui se distinguent avant tout sur la méthode de gouvernement et les objectifs accessibles. Fillon est assurément le plus brutal des deux, convaincu de pouvoir mettre le pays en coupe réglée – baisser les effectifs et les salaires des fonctionnaires, supprimer le remboursement par la sécurité sociale de nombreux médicaments, baisser l’imposition fiscale des plus riches, augmenter de deux points la TVA etc. Juppé a semble-t-il perdu tout simplement parce que pour plus réaliste que soit son programme, il répond moins bien que son concurrent aux attentes folles d’un électorat de droite radicalisé sur une ligne libérale, antisociale et réactionnaire en ce qui concerne la société. Quand Juppé entend « faire barrage » au FN, Fillon élude espérant capter une partie des électeurs de Le Pen. Pendant ce temps, la gauche joue le scénario catastrophe, celui d’une candidature de Hollande dont presque personne ne veut dans son propre « camp » arguant que la baisse du chômage – réelle mais très en deçà de la moyenne des États européens – lui en fournit la légitimité. Macron, issu du même sérail, poursuit une campagne de com’ assez grotesque – Paris Match de nouveau et un livre intitulé Révolution ! Valls lui essaie de se libérer de sa prison dorée de Premier ministre. Montebourg échafaude des scénarios de science-fiction politique censés le conduire à la Présidence. Mélenchon continue son aventure en solitaire. Et le peuple de gauche hésite entre révolte et désespérance. Sans compter Bayrou qui pourrait être tenté d’y aller si Juppé est éliminé par Fillon. Un paysage politique qui ressemble de plus en plus à un champ de ruines dont peut surgir l’héritière de la PME Le Pen. Raison de plus pour conjuguer l’élaboration d’un vrai programme de gauche avec la mobilisation démocratique contre l’extrême-droite ou la droite extrême.
À Bruxelles, les grandes manœuvres. Martin Schulz a annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat à la tête du Parlement européen en janvier. Le social-démocrate rentre au pays pour un poste de député, possiblement celui de ministre des Affaires étrangères de la coalition et éventuellement être en situation de s’opposer à Merkel en septembre 2017, candidate à un quatrième mandat, à la condition que sa popularité ne se démente pas en Allemagne, ce qui lui donne pour l’heure un net avantage sur Sigmar Gabriel le Président du SPD. Ce départ ouvre la voie à un candidat de droite – PPE – pour la fonction au nom du « principe de l’alternance » au sein de la grande coalition. Parmi ceux-ci, deux noms reviennent avec insistance, celui d’Alain Lamassoure, un Français qui aurait contre lui le fait d’avoir soutenu Juppé pour la primaire de droite en France et une partie des élus de droite allemands qui verraient bien leur chef, Manfred Weber, accéder à la Présidence. Weber est un jeune loup, il est surtout l’un des chefs de la CSU bavaroise, classée beaucoup plus à droite que la CDU de Merkel dans le reste du pays. Autrement dit, alors que la situation devient plus tendue dans toute l’Union, la droite dure pourrait prendre la main au Parlement de Bruxelles ce qui ne serait pas sans conséquence sur la gouvernance globale de l’UE, voire sur la gouvernance berlinoise même en cas de réélection de Merkel à la Chancellerie. Le Parlement de Strasbourg-Bruxelles est désormais un rouage important dans la mécanique européenne. Il vient de le prouver avec un vote acquis à une très large majorité, tous courants confondus, pour menacer Erdogan de suspendre les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. Protestation légitime contre les agissements de la dictature islamique mais mal ajustée parce que la suspension de ces négociations – la résolution n’est cependant pas contraignante pour la Commission – desservirait les opposants à Erdogan et arrangerait bien ceux qui n’ont jamais voulu entendre parler de l’intégration de la Turquie à l’UE, si les conditions démocratiques devaient en être un jour réunies. Les sociaux-démocrates se sont une fois de plus « fourvoyés » en votant avec leurs collègues de droite.
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