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| François Fillon (photo © Martin Bureau/AFP), François Hollande et Manuel Valls (photo © AFP), Cuba (photo © Edgard Garrido/Reuters). |
Un déraillement majeur,
oui, mais qui ne s’est pas encore produit et surtout qui n’est pas inscrit dans
une sorte de fatalité, comme un débouché inévitable. Il n’est pas « minuit
dans le siècle », ni même « minuit moins le quart » parce que
l’histoire ne se répète pas et qu’elle n’a que faire de l’horloge d’un
temps qui s’égrènerait inexorablement jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
L’histoire de l’humanité est faite de ses sursauts et autres « tournants
brusques » qui ont changé le monde ou du moins ont essayé de le faire. À
une condition cependant, que ceux qui le peuvent, seraient-ils très minoritaires, se tiennent debout,
conscients, forts d’une compréhension des enjeux et des tâches. Il est ainsi
clair que le recul de la misère et des injustices est nécessairement au coeur
de tout programme de gauche, révolutionnaire ou réformiste, mais de
transformation sociale qu’elle soit radicale ou moins ambitieuse. Ce n’est que
parce qu’elles toucheront les fruits du progrès dans leur vie quotidienne que
les populations reviendront à une juste cause émancipatrice, rejetant les
prophètes d’illusions et de malheur qui les haranguent. Cela vaut ici comme
ailleurs. Sinon, oui, à toujours retarder le temps de l’égalité et de la
justice sociale et démocratique, l’on prend le risque insensé de l’embardée, de
l’accident, de la catastrophe.
C’est pour l’avoir oublié
que Hollande comme Valls hantent les profondeurs des sondages. Non qu’ils
n’aient rien fait, non pas même que tout ce qu’ils ont fait ait été marqué du
sceau du renoncement et de la trahison mais parce que sur l’essentiel, ils n’ont
jamais été au rendez-vous. En laissant leur protégé Macron concevoir la loi El
Khomri, en la validant, en l’imposant aux forceps du 49.3 à une société qui
n’en voulait pas, sous aucun prétexte, ils se sont placés hors jeu et
définitivement disqualifiés par primaire interposée ou non. Par la faute de la
direction Cambadélis, ils ont entraîné le PS et sa belle alliance solitaire
dans leur chute. Même les Radicaux s’en sont allés. Résultat, la droite et le
centre qui la sert, ont la voie dégagée, à moins que pire encore, Le Pen et le
FN puissent un jour imposer leur ordre noir, hérité du fascisme du siècle
précédent. Car Fillon promet la relance de la croissance au point de vouloir
faire en dix ans de « sa » France, « fille ainée de l’Église »,
la première puissance de l’Europe. Pour cela, il lui faut « mater »
fonctionnaires et salariés du privé, leur faire payer la note, les faire
travailler plus et plus longtemps tout en étant moins payés et moins bien
soignés. Au profit des entreprises, au profit des banques et du Capital, grands
gagnants sur le plan fiscal de ce remède de cheval propre à emporter le
malade.
Trump le tricheur ne rêve
pas d’autre chose au point de faire frémir d’aise les boursicoteurs qui
attendaient pourtant tant de Clinton. Macron et tous les tenants de la théorie
de l’offre ne proposent rien de bien différent même si le jeune loup, plus au
fait des contingences sociales, prend soin de dire que lui est en plus
« pour la justice »… quand l’économie aura été relancée. C’est pourquoi,
il est décisif de faire front avec un programme qui soit l’exact opposé de ces
professions de foi libérales, en proclamant la nécessité sociale et l’utilité
économique de la juste redistribution des richesses, le bien fondé d’un impôt
plus progressif payé par tous, le droit de tous et de chacun à une solide
formation, à une santé dégagée de la mainmise libérale, à un emploi et à un
toit de qualité. Objectifs sociaux garants d’une vigoureuse relance par la
consommation pour peu que l’on ne tremble pas dans l’application résolue de
l’inversion de tendance en la proposant aux autres régions et États dans une
logique coopérative au moins européenne. Mélenchon lui ne fait que la moitié du
chemin, promettant certes beaucoup au plan social mais sous les auspices d’un protectionnisme
aussi irréaliste que dévastateur s’il devait passer les feux de la rampe.
Montebourg suit la même logique en plus confus, beaucoup plus confus.
L’égalité sociale est en
outre et désormais inconcevable sans le plein exercice des droits et libertés
civiques et démocratiques. Totalement incompatible avec les institutions
post-gaullistes de la Ve République auxquelles là encore Hollande et Valls ont
tout sacrifié. Ils l’ont prouvé 49.3 au poing. Ils n’ont même pas cherché à les
amender aussi peu que ce soit en introduisant ne serait-ce qu’une dose de
proportionnelle dans l’élection de l'Assemblée nationale. La perspective d’un processus
constituant où l’on déciderait collectivement de la loi fondamentale qui permet
de vivre ensemble à l’échelle de toute l’UE n’a jamais semblé si lointaine et
pourtant si nécessaire pour éviter l’éclatement et les partitions régressives.
Là aussi, nous avons à apprendre de l’histoire telle qu’elle se fait et de ses
méandres parfois lumineux et souvent obscurs. La Révolution cubaine appartint à
la première catégorie pour le peuple cubain comme pour tous ceux qui soutinrent
Cuba contre les tentatives des administrations successives de dix Présidents
américains de l’étrangler ou de la dénaturer par un blocus infâme. Au fond,
c’est de cela que l’on se souviendra à l’occasion de la disparition de Fidel
Castro par-delà les dires et écrits de ceux qui parlent de Cuba à travers le
prisme de leur jeunesse disparue pour régler quelques comptes avec eux-mêmes.
Sans intérêt et surtout sans rapport avec ce qui se passe à Cuba où les réformes marchandes
sont en marche sous la coupe d’un parti unique qui veille au grain pour en
éviter toute contestation d’où qu’elle vienne. Mais le peuple cubain pleure Castro.
Fidel pour les siens, a
en effet incarné cette opiniâtreté à défendre la patrie socialiste cubaine
jusqu’au bout, par tous les moyens, y compris les moins reluisants. Lui opposer
un « Che » mythifié serait puéril car Guevara incarnait autre chose,
un vrai internationalisme – celui de la Tricontinentale – qui n’a jamais été au
coeur du « foco » castriste. Ni les divergences – celles du débat
économique de 1963 - ni l’improbable « aventure » africaine et à plus
forte raison la marche désespérée au tombeau bolivienne ne permettent de
« désolidariser » celui qui serait devenu «le dictateur »
quand son principal frère d’armes a acquis le statut d’idole christique.
L’ombre et la lumière en quelque sorte. La vérité « révolutionnaire »
est sans aucun doute plus nuancée, plus complexe. Oui, les Cubains eux-mêmes au
moment du retour des cendres du Comandante avaient tendance à opposer
« lui » le héros disparu à ceux qui gouvernaient dans les pires
difficultés conjuguées à leurs erreurs, à leurs fautes. Oui, la
« démocratie » même socialiste ne fut jamais pour eux un passage
obligé parce qu’utile. La répression stupide et souvent féroce contre toute
forme d’opposition a affaibli Cuba y compris dans les pires moments dès le
débarquement de la Baie des cochons et sous la dictature de Fidel et Raul Castro,
longtemps après. Il faudra attendre la Révolution sandiniste nicaraguayenne
pour que l’on comprenne enfin qu’il vaut mieux parfois perdre le pouvoir que
recourir à la force pour le conserver à n’importe quel prix. Ce sera l’une des
grandes avancées révolutionnaires du XXe siècle, tardive et pas forcément
partagée. À l’alternative « la patrie ou la mort », les forces du
changement préféreront dans l’avenir la conjugaison de la vie et d’un monde
meilleur parce que démocratique et solidaire.

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