mardi 25 octobre 2016

Parti pris du 25 octobre 2016

À Bordeaux (photo © France 3), à Calais (photo © AFP), Valls et Taubira en 2013
(photo © French-Politics/Le Monde), Pedro Sanchez (photo DR).

Une menace policière qui se précise. La poursuite de manifestations de policiers dans plusieurs villes françaises commence à inquiéter. Les conditions de travail des gardiens de la paix et le drame de Viry-Châtillon avaient suscité une certaine empathie dans l’opinion pour les soutiers de l’ordre qui assument, comme d’autres travailleurs sociaux et pour un salaire de misère, les « pansements » d’une société malade qui fait face à une délinquance de plus en plus violente et jeune dans certains quartiers. Mais l’on en est plus là. Ce mouvement de désobéissance civile – il s’agit bien de cela – de policiers manifestant chaque nuit brassard police au bras et en armes – ce qui est illégal – perdure, se durcit, accompagné parfois par des syndicats aussi irresponsables que largués. On l’a dit et répété à l’envi de tous les bords politiques ou presque, il n’est pas question de revenir sur les conditions d’ouverture du feu au nom de l’autodéfense. La « présomption d’autodéfense » couperait les policiers de la société et des autres citoyens. Un danger pour l’ordre démocratique, le risque de transformer les fonctionnaires en cow-boy. Ce n’est pas davantage à la police de faire la loi, ni en ce qui concerne les conditions du maintien de l’ordre public, ni même en ce qui concerne la définition de la politique pénale. Manifester régulièrement devant les Palais de Justice reviendrait en effet à exercer une pression intolérable sur les personnels de l’administration judiciaire et sur le droit à un procès équitable de tout justiciable. Le gouvernement comme toutes les forces démocratiques doivent le rappeler avec force car sinon, à l’initiative de quelques-uns, ce mouvement réputé spontané risque fort de dégénérer et de se transformer en sourde menace.

Un démantèlement et un espoir. Calais et sa jungle, plus encore que Lampedusa, était un symbole de honte devant l’incapacité de certains États européens dont la France à assumer leur part de l’accueil des migrants réfugiés dans des conditions de dignité conformes au droit d’asile, aux droits humains. Le démantèlement n’est donc pas contestable ni en son principe ni sur le fond. À la condition toutefois que ce soit pour le meilleur et non pour le pire. Cela suppose que l’accord par lequel Sarkozy et de fait son successeur ont transformé le Calaisis en zone de sous-traitance du tri des réfugiés pour le compte de la Grande-Bretagne soit dénoncé sans délai. Et puis et surtout, il faut s’attacher à garantir partout sur le territoire des conditions d’accueil décentes sur le plan matériel comme sur le plan citoyen. Les manifestations de haine comme celles organisées par le FN doivent être interdites parce qu’elles contreviennent à cet impératif d’ordre public. Les réfugiés doivent pouvoir se fondre dans la population le plus rapidement possible à la faveur d’une insertion en toute chose jusque sur le marché du travail. Les mineurs qui souhaitent rejoindre famille ou proches en Grande-Bretagne doivent être accompagnés non seulement par Paris mais aussi par Bruxelles pour faire entendre raison au gouvernement May. Il faut enfin souligner que partout où les migrants réfugiés ont été correctement accueillis et intégrés, les retombées économiques de leur présence sont déjà mesurables comme en Suède ou en Allemagne. Ici comme ailleurs, les réfugiés, si l’on s’en donne la peine, ne seront pas un problème mais une part de la solution, de l’espoir de vivre mieux tous ensemble demain.

Un appel à l’unité… inaudible. La gauche française est en perdition, voyant se préciser le terme d’une défaite peu glorieuse au printemps si rien ne bouge d’ici là. C’était vrai depuis de longs mois mais désormais chacun le dit et en convient. Au point où Valls croit pouvoir se replacer dans la course à l’investiture sur le thème de l’unité. De quelle crédibilité, pourrait-il se revendiquer ? Lui qui a tant cultivé la division en théorie et en pratique quand il a opposé avec constance les deux gauches qu’il jugeait alors irréconciliables. Lui qui a plus que tout autre porté la loi Travail d’El Khomri imposée au forcing à la gauche et au pays, à la faveur de 49.3 à répétition. Lui qui ne dit rien sur le fond d’un futur programme de mandature pour appeler à un rassemblement par défaut. Cela ne peut pas marcher. Valls n’est que le candidat de substitution de Hollande, une sorte de doublure qui n’a aucune chance de rassembler la gauche, d’éviter le pire et à défaut de concéder une défaite honorable face à la droite. D’autres noms circulent dont celui de Christiane Taubira, certes plus honorable, mais le problème de fond demeure. Pour que la gauche se rassemble autour d’un candidat dès le premier tour afin de pouvoir disputer le second en éliminant Le Pen, il faut qu’elle dispose d’un programme assumé de quelques mesures fortes sans lesquelles le choix d’une personnalité quelle qu’elle soit est impossible. S’y ajoute l’impératif d’un rassemblement pour les législatives sur la base du même engagement, Juppé l’aurait-il emporté. Sinon, la catastrophe n’est pas une hypothèse mais une certitude. S’atteler enfin à la définition d’un programme de mandature clairement à gauche demeure la tâche de l’heure. Ceux qui prétendent s’en dispenser se trompent et le paieront d’autant plus cher.

Un mauvais signe en Espagne. La démission de Pedro Sanchez de la direction du parti socialiste ouvrier espagnol – PSOE – parce qu’il n’avait plus de majorité pour refuser, ne serait-ce qu’en s’abstenant, d’accorder l’investiture à Mariano Rajoy est acquise depuis plusieurs semaines. La direction provisoire autour de Javier Fernandez a enfin obtenu ce que l’opposition à Sanchez, conduite par Susana Diaz – la Présidente de l’Andalousie – voulait. Par 139 voix contre 96, les socialistes feront place nette pour un gouvernement Rajoy, évitant ainsi le retour des Espagnols aux urnes avant Noël, mais en leur imposant une nouvelle cure d’austérité au moins aussi sévère que les précédentes. Le déficit espagnol a explosé et pour ne pas voir les fonds structurels européens remis en cause, le nouveau gouvernement Rajoy coupera de nouveau dans les dépenses sociales comme il l’a annoncé. Un choix funeste qui isole un autre possible à gauche, unitaire, avec les Grecs et les Portugais. Une réponse brutale à la volonté d’indépendance de la Catalogne à laquelle une partie du PSOE veut opposer avec Diaz la manière forte quitte à faire front avec Rajoy, la droite et les nostalgiques du franquisme. Une manière de mettre le feu aux poudres qui enterre la référence du PSOE à une perspective fédéraliste et liquide sans doute le parti socialiste catalan. L’occasion enfin de tourner le dos clairement à l’éventualité d’un rapprochement avec Unidos Podemos – UP – pour gouverner à gauche par-delà les luttes d’appareil partagées. Un bond en arrière qui va diviser davantage encore les socialistes et la gauche ibériques avec un éclatement possible si ce n’est probable du PSOE qui offre le pouvoir sur un plateau au Parti populaire – PP – et à Rajoy, ce que le suffrage universel leur avait refusé.  

 

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