vendredi 21 octobre 2016

Et maintenant, le pourrissement…

Flics en manif, à Paris le 20 octobre (photo © AFP).

Fallait-il qu’il tombât si bas pour qu’il soit, peut-être, contraint à renoncer à une nouvelle candidature ? L’impensable épisode de librairie a gâché cette semaine le dîner de c… du mardi. Tout simplement parce qu’une partie du dernier carré, Valls en tête, n’en peut plus d’assister, médusée, à une énième interprétation du Roi s’amuse. Jamais avare d’un nouveau tour de passe-passe, le monarque dit et répète que ce qui compte c’est ce qu’il aurait fait et non ce qu’il aurait dit. Comme si la parole n’était plus d’aucune valeur, ravalée au rang d’un simple divertissement. À ce stade, il n’est pas excessif de parler de pourrissement au sommet de l’État, pourrissement imputable au comportement d’un seul mais qui les éclabousse tous en vertu de la Constitution de la Ve République. Lui-même tient désormais à cette facilité politique unique en Europe par laquelle le pouvoir personnel peut s’exercer presque sans limite. Tout cela alors que le pays va mal, que les policiers sont dans la rue et que les échéances européennes et planétaires s’accélèrent .

Des policiers dans la rue alors que s’engage la bataille de Mossoul et que les risques d’attentats sont au plus haut. Déferlement d’un corporatisme que rien ne justifie car si le drame de Viry-Châtillon pose un problème majeur à toute la société, il ne justifie nullement les débordements corporatistes auxquels l’on assiste chaque nuit un peu partout. Cette montée aux extrêmes par laquelle la base des commissariats s’insurge contre tout, remet en cause sa hiérarchie et conspue le pouvoir politique, rappelle davantage les émeutes de février 1934 que Nuit debout. Que les conditions de travail des agents soient difficiles, nul ne le conteste. Qu’il ne soit pas acceptable qu’ils risquent leur vie dans certains quartiers ne l’est pas davantage. En revanche, la volonté de voir élargies les conditions légales de l’autodéfense n’est pas recevable dans une société démocratique. Longue dérive qui a vu le pouvoir politique cautionner l’armement des policiers municipaux, la tentation de contournement de l’ordre judiciaire et qui verrait demain le permis de tirer à vue facilité.

La solution réside dans le rétablissement de la cohésion sociale et citoyenne dans l’ensemble des territoires de la République. Ce qui passe assurément par le retour aux valeurs d’égalité et de mixité sociale mais aussi par une lutte sans merci contre ceux qui les sapent délibérément au nom de leurs affaires, dealers, trafiquants en tout genre et islamistes. Point besoin d’en rajouter à la manière d’un Malek Boutih qui trouve là les moyens d’exister. La calme et ferme résolution d’agir sur les conditions de vie au sens large dans les quartiers suffit, sanctions à la clé à chaque fois que nécessaire. Reste le jeu trouble d’organisations syndicales dont la représentation est contestée. Dépassées, n’ayant rien vu venir, elles se sont lancées dans une surenchère facilitée par la précipitation du ministre de l’Intérieur, de celui de la Justice et enfin de l’Élysée à les recevoir et à les conforter sans la moindre garantie. S’y ajoute l’influence diffuse de l’extrême-droite – 57 % des policiers se disaient en 2015 prêts à voter Le Pen selon le Cevipof, bien davantage que tous les autres secteurs professionnels. Que cessent donc les gesticulations au profit d’un retour urgent à l’ordre démocratique.

Un ordre démocratique qui suppose que certains ne se croient plus au-dessus des lois, seraient-elles bien imparfaites. La révélation de l’étendue de la corruption entretenue par le pouvoir qatari dans les allées successives du pouvoir est ainsi accablante. Plusieurs ministres ou secrétaires d’État, en fonction ou l’ayant été, des députés auraient été « arrosés » par l’ambassadeur en poste à Paris. Si les faits sont avérés ne serait-ce que partiellement, les coupables doivent démissionner ou y être contraints sans délai. Le sinistre Balkani, une nouvelle fois mis en examen – blanchiment, fraude – doit être définitivement exclu de toute fonction publique. Le pouvoir de l’argent corrupteur est en cause. Ce n’est qu’à la faveur d’une exemplarité, certes « relative » par définition, que les pouvoirs publics peuvent retrouver un semblant de crédibilité. Faute de quoi, ce pays glisserait lentement vers une situation permettant aux forces obscures du populisme et du fascisme d’envisager de prendre le pouvoir par défaut. Nous n’en sommes heureusement pas encore là mais le recul de l’éthique publique y conduit.

Pendant ce temps, d’autres échéances sont reléguées au second rang des préoccupations alors qu’elles sont décisives pour aujourd’hui et pour demain. Il en va ainsi, au sortir d’un Conseil de dupes, de l’incapacité des Européens à offrir un front uni aux agissements criminels de Poutine en Ukraine et en Syrie. Même paralysie face aux manœuvres dilatoires de Theresa May sous le drapeau d’un « Brexit » destiné à ruiner toute perspective de réunification un jour. Même impasse sur le traité de libre-échange entre l’Europe et le Canada – CETA – dont la ratification est bloquée par un vote de circonstance du Parlement wallon. Il n’est pourtant pas comparable à l’accord sulfureux – TAFTA ou TIPP – défendu par la Commission après négociation secrète avec Washington. Refuser par principe ce type d’ouverture des frontières et la suppression des barrières douanières reviendrait pour l’Union à se mettre en marge de la mondialisation des échanges. Ce serait un authentique suicide économique et politique. Et l’on ne le répétera jamais assez, le fonctionnement ahurissant de l’Union, faute d’une Constitution fédéraliste, génère ces rendez-vous manqués avec l’histoire. À Paris comme à Bruxelles, l’heure du changement a sonné. Vite, il y a urgence !


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