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| Hollande et Juppé en juin 2016 (photo © AFP Photo / Pool) |
Elle ne devrait pas durer six mois tant ce qu’elle révèle de blocage, de mépris, de paralysie est insupportable. Blocage institutionnel au sommet de l’État où la machine gouvernementale tourne à vide entre les deux têtes de l’exécutif qui ne pourront pas continuer ainsi bien longtemps. Ce serait à l’honneur de Valls de provoquer non pas la crise qui est ouverte mais son dénouement rapide. Hollande ne peut plus prétendre à une légitimité qu’il a lui-même sapée. Il s’entête à jouer la montre espérant convaincre que rien ne s’est passé, qu’il n’a pas vraiment dit ce qui est rapporté, qu’il peut encore remonter la pente, être candidat et peut-être l’emporter. Un destin personnel taillé sur mesure par lui-même pour le personnage mais qui ne convainc plus personne ou presque, ni au PS, ni à gauche ni même dans l’opinion. Même ce qui pourrait relever d’une parole présidentielle utile comme l’hommage aux populations tsiganes est pollué par l’arrière-fond entêtant qui rappelle, quelle que soit la mise en scène, que le rôle-titre ne peut plus être servi par cet acteur honteux qui a tout gâché.
D’autant que la situation s’aggrave sur le front de la croissance. 0,2 % au troisième trimestre après une contraction de - 1 % au précédent, cela signifie que l’économie stagne. Les derniers chiffres du chômage – baisse de 1,9 % sur un mois en catégorie A – dont Hollande a fait grand bruit apparaissent pour ce qu’ils sont, un trompe-l'œil ou la raison économique. La croissance en France a connu fin 2015 et tout début 2016 un léger mieux qui se traduit de manière différée sur le front de l’emploi, voilà tout. Mais faute d’avoir été entretenue par une politique de soutien à la consommation l’embellie n’a pas duré. Elle est désormais derrière nous comme l’indique la consolidation des deux derniers trimestres. Il faut donc s’attendre à pire que ce que nous avons connu en matière de chômage comme le prévoit d’ailleurs l’Unedic, en fin d’année et l’année prochaine. Le budget fondé sur une hypothèse de croissance de 1,5 % amplifiée l’an prochain ne tient plus. Quant au retour du déficit public dans les clous européens, ce n’est même pas la peine d’y songer.
Son bilan au-delà de ses propos indignes est bel et bien négatif sur le fond. Il avait tous les moyens institutionnels pour réussir, l’addition laissée par la précédente majorité aurait-elle été plus salée que ce qui avait été annoncé. Il n’en a rien fait ou plus exactement il a gaspillé toutes les munitions, grillé toutes les marges et perdu partout la majorité, au Sénat comme dans les départements, dans les régions, dans les métropoles et communes. Si bien que la gauche en grande partie par sa faute est affaiblie comme elle ne l’a jamais été au moins depuis 1968 et l’avènement d’une chambre bleu horizon au lendemain du joli mois de mai. La direction Cambadélis du PS en collant à Hollande a rendu encore plus difficile l’équation de la reconstruction d’un rassemblement unitaire clairement à gauche et conquérant parce que doté d’un programme pour commencer à changer les choses. Quelles qu’en soient les difficultés, c’est pourtant la seule voie praticable désormais pour sortir du marasme, des échecs à répétition et reconstruire un espoir de transformation sociale et démocratique.
La droite, serait-elle en meilleure posture électorale, n’est pas la solution. La campagne pour la primaire en cours souligne les contradictions qui la minent entre une droite classique qui a choisi Juppé et une autre partie restée fidèle à Sarkozy et à la majorité des Républicains – « le » parti de droite – qui, elle, a essayé de surfer sur la proximité idéologique avec l’extrême-droite. Même si Sarkozy lui-même se rend compte, un peu tard, que c’était une impasse abandonnant de fait le « ni FN, ni gauche » – il choisirait Hollande contre Le Pen dans un second tour. Quant à l’extrême-droite, le scénario d’une marche au pouvoir silencieuse trouve ses limites dans la nécessité pour l’héritière en chef de faire régner l’ordre dans les rangs – elle a interdit d’antenne sa nièce plus extrémiste qu’elle – et de masquer le plus longtemps possible son programme et ses fondamentaux fascistes. Juppé serait-il élu par défaut au final en mai, tout ce qu’il a à promettre c’est une nouvelle cure d’austérité plus brutale que celle de 1995 avec comme objectif d’éviter un « décrochage » trop net du pays par rapport à ses voisins.
Pas folichon tout cela… sans aucun doute. Une invitation objective en tous cas à l’adresse des citoyens pour qu’ils se saisissent du débat public. L’offre politique telle qu’elle se dessine ne suscite aucun espoir de changement véritable. Il faut donc prendre les choses à la racine tant au plan démocratique qu’au plan social et sociétal. Les institutions qui conduisent à pareille situation sont à réformer radicalement afin que plus jamais tout ne dépende que d’un seul, pour que la représentation citoyenne ne soit plus enfermée dans un jeu partisan – le scrutin majoritaire à deux tours – qui la déforme grossièrement. Il est tout aussi urgent de faire reculer les inégalités sociales qui sclérosent la société par la promotion de l’égalité des chances et des conditions de vie décentes pour tous et chacun. Car il ne suffira jamais que dans « la vraie vie », les gens se montrent généralement plus raisonnables s’ils n’investissent pas le pouvoir politique qui gère la société et lui permet d’aller de l’avant ou la contraint à la stagnation et à toutes les régressions. Mieux vaut donc se construire collectivement un avenir qui en vaille le coup.

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