vendredi 14 octobre 2016

Parti pris du 14 octobre 2016

La primaire de la droite (image © DR).

Hollande un politicien en perdition. Nous avions évoqué « une perte de contrôle » dans un papier du 4 mars dernier. Depuis, tout le confirme. Les lois Macron et El Khomri « adoptées » en force contre la gauche et l’opinion. Les résultats accablants sur les fronts de l’emploi, de la croissance, de la dette. La « trahison » prévisible d’un Macron porté aux nues, de l’Élysée à Bercy. La mise sur orbite d’une candidature improbable qui vise avant toute chose à « museler » toute possibilité d’une autre solution à gauche sans lui. Et voilà qu’il ajoute à un bilan déjà désastreux qui a fait reculer la gauche partout, élections après élections, des dérapages résultant d’une forme « d’incontinence » verbale. Il aime parler. Il aime « distiller » des jugements à l’emporte-pièce et de circonstance. Il aime en partager la teneur avec des interlocuteurs triés sur le volet. Vient un temps où l’arroseur secret se mue en arrosé aux yeux de tous. Les propos rapportés sans grande déontologie par ailleurs font dans l’outrance. Ils ne signifient pas grand-chose sur le fond. Mais ils révèlent le caractère manœuvrier et tacticien d’un politicien sans grande conviction au-delà de ce qu’il croit être l’intérêt du moment. L’homme public ne sort pas grandi de cet épisode de librairie. Dans d’autres pays, il aurait dû démissionner. À défaut, la gauche et les socialistes devraient a minima se débarrasser du « boulet » en vue de la primaire. Mais il n’est pas sûr que cette embardée médiatique ruine sa volonté d’être candidat ni même sa cote de « popularité » en berne depuis si longtemps. Une fois dissipé le trouble de la Cour, une fois passé à autre chose, il est à craindre que l’on fasse comme si rien n’était. L’état de la gauche, éclatée, en mal de programme et d’alternative unitaire, autorise une telle perpétuation du vaudeville – dont la publication du tweet sur les « sans-dents » – jusqu’au bout du quinquennat, jusqu’à la défaite du candidat Hollande probablement au premier tour, éventuellement et en tout état de cause au second, s’il devait parvenir malgré tout à se qualifier.

Une droite dure de revanche sociale.
Ils étaient donc tous là, les 7 prétendants à l’investiture de la droite et du centre pour un débat qui a mobilisé 5,6 millions de spectateurs ce qui constitue un record du genre. Tous sur la même longueur d’onde quand il s’agit de « casser « ce qui reste d’acquis sociaux, souvenirs d’un État providence en déconstruction accélérée. Juppé, stature d’homme d’État oblige, se veut juste un peu plus prudent que ses petits camarades. Le plus surprenant dans cet exercice sans surprise aura été la capacité à contourner la réalité. Ni les journalistes amis, ni les candidats n’ont évoqué par exemple les recommandations répétées de toutes les institutions internationales concernant la croissance et l’invitation à l’investissement public dans les infrastructures en particulier. Non, leur truc, c’est la baisse des dépenses publiques même s’ils divergent sur le montant et les délais. À cette fin, ils entendent amputer la fonction publique de dizaines, de centaines de milliers de postes… même s’ils ne savent pas toujours de quoi ils parlent confondant, comme Le Maire, emplois aidés et emplois de fonctionnaires. L’Europe n’est pas davantage leur préoccupation, comme le prouve leur gêne à propos du retour sous la barre des 3 % de déficit public. Et comme la « sécurité » à n’importe quel prix est devenue leur fonds de commerce, ils embaucheraient des policiers, des militaires, des gardiens de prison et des magistrats sans compter. Ils sont incapables de comprendre que la sécurité collective et la tranquillité publique reposent en grande partie sur une cohésion sociale et citoyenne qui n’existe plus vraiment et qu’eux entendent détruire. NKM toute à son utopie réactionnaire d’un pays des travailleurs indépendants va jusqu’à s’attaquer à la progressivité toute relative mais quand même de l’Impôt sur les revenus. Tous entendent privilégier au chapitre de la fiscalité ce qu’ils appellent les couches moyennes qui renvoient dans leur bouche aux ménages à haut, voire très haut revenu. Les pauvres, les chômeurs, les retraités, celles et ceux qui ne vivent que de leur travail, sans patrimoine ni revenus faramineux, sont prévenus : avec cette droite dure, c’est la régression sociale assurée et la promesse de facilités antidémocratiques – ordonnances, référendums d’opportunité, mise en coupe réglée des rapports sociaux.

Le Pen et la leçon de choses de l’Ukip.
Bien que leurs dirigeants respectifs se méfient les uns des autres, FN et UKIP se nourrissent des mêmes fantasmes identitaires, souverainistes et antieuropéens. Sauf que, malgré la victoire d’un « Brexit » qu’il appelait de ses vœux, le double britannique de la PME Le Pen prend l’eau de toutes parts. Nigel Farage, la victoire acquise, a démissionné dans un premier temps laissant sans « chef » une formation de ce type qui ne peut pas s’en passer. Celle qui lui a succédé aura tenu moins de trois semaines – 18 jours exactement – et au moins une réunion de travail entre eurodéputés s’est terminée à l’hôpital pour le moins costaud des participants. Farage reprend donc du service sans que l’on sache s’il continuera à travailler pour Trump en tant que consultant. Et de donner le fin mot de l’histoire selon lui en ce qui concerne ses relations avec le FN, avec toute la finesse de ces gens-là « J’aime bien Marine Le Pen. Je l’ai rencontrée. J’ai dîné avec elle. Mais je ne peux pas soutenir son parti parce que c’est un parti vichyste et antisémite. Son père est un épouvantable vieux fasciste » et d’ajouter « Je pense que Marine Le Pen veut coucher avec moi » – source L’Express live. Trump, Farage, Le Pen, plus qu’un fil rouge, une vraie communauté de pensée, d’intérêt et de destin. L’exemple britannique est en tout cas de nature à inquiéter l’héritière des Le Pen. Il ne lui suffit pas de s’approcher du pouvoir pour s’en emparer car en la matière la réaction démocratique est d’autant plus forte qu’il n’existe pas de poussée fasciste de rue. La ruse et le mensonge peuvent conduire à des victoires illusoires mais sans lendemain. Si bien que ce qui était tenu jusqu’alors comme une évidence dans tous les sondages, la présence de Le Pen au second tour de la présidentielle, n’est plus tout à fait sûr. Sarkozy a recommencé, comme en 2007, à siphonner l’électorat frontiste au point où 25 % des électeurs du FN participeraient à la primaire de la droite et du centre, porosité et passerelle le permettant. Sauf que là encore, Sarkozy ne sera probablement pas finaliste et que Juppé n’entend pas se compromettre de ce côté de l’échiquier politique. Cela n’implique nullement bien sûr qu’il faille baisser la garde mais les coordonnées de la situation combinées à l’orientation déroutante pour sa base de la campagne de Le Pen peuvent peut-être réserver une bonne surprise.

Les évêques en embuscade. Ils travaillent eux aussi dans l’ombre à préparer les échéances électorales. Non que l’Église catholique romaine prétende investir un candidat. Cela ferait mauvais genre. Mais ses dirigeants donnent de la voix dans une lettre ouverte aux politiques. Leur constat assez banal du recul du « vivre ensemble » et du contrat social fait partie des lieux communs. Là où ils dévoilent l’objet réel de leur démarche c’est quand ils évoquent une renégociation du pacte liant l’État et les religions pour leur assurer une libre expression dans l’espace public. Remise en cause de la laïcité à la française et front commun avec un Islam interpellé pour ses responsabilités – les chefs catholiques savent qu’il n’est pas en mesure de leur contester l’hégémonie cultuelle – se combinent pour conquérir une part de l’espace public. Vieille tactique qui a connu des succès ailleurs, en Amérique latine en particulier à l’initiative des Jésuites. Cela laisse penser que la sortie récente du pape contre la République censée enseigner une prétendue théorie du genre dans ses écoles ne devait probablement rien au hasard. Dommage qu’en dehors de la ministre de l’Éducation nationale et de NKM à droite, pas grand monde n’ait réagi dans le monde politique pour faire taire les calomnies du Vatican et corriger les propos complotistes de son chef. L’interpellation pressante des candidats à la primaire de la droite et du centre par les tenants des discriminations envers les homosexuels et qui refusent à ce titre la loi Taubira, s’intègre dans ce contexte malsain. Certes, nous ne sommes pas à la veille d’une mainmise idéologique sur la société comparable à celle de l’épiscopat polonais prétendant interdire tout recours à l’IVG. Mais cette démarche intempestive des évêques souligne à quel point dans le domaine des libertés publiques rien n’est jamais définitivement acquis parce que les centres de la réaction, politique comme cléricale, ne renoncent jamais à revenir sur ce que l’on croyait irréversible, si les circonstances le leur permettent. Prions donc ce cénacle privé de s’occuper d’autre chose que des libertés publiques qui supposent justement au nom du « vivre ensemble » que l’espace public ne soit pas le lieu d’un prosélytisme des religieux quels qu’ils soient.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire