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| Des blindés irakiens à Qayyarah se préparant à lancer l'assaut sur Mossoul (photo © AFP). |
L’annonce du début de l’offensive alliée sur Mossoul est une bonne nouvelle si l’on considère le double objectif de la libération des populations civiles – probablement autour de 1 million et demi de personnes – vivant depuis 27 mois sous le joug des Islamistes et du plus dur coup jamais porté aux fous d’Allah et au Califat de al-Baghdadi. Pour autant, cette offensive pose toute une série de problèmes militaires et politiques qui interpellent la Communauté internationale sur ses erreurs passées ou présentes. Il en va ainsi de l’affirmation de Washington tentant d’accréditer l’idée d’une « coalition internationale de 60 pays » qui n’existe même pas sur le papier. On l’a encore vu ces jours derniers quand le gouvernement irakien a dit vouloir tenir hors des murs de Mossoul libérée les forces qui ne sont pas sous son contrôle, Kurdes, Turcs, miliciens chiites soutenus par Téhéran. Assez « ridicule » quand on se souvient de la débandade de l’armée irakienne, pourtant correctement armée par les Américains, devant l’EI-Daesh en juillet 2014. Mais c’est surtout l’affirmation d’une volonté politique par laquelle Bagdad, mollement appuyé par Washington, se verrait bien rétablir « la souveraineté nationale » en invitant les autres composantes de l’entreprise de libération à rentrer promptement « chez elles ». Le plus sûr moyen en vérité de ne rien régler sur place avec en toile de fond un parallèle non dit Alep – Damas, Mossoul – Bagdad, de fort mauvais augure. Or, ça ne se passera pas comme cela parce que ça ne doit pas se passer ainsi. Les enjeux pour aujourd’hui comme pour demain l’exigent.
Sur le plan militaire d’abord, il est à craindre des bavures et autres massacres comme il s’en produit souvent en pareil cas. Le constater parce que c’est un fait ne doit évidemment pas aboutir à s’en accommoder. Les différentes forces combattantes ne sont pas placées sous un commandement unifié et il importe qu’un strict contrôle onusien s’impose y compris lorsque les Islamistes seront tombés dans une ville inévitablement divisée en secteurs comme le fut Berlin en d’autres temps. Le problème, c’est que cette question est laissée pour l’heure à l’arrière-plan en vue de la réunion de Paris où se retrouveront les futurs vainqueurs le 25 octobre. S’y ajoutent les mœurs militaires des uns et des autres qui peuvent faire craindre de « sérieux dégâts collatéraux » comme on le dit par euphémisme, qu’il s’agisse du largage de bombes sur les objectifs réputés durs comme du « nettoyage » au lance-flammes maison par maison. Si EI-Daesh dans une logique fanatique refuse la capitulation, les uns et les autres auront du mal à s’en tenir aux bonnes déclarations d’intention. D’autant qu’à Washington comme à Paris, dont les forces spéciales sont les seules à peser sur le terrain du côté des Occidentaux, les pouvoirs en place affrontent des élections et que les militaires peuvent être tentés de n’en faire qu’à leur tête, en fonction des enjeux militaires de circonstance. La fiabilité de leurs partenaires Kurdes, Turcs et miliciens chiites est moindre encore. Le conseil de sécurité ferait donc mieux d’agir pour contrôler la situation plutôt que d’annoncer une catastrophe humanitaire parce qu’il n’aura pas fait grand-chose pour l’éviter.
Sur le plan politique ensuite, il n’y a pas de vision commune de la (re)construction nécessaire. La manière dont elle s’organisera servira pourtant de référence à toute la région selon que les factions religieuses ou ethniques prendront le dessus ou qu’un autre ordre plus « démocratique » s’imposera. C’est naturellement ce dernier objectif qui mérite que l’on se batte pour lui. Cela passe par l’urgence humanitaire qui implique l’ouverture d’hôpitaux et d’écoles publics dans toute la ville le plus tôt possible. Là encore, la Communauté internationale n’a pas vraiment anticipé en ne mobilisant pas les fonds nécessaires pour y parvenir. Le reste, tout le reste, relève du long terme, une décennie et peut-être davantage. La mise en place de fonctionnements démocratiques, l’instauration admise d’une forme de laïcité supposent que tous soient associés à l’administration et aux décisions mais qu’aucun ne puisse exercer le pouvoir contre les autres. Il n’y a pas d’autre alternative souhaitable car ni le retour dans le giron d’un État irakien fragile, ni une partition géographique appelée à durer ne sauraient y satisfaire. Mossoul libérée doit être gérée pour un temps par la communauté internationale autrement dit par un Haut-commissaire onusien. C’est en outre le meilleur moyen de faire vivre un autre possible que celui de l’administration d’Alep et d’autres secteurs syriens par le protégé de Poutine, le boucher de Damas. Ce serait enfin un formidable appel d’air pour le retour d’une partie des réfugiés migrants dans la région.
Une telle alternative aux saigneurs religieux et autres seigneurs de guerre est indispensable. Les intérêts bien compris et à courte vue des uns et des autres vont certes plutôt en sens inverse. Mais le pire qui a martyrisé depuis si longtemps les populations de la région milite paradoxalement en ce sens. Comme la nécessité de tourner la page des interventions militaires à la Cameron et à la Sarkozy aux visées de politique intérieure avérées et sans rapport avec le sort des populations qu’ils prétendaient « libérer ». Il n’en va pas différemment de la lutte contre la pieuvre terroriste qui passe par l’arrestation et le jugement par un Tribunal international dédié ou par le Tribunal pénal international (TPI) des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité du Califat de Baghdadi et de ceux qui l’ont servi. Étonnants à ce sujet, les propos du commissaire européen à la sécurité qui dit craindre « le retour de milliers de djihadistes européens » qui n’ont pourtant pas d’autre perspective que d’être jugés équitablement pour leurs crimes. La libération de Mossoul et l’avènement, si la communauté internationale le veut et l’impose, d’un avenir démocratique serait enfin la meilleure réponse à la crise des migrants pour le futur. Un régime démocratique dans cette cité martyre serait de nature à montrer l’exemple et à susciter d’autres vocations. Une manière de renouer avec le potentiel des printemps arabes partout étranglés par les Islamistes. L’occasion également de contraindre l’Islam à une réforme fondamentale – abandon des interprétations littérales, renoncement à la Charia et au crime d’apostasie, etc. – pour le rendre compatible avec la modernité et la démocratie.

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